Suppression de la gare de triage de Saint-Jean-de-Maurienne
J Jacques FerniqueGEST Sénateur — Bas-RhinLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 02/06/2023M. Jacques Fernique. Monsieur le ministre, au début du mois de mai, à Saint-Jean-de-Maurienne, a commencé le démantèlement de la gare de triage du fret, censée déménager à Saint-Avre.
Cette opération risque d'affecter fortement le report modal des camions vers le rail et d'avoir des conséquences lourdes en matière d'emploi, car les 45 agents du fret et la trentaine d'agents aux postes d'aiguillage sont fortement menacés par ce déménagement.
Cette gare permet de stationner, de former et de trier des trains et sert à desservir les entreprises locales. La gare de Saint-Avre ne comporte que treize voies, contre une quarantaine à Saint-Jean-de-Maurienne, dont trois seulement seront consacrées au fret. Le triage, tel qu'il a lieu pour l'instant, ne pourra donc plus se faire.
Précisons que cette suppression est motivée par le fait que la gare est située sur le tracé des accès au tunnel du Lyon-Turin en projet. Or, à ce stade, les travaux n'ont pas commencé, du moins dans leur partie la plus importante, et aucune date de commencement n'a été annoncée. Le choix du Conseil d'orientation des infrastructures de privilégier le scénario dit « de planification écologique » n'indique pas une volonté d'accélération - c'est le moins que l'on puisse dire...
Par ailleurs, le projet Lyon-Turin ne permettra pas de rattraper cette perte de report modal, car les porteurs du projet ont décidé que la Maurienne ne serait qu'un point de transit et de passage. C'est nier que son potentiel pourrait largement être développé grâce à l'industrie présente dans ce territoire.
Monsieur le ministre, ma question porte donc sur la pertinence et l'urgence d'une telle décision, anticipée en 2023 pour une mise en service théorique des accès français du Lyon-Turin après 2040 - pour ne pas dire aux calendes grecques !
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué.
M. Olivier Klein, ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement. Monsieur le sénateur Jacques Fernique, je comprends votre inquiétude face à la fermeture du site de Saint-Jean-de-Maurienne.
Le Gouvernement est pleinement engagé pour atteindre les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés en matière de décarbonation, et le soutien au rail en est l'une des composantes essentielles.
Comme vous l'avez souligné, cette fermeture est liée au projet Lyon-Turin, plus spécifiquement au raccordement du nouveau tunnel de base au réseau ferré national à Saint-Jean-de-Maurienne. Celui-ci nécessite la construction d'ouvrages occupant toutes les emprises ferroviaires de la gare, dont les voies de service que vous évoquez.
Le déménagement de l'activité de fret, basculée vers Saint-Avre, a été préparé depuis 2015 entre SNCF Réseau et Fret SNCF, qui est le seul utilisateur du site. La capacité disponible en gare de Saint-Avre a été dimensionnée en conséquence pour absorber le trafic existant, mais d'éventuels besoins complémentaires pourraient également être traités en mobilisant des voies disponibles sur d'autres sites de la ligne.
Le projet Lyon-Turin a notamment pour objectif de permettre un report modal significatif du trafic transalpin des poids lourds vers le rail. Il est donc positif pour le développement du fret ferroviaire, un secteur pour lequel nous allons renforcer le soutien public.
Comme le ministre délégué chargé des transports l'a annoncé cette semaine, l'État augmentera ainsi de 30 millions d'euros le montant des aides à l'exploitation à partir de 2025 et ce jusqu'en 2030, portant le tout à près de 330 millions d'euros, contre moins de 100 millions d'euros avant 2020.
Par ailleurs, nous mettrons en oeuvre pour ce secteur un programme d'investissement spécifique de 4 milliards d'euros d'ici à 2032, dont le montant sera pris pour moitié sur des crédits d'État et sera aligné sur les besoins du secteur.
M. le président. La parole est à M. Jacques Fernique, pour la réplique.
M. Jacques Fernique. Monsieur le ministre, dans le contexte du démantèlement de Fret SNCF, auquel le Gouvernement semble s'être résolu, je crains que l'on n'assiste à la dégradation, voire à la destruction, d'un outil d'intermodalité de transport décarboné...
En réalité, c'est le maillage territorial du fret ferroviaire qui est en jeu.
Source : senat.fr ↗
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