Compensation de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises
Posée le 25/01/2024 • Ministère interrogé : Transition écologique et cohésion des territoires
Jean-Gérard Paumier Les Républicains
Sénateur — Indre-et-Loire
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 02/02/2024
M. Jean-Gérard Paumier. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, par la loi de finances pour 2023, le Gouvernement a acté la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).
Dans son exposé des motifs, il affirmait que la perte de recettes serait compensée aux collectivités à l'euro près. Il retenait alors comme base de calcul le produit attendu connu, soit environ 11 milliards d'euros.
Plusieurs modalités de reversement ont été mises sur pied. En apparence, la promesse d'une compensation de la CVAE à l'euro près semble respectée. Mais qu'en est-il en pratique ?
Dans une simulation, la communauté de communes Chinon, Vienne et Loire a évalué la baisse de sa CVAE à 66 %. Cette situation, qui a été constatée par de nombreuses autres communes et intercommunalités, n'avait jamais été observée jusque-là.
Dans la pratique, la compensation n'est donc pas intégrale. Comment l'expliquer ?
On peut avancer les modalités de reversement retenues, notamment le recours au fonds vert, pensé alors comme un mécanisme de compensation fondé sur une dotation.
Toutefois, sa répartition étant pilotée par le préfet de département au gré des projets déposés par les communes, le fonds vert ne garantit aucunement une dotation individuelle à chaque commune. Il ne constitue donc pas une ressource propre au sens de l'article 72-2 de la Constitution.
Ainsi, nombre de communes et d'intercommunalités, notamment rurales, n'ont pas touché un seul centime issu de ce fonds et n'ont donc pu bénéficier d'une compensation à l'euro près.
Aussi ma question est-elle simple : monsieur le ministre, quelles mesures envisagez-vous pour compenser de manière effective et intégrale la perte de recettes subie par certaines communes et intercommunalités ?
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Monsieur le sénateur Paumier, la CVAE a bien été compensée à l'euro près.
Cependant, la compensation de la suppression d'un impôt se fonde sur une moyenne triennale. Or la dynamique enregistrée lors de la dernière année de perception a été telle qu'il y a eu un surplus d'encaissement de recettes de la part de l'État par rapport à cette moyenne triennale.
Il a donc été décidé de récupérer le surplus intégral de cette année complémentaire et d'utiliser le véhicule du fonds vert pour assurer la répartition du delta à l'échelle des préfectures. Ce mécanisme que nous avons mis en place revient, in fine, à une compensation intégrale.
Cela étant, la CVAE ne varie pas de manière homogène partout sur le territoire, puisque, à la différence d'un certain nombre de paniers de fiscalité, elle repose sur le dynamisme réel des bases locales, et elle est totalement cyclique.
Elle peut baisser, à la différence de la taxe professionnelle - cela a fait partie des raisons pour lesquelles le mécanisme que je vous ai présenté a été retenu. Il peut donc y avoir, au sein d'une progression nationale, des baisses localisées. Il peut également y avoir des communes qui font mieux, compte tenu de l'intensité de l'activité économique qu'elles ont accueillie.
Nous disposons donc bien d'un mécanisme qui a permis à la fois de prévoir le complément sur le plan global et de rattraper les écarts avec la moyenne triennale.
À présent que l'on s'éloigne de cette année, et alors que la conjoncture économique n'est plus la même, tout l'enjeu est la bascule de la CVAE vers la fraction de TVA, panier de recettes qui a été choisi par les collectivités et qui présente un avantage : la TVA, dans notre pays, présente un taux de progression moyen supérieur à celui de la CVAE.
Nous devrons, dans quelques mois, étudier les évolutions comparées qui en auront résulté.
Quoi qu'il en soit, le dispositif est protecteur du socle de ressources, puisqu'il ne peut pas baisser dans le cadre de la TVA, et la progression moyenne est supérieure à celle de la CVAE.
M. le président. La parole est à M. Jean-Gérard Paumier, pour la réplique.
M. Jean-Gérard Paumier. Monsieur le ministre, je ne mets pas en cause votre bonne foi, mais les chiffres sont têtus, notamment pour la communauté de communes que j'ai évoquée, et les maires sont inquiets.
Voilà plusieurs années que les communes assistent à la fonte régulière de leurs ressources propres, dont l'origine ne doit rien au réchauffement climatique : c'est l'effet d'une réelle recentralisation.
Par ailleurs, la dotation globale de fonctionnement (DGF), qui est l'une des principales ressources communales, est elle aussi appelée à diminuer pour nombre d'entre elles.
Monsieur le ministre, la compensation de la CVAE à l'euro près n'est, hélas ! pas au rendez-vous, et les fruits ne tiennent pas la promesse des fleurs.
Source : senat.fr ↗
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