Interdiction des réseaux d'influence des Frères musulmans en France et en Europe
Posée le 21/03/2024 • Ministère interrogé : Intérieur et outre-mer
Nathalie Goulet UC
Sénatrice — Orne
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 10/04/2024
Mme Nathalie Goulet. Ma question, qui concerne les réseaux d'influence des Frères musulmans en France, intervient dans un contexte un peu particulier.
Je tiens certes à saluer la volonté du ministre de l'intérieur et de nos services de lutter contre l'islam radical, mais les dernières attaques contre la jeune Samara, la mort de Shemseddine, les attaques répétées contre le corps enseignant et la laïcité constituent des alertes qui soulignent le danger que je dénonce depuis longtemps.
La loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, dite loi Séparatisme, a fait l'objet d'une évaluation peu concluante de la part de nos collègues de la commission des lois. Ces derniers montrent qu'il existe de très nombreuses failles. Des questions demeurent, notamment, sur le financement des associations. Lorsque l'on interdit une association en France, elle s'installe - chacun le sait - en Belgique, et les réseaux sociaux font le reste.
Les Frères musulmans sont inscrits sur la liste des organisations terroristes dans de très nombreux pays : en Autriche, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, etc.
Nos collègues britanniques sont en train de mener une enquête notamment sur les associations Muslim Association of Britain, Cage International et Mend, qui suscitent de nombreuses inquiétudes et dont les actions ne se limitent pas à l'autre rive de la Manche. Malgré le Brexit, leurs nuisances continuent à toucher la France.
La confrérie des Frères musulmans est très active dans les diatribes antisémites. Or le ministre a noté que les actes antisémites et les atteintes à la laïcité ont augmenté de 319 % l'an dernier.
Madame la secrétaire d'État, que comptez-vous faire pour interdire les Frères musulmans et réduire leur influence dans notre pays ?
M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État.
Mme Sabrina Agresti-Roubache, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer et du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargée de la ville, et auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer, chargée de la citoyenneté. Madame la sénatrice, la lutte contre le séparatisme islamiste et l'antisémitisme est, comme vous le savez, une priorité du Gouvernement.
Nous sommes déterminés à ne laisser aucun répit à ceux qui cherchent à diviser notre société et qui s'en prennent aux valeurs de la République, ainsi qu'à nos compatriotes juifs.
Depuis plus de cinq ans, les gouvernements successifs luttent contre les islamistes, qu'ils soient liés à la mouvance des Frères musulmans ou à d'autres courants.
La loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République offre en effet aux services de l'État un arsenal juridique mobilisable à l'encontre des associations, des lieux de culte ou encore des individus qui sont en rupture avec les principes et les valeurs de la République.
Par ailleurs, depuis 2021, l'État a déjà identifié une vingtaine de fonds de dotation douteux liés à l'islam politique : quatre ont été dissous, cinq sont suspendus et trois font l'objet d'une mise en demeure de respecter la réglementation.
Lutter contre les Frères musulmans, c'est aussi lutter contre leurs penseurs et leurs prédicateurs. Je ne reviendrai pas sur les expulsions qui ont lieu, et dont vous avez pu lire le détail dans la presse.
Permettez-moi de revenir sur l'antisémitisme, que vous dénoncez à juste titre. Vous me trouverez toujours à vos côtés pour lutter contre ce fléau, où qu'il se manifeste.
La France a connu une hausse inédite et inacceptable des actes antisémites en 2023 : 1 676 faits ont été enregistrés, soit une augmentation de 284 % par rapport à l'année 2022.
Depuis 2017, seize arrêtés de fermeture de lieux de culte ont été publiés. Depuis 2013, trente-huit décrets de dissolution d'associations ou de groupements de fait ont été pris sur le fondement de l'antisémitisme : vingt d'entre eux concernaient la mouvance islamiste.
Ces données vous confirment toute l'attention que nous accordons à ce phénomène. Je tiens à cet égard à souligner le travail remarquable des députés Mathieu Lefèvre et Caroline Yadan.
En conclusion, vous nous trouverez toujours, madame la sénatrice, face à ceux qui voudraient diviser notre pays d'une manière ou d'une autre.
M. le président. La parole est à Mme Nathalie Goulet, pour la réplique.
Mme Nathalie Goulet. Je vous remercie, madame la secrétaire d'État. J'ai évidemment soutenu les différentes actions que vous avez évoquées, mais les difficultés persistent.
J'ai demandé au Gouvernement de supprimer certaines applications, notamment - c'était en 2019 - Euro Fatwa : rien !
J'ai demandé un plus grand contrôle du financement de ces associations, y compris les financements européens : rien non plus !
Il y a quelques jours, Al-Jazeera prônait les vertus de la polygamie.
Madame la secrétaire d'État, tout cela relève du séparatisme et nuit à la République et à sa cohésion. Zéro tolérance pour les ennemis de la République ! Je ne voudrais pas que nous nous retrouvions dans un mauvais remake de La Fièvre !
Mme Annick Billon. Très bien !
Source : senat.fr ↗
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