Pertinence de la dérogation permettant des combats de coqs dans certaines régions de France, malgré leur caractère illégal dans le reste du territoire
Posée le 28/11/2024 • Ministère interrogé : Agriculture, souveraineté alimentaire et forêt
Antoinette Guhl GEST
Sénatrice — Paris
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 25/06/2025
Mme Antoinette Guhl. Madame la ministre, le 31 mai dernier, sous une chaleur éprouvante, dans des caisses exiguës, deux coqs sont transportés dans une arène. Il faut le voir pour le croire tant cela semble irréel en 2025.
Pourtant, dans ce village près de Calais, comme dans certains départements du Nord, du Pas-de-Calais et d'outre-mer, les combats de coqs sont encore autorisés, au nom d'une « tradition locale ininterrompue », malgré leur interdiction sur le reste du territoire.
Ce jour-là, deux cents personnes ont assisté à une quarantaine d'affrontements. Le tout a lieu dans une sorte d'arène appelée gallodrome, sans échappatoire pour les animaux.
Lorsque les animaux ne s'entretuent pas assez vite, une lame pointue est disposée sur les coqs pour qu'ils puissent blesser plus facilement leur adversaire et que le combat se solde plus rapidement par la mort de l'un d'entre eux. Des paris sont faits par les spectateurs : ça hurle, ça crie, ça attend la mort.
Ces combats sont en principe interdits par l'article 521-1 du code pénal, en raison de leur caractère cruel et de la souffrance infligée aux animaux.
Sans pour autant mettre fin à la pratique, le Conseil constitutionnel a confirmé l'interdiction de créer de nouveaux gallodromes pour y organiser des combats de coqs dès 2015.
Plus de sept Français sur dix se déclarent favorables à l'abolition de ces combats.
Madame la ministre, je vous le demande : pourquoi le Gouvernement maintient-il cette exception pour les combats de coqs, alors qu'elle va à l'encontre de l'opinion publique et des objectifs de protection animale, mais aussi de la dignité humaine ?
Envisagez-vous de mettre fin à cette dérogation pour uniformiser la législation sur l'ensemble du territoire national et garantir une protection cohérente des animaux ?
Comme le disait Lamartine, « on n'a pas deux coeurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un coeur ou on n'en a pas ».
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargée de l'autonomie et du handicap. Madame la sénatrice, le garde des sceaux, qui me charge de vous répondre, porte une attention toute particulière à la lutte contre la maltraitance animale. La loi du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale et conforter le lien entre les animaux et les hommes a permis de renforcer l'arsenal législatif en la matière.
Cette loi a ainsi modifié le code pénal, qui punit désormais de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende tous les sévices graves ou actes de cruauté commis envers les animaux domestiques, apprivoisés ou captifs.
Cette loi a également créé plusieurs circonstances aggravantes. Ainsi, lorsque les faits sont commis par le propriétaire ou le gardien de l'animal ou lorsque les faits sont commis en présence d'un mineur, les peines encourues sont portées à quatre ans d'emprisonnement et à 60 000 euros d'amende.
Par ailleurs, lorsque les faits ont entraîné la mort de l'animal, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 75 000 euros d'amende.
L'article 521-1 du code pénal prévoit cependant que ses dispositions ne sont pas applicables aux combats de coqs, lorsqu'une tradition ininterrompue peut être établie. Par décision n° 2012-271 QPC en date du 21 septembre 2012, le Conseil constitutionnel a jugé cette disposition conforme au principe d'égalité. En revanche, toute création d'un nouveau gallodrome est punie des peines prévues à cet article.
La notion de tradition ininterrompue est appréciée par le juge du fond en fonction de plusieurs critères. Si ces critères ne sont pas réunis, il ne peut pas y avoir d'exception aux dispositions incriminant ce type de fait.
De plus, lorsque le juge du fond apprécie souverainement l'existence d'une coutume, la Cour de cassation contrôle strictement la réunion de motifs suffisants ayant permis cette appréciation.
Ce dispositif éprouvé à la fois par le Conseil constitutionnel, la Cour de cassation et la pratique juridictionnelle, renforcée récemment par les évolutions du code pénal, paraît ainsi préserver un équilibre satisfaisant tout en s'adaptant aux enjeux de société actuels.
Source : senat.fr ↗
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