Question écrite ✓ Répondue le 25/06/2026 #26#

Conditions de vie des femmes aidantes

Posée le 13/03/2025 • Ministère interrogé : Égalité entre les femmes et les hommes et lutte contre les discriminations

Sophie Briante Guillemont

Sophie Briante Guillemont RDSE

Sénatrice — Français établis hors de France (Série 2)

La question

Mme Sophie Briante Guillemont interroge Mme la ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations sur les conditions de vie des femmes aidantes. L'aidance - le fait de venir en aide de manière régulière et fréquente, à titre non professionnel à un proche en perte d'autonomie - est une situation largement banalisée pour les femmes, qui pourtant bouleverse leur vie et leur émancipation économique. En effet, selon la Fondation des Femmes, du fait de leur situation d'aidante, les femmes subissent une perte d'opportunité menant à la précarisation. Ainsi, 43 % des aidantes déclarent avoir modifié leur organisation de travail, en passant à temps partiel, refusant des opportunités professionnelles, ou parfois même en démissionnant. Les aidantes sont donc surreprésentées parmi les personnes percevant un salaire inférieur à 2 000 euros par mois. Ces inégalités s'accumulent et s'additionnent à la retraite, en parallèle de l'accumulation des dépenses nécessaires aux soins de la personne aidée, estimées à 2 880 euros par an. Les aides disponibles sont souvent trop limitées ou soumises à des critères d'accès trop restrictifs. Par exemple, l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) exclut les personnes perdant leur autonomie avant 60 ans, et la prestation de compensation du handicap (PCH) propose un dédommagement dérisoire de 241,50 euros pour 35 heures d'aide par semaine. Par ailleurs, ces deux aides sont soumises à l'imposition. Elle invite donc à effectuer une étude nationale statistique sur les aidantes pour faciliter la disponibilité des données genrées relatives à ce sujet, mesurer la précarité des aidantes et les tâches qu'elles assurent. Elle aimerait également savoir si des mesures visant à simplifier l'accès aux aides destinées aux aidantes sont envisagées, comme l'élargissement de leurs critères d'attribution, la réévaluation de leurs montants ainsi que leur défiscalisation.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 25/06/2026

En France, 8 à 11 millions de personnes soutiennent un proche en situation de handicap, en perte d'autonomie ou avec une maladie chronique ou invalidante. Avec le vieillissement de la population, le virage domiciliaire et l'enjeu d'une société pleinement inclusive des personnes en situation de handicap, les proches aidants sont de plus en plus nombreux et sollicités. La direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques a publié, en 2023, une étude sur les aidants à partir des résultats de l'enquête Vie quotidienne et santé 2021. Elle met en évidence le rôle prédominant des femmes dans le soutien de leurs proches. Parmi les adultes, les femmes déclarent un peu plus souvent que les hommes apporter une aide régulière quelle qu'en soit la forme. Parmi les mineurs, les filles sont également légèrement surreprésentées. Ce constat se retrouve quasiment à chaque tranche d'âge, à l'exception des 75 ans ou plus où les femmes sont sous-représentées. Les femmes âgées d'au moins 18 ans sont ainsi 56 % à déclarer apporter une aide régulière quelle qu'en soit la forme. Elles sont 55,8 % à déclarer apporter une aide dans les activités quotidienne, 57,7 % à déclarer apporter un soutien moral et 48,8 % une aide financière. La stratégie de mobilisation et de soutien aux aidants 2023-2027 porte différentes ambitions qui répondent à la situation particulière des aidants qui sont plus souvent des aidantes. Il s'agit de mieux reconnaitre les contraintes pour articuler aide à un proche et vie professionnelle, d'éviter que l'aide apportée à un proche ne soit synonyme de rupture dans le parcours professionnel et de dégradation de la situation financière, et de faciliter le retour à l'emploi des aidants qui ont arrêté de travailler pendant une durée prolongée. Dans ce cadre, la stratégie prévoit de favoriser le recours au congé proche aidant (CPA) et l'allocation journalière proche aidant (AJPA) en mettant en place des droits rechargeables, lorsqu'une personne aide plusieurs de ses proches au cours de sa vie. Cette mesure est mise en oeuvre depuis le 1er janvier 2025. En outre, les salariés aidants accompagnant un proche en fin de vie ont droit au congé de solidarité familiale (article L. 3142-6 du code du travail). A défaut d'accord collectif plus favorable, la durée maximale du congé est de trois mois renouvelable une fois. Pendant cette période, le salarié n'est pas rémunéré mais il peut recevoir une allocation d'accompagnement d'une personne en vie de vie. Enfin, les salariés aidants accompagnant un enfant handicapé ou gravement malade peuvent avoir recours au congé de présence parentale (article L. 1225-62 du code du travail). Le nombre de jours de congé dont bénéficie le salarié est au maximum de 310 jours ouvrés (soit 14 mois). Lorsque la gravité de la pathologie de l'enfant nécessite toujours une présence soutenue et des soins contraignants, les parents peuvent bénéficier de 310 jours supplémentaires (soit 620 jours au total) de congé et d'allocation attachée (allocation journalière de présence parentale). Elle prévoit également de reconnaître les acquis des aidants dans le cadre de la valorisation des acquis de l'expérience (VAE), avec une attention particulière aux personnes ayant renoncé à leur emploi sur une période donnée pour aider un proche. Enfin, la mise en place de l'assurance vieillesse des aidants (AVA) permettra l'affiliation à une assurance retraite pour davantage d'actifs ayant mis en suspens leur activité professionnelle pour s'occuper de leur proche.

Source : senat.fr ↗

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