Exonération de la taxe sur les salaires au bénéfice des entreprises à but d'emploi
Posée le 30/10/2025 • Ministère interrogé : Économie, finances, souveraineté industrielle, énergétique et numérique
Simon Uzenat SER
Sénateur — Morbihan
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 24/12/2025
Mme la présidente. La parole est à M. Simon Uzenat, auteur de la question n° 772, transmise à Mme la ministre de l'action et des comptes publics.
M. Simon Uzenat. Madame la ministre, ma question porte sur les « territoires zéro chômeur de longue durée », une très belle expérimentation lancée dans notre pays depuis 2020 par une loi publiée la même année et des décrets d'application de 2021.
Je rappelle qu'il s'agit de créer des emplois supplémentaires qui ne viennent pas faire concurrence au tissu économique existant, via des embauches en CDI à temps choisi, avec un comité local pour l'emploi, où les collectivités jouent un rôle clé. L'État et les départements financent ce dispositif, avec notamment la contribution au développement de l'emploi, la fameuse CDE.
Pour autant, nous constatons que l'administration fiscale - c'est évidemment son rôle - procède à une série de contrôles et de redressements fiscaux sur la taxe sur les salaires sur ces entreprises à but d'emploi (EBE), redressements qui peuvent parfois dépasser plusieurs dizaines de milliers d'euros et qui mettent donc à très court terme en péril l'existence de ces entreprises et la démarche même des « territoires zéro chômeur de longue durée ».
Ces EBE demandent donc à pouvoir bénéficier d'une exonération de la taxe sur les salaires, en dressant un parallèle avec la situation des entreprises adaptées - les aides versées par l'État à ces dernières étant qualifiées de « subventions exceptionnelles », elles ne sont pas assujetties à la taxe sur les salaires.
En réalité, les EBE accompagnent des personnes très éloignées du monde de l'emploi en raison de handicaps - reconnus ou non - ou de difficultés psychologiques.
Je peux en témoigner : dans mon département, à Vannes, et, au-delà, dans le centre Bretagne, avec les Côtes-d'Armor, compte tenu du travail réalisé par ces EBE et la chance qu'elles donnent à des personnes qui étaient durablement très éloignées du monde de l'emploi, leur action mérite absolument d'être soulignée.
J'espère donc obtenir un soutien de votre part, madame la ministre. (Applaudissements sur les travées du groupe SER. - M. Ian Brossat applaudit également.)
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Monsieur le sénateur Uzenat, l'expérimentation territoriale repose, vous l'avez dit, sur la création de contrats à durée indéterminée au sein d'entreprises de l'économie sociale et solidaire, dites entreprises à but d'emploi, les EBE.
Le dispositif s'adresse aux personnes privées d'emploi depuis plus d'un an ayant accompli des démarches actives de recherche d'emploi et résidant depuis au moins six mois sur l'un des territoires habilités.
Comme vous l'avez indiqué, les emplois créés répondent à des besoins identifiés localement et ne se substituent pas à des emplois existants.
Le financement de cette expérimentation est notamment assuré par l'État, au travers de la contribution au développement de l'emploi, dont le montant est fixé annuellement par arrêté et peut représenter entre 53 % et 102 % du Smic.
Pour ce qui concerne la taxe sur les salaires, celle-ci s'applique en principe aux employeurs qui ne sont pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ou qui l'ont été sur moins de 90 % de leur chiffre d'affaires ou de leurs recettes au cours de l'année précédant le versement des rémunérations. Le calcul de ce seuil repose sur un rapport d'assujettissement qui intègre en principe les subventions et financements non soumis à la TVA.
Toutefois, la doctrine fiscale opposable prévoit que les subventions présentant un caractère exceptionnel ne sont pas prises en compte pour le calcul de ce rapport.
À ce titre, l'administration considère notamment comme exceptionnelles les aides à l'emploi et à l'embauche, y compris lorsqu'elles sont attribuées sous forme forfaitaire par l'État.
Dans ce cadre, la contribution au développement de l'emploi, en tant qu'aide à l'emploi et à l'embauche, n'a pas vocation à être intégrée dans le calcul du rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires.
Une précision de la doctrine fiscale sera prochainement apportée afin de sécuriser cette interprétation.
Mme la présidente. La parole est à M. Simon Uzenat, pour la réplique.
M. Simon Uzenat. Madame la ministre, c'est une très bonne nouvelle ! Même en cette veille du réveillon, nous n'espérions pas le père Noël, mais nous redoutions le père Fouettard... (Sourires.)
Nous sommes donc parvenus à obtenir que l'État rappelle la cohérence de son action.
Ce message sera très apprécié par l'ensemble des bénévoles et des bénéficiaires. Je vous en remercie, madame la ministre. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
Source : senat.fr ↗
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