Difficultés de la filière automobile face à la concurrence internationale
Posée le 13/11/2025 • Ministère interrogé : Industrie
Guillaume Chevrollier Les Républicains
Sénateur — Mayenne
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 09/01/2026
Mme la présidente. La parole est à M. Guillaume Chevrollier, auteur de la question n° 788, adressée à M. le ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargé de l'industrie.
M. Guillaume Chevrollier. Madame la ministre, la filière automobile française fait aujourd'hui face à un rouleau compresseur chinois d'une ampleur inédite. Les constructeurs chinois, soutenus par une politique industrielle volontariste et des investissements massifs, gagnent rapidement des parts de marché en Europe.
Cette situation risque de s'aggraver. En effet, sept usines chinoises dites tournevis sont déjà confirmées en Europe, sans exigence de contenu local. Elles permettraient de contourner les droits de douane et de rendre les modèles éligibles aux dispositifs de soutien européens sans réelle création de valeur industrielle.
Alors que la Chine a maintenu un accompagnement public constant en faveur de la mobilité électrique, la France a parfois ralenti ou réorienté ses dispositifs de soutien. Cette différence d'approche pose question sur notre capacité à préserver la maîtrise d'une filière stratégique et nos savoir-faire industriels.
Sur le terrain, nos équipementiers et nos entrepreneurs nous alertent sur les risques de pertes d'emplois qualifiés et de décrochage technologique. La France demeure un acteur majeur de l'innovation dans les motorisations thermiques et hybrides à faible émission. Sacrifier ce savoir-faire serait une erreur stratégique.
Il est donc primordial d'encourager la diversification des motorisations afin de limiter nos dépendances, notamment vis-à-vis des terres rares largement contrôlées par la Chine, et de conduire la transition écologique sans affaiblir notre industrie ni notre souveraineté technologique.
La décision de l'Union européenne de renoncer au scénario du tout-électrique et d'autoriser le maintien d'une part de motorisations thermiques et hybrides confirme la nécessité d'une transition plus réaliste tenant compte des contraintes industrielles.
Madame la ministre, quelles mesures le Gouvernement entend-il prendre pour garantir la compétitivité et l'innovation de nos constructeurs ? N'est-il pas temps d'adopter une politique industrielle plus volontariste pour sécuriser l'avenir de la filière automobile française ? (M. Ronan Le Gleut applaudit.)
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Anne Le Hénanff, ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l'intelligence artificielle et du numérique. Monsieur le sénateur Chevrollier, je sais que c'est un sujet qui est extrêmement important pour vous. D'ailleurs, nous en avons déjà débattu ici lors d'une séance de questions d'actualité au Gouvernement et je suis ravie d'y revenir.
Vous attirez mon attention sur les difficultés de la filière automobile face à la concurrence internationale. Le Gouvernement partage pleinement vos préoccupations pour notre pays, notamment pour un territoire qui vous est cher, les Pays de la Loire, en particulier la Mayenne, où cette industrie est un moteur économique très important.
Permettez-moi toutefois de rappeler un élément essentiel : la crise de la filière automobile n'est pas liée spécifiquement à l'électrification. Elle a commencé dès 2020 avec la covid. Une pénurie de semi-conducteurs, puis l'inflation liée à la guerre en Ukraine se sont ensuite ajoutées à cette première crise.
L'Institut Mobilités en transition l'a démontré : sur une hausse de prix des véhicules de 24 %, la moitié provient d'une stratégie de montée en gamme voulue par les constructeurs, un quart est lié à l'inflation et le dernier quart seulement, si je puis dire, à la motorisation.
Face à la concurrence déloyale chinoise, nous avons agi avec détermination.
L'Éco-score a réduit les parts de marché en France des véhicules fabriqués en Chine de 60 % à 10 % sur le segment électrique. Les droits de douane européens ont également freiné les importations.
Alors que l'on peut avoir l'impression, à vous entendre, que nous sommes envahis par les véhicules chinois, la réalité est tout autre : aujourd'hui, ces véhicules représentent simplement 2,5 % de parts de marché en France.
Nous devons cependant aller plus loin ; en cela, vous avez raison. La vraie réponse, c'est la préférence européenne. Assumons la préférence européenne ! Concernant l'électrification, nous devons l'assumer pour trois raisons : ne plus dépendre de pays instables pour nos hydrocarbures ; consommer notre énergie électrique nucléaire ; et réduire nos émissions de gaz à effet de serre.
Mme la présidente. La parole est à M. Guillaume Chevrollier, pour la réplique.
M. Guillaume Chevrollier. Merci de votre réponse, madame la ministre. J'attends du Gouvernement un soutien déterminé en faveur de l'industrie, en particulier de l'industrie automobile et de celle des machines-outils.
Je réitère mon invitation à ce que vous-même ou le ministre chargé de l'industrie veniez dans le département de la Mayenne pour écouter nos entrepreneurs. Ils ont beaucoup de choses à dire, notamment sur les questions de compétitivité et de coût de la main-d'oeuvre, au vu des écarts considérables entre la France et la Chine. (MM. Loïc Hervé et Cédric Chevalier applaudissent.)
Source : senat.fr ↗
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