Incohérences entre le code rural et le code de l'urbanisme concernant les abris pour animaux
Posée le 20/11/2025 • Ministère interrogé : Aménagement du territoire et décentralisation
Agnès Canayer Les Républicains
Sénatrice — Seine-Maritime
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 03/12/2025
M. le président. La parole est à Mme Agnès Canayer, auteur de la question n° 800, adressée à Mme la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.
Mme Agnès Canayer. Monsieur le ministre, les injonctions contradictoires font le quotidien des maires et les placent trop souvent dans des situations inconfortables, voire ingérables, les obligeant à tordre plus que de raison les règles pour répondre à des demandes de bon sens.
C'est le cas, monsieur le ministre, de la construction d'abris en zone agricole pour les particuliers qui détiennent des animaux pour leur loisir. En effet, le code rural et de la pêche maritime impose la mise à l'abri des animaux au titre du bien-être animal, pour les protéger des variations climatiques - et je peux vous dire qu'en Seine-Maritime elles sont nombreuses !
De son côté, le code de l'urbanisme réserve la possibilité de construire ces abris, dans les zones agricoles ou naturelles, aux seuls agriculteurs, excluant ainsi les particuliers qui détiennent des animaux pour leur simple loisir.
Que fait-on lorsqu'on est propriétaire d'un cheval, d'un âne ou d'un mouton pour son propre plaisir ?
Le ministère de l'aménagement du territoire nous a indiqué qu'un travail de concertation était engagé à ce sujet, depuis dix-huit mois, avec le ministère de l'agriculture. Or on ne voit toujours pas poindre de solution durable et satisfaisante.
Proposer aux collectivités locales de recourir, lorsqu'elles disposent d'un plan local d'urbanisme (PLU) ou d'un plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi), à une dérogation via la création de zones dérogatoires pour autoriser les abris est, à mes yeux, une réponse temporaire, mais insatisfaisante sur le long terme : les maires doivent en effet gérer au cas par cas, sans visibilité, et faire en sorte de s'y retrouver dans un dédale de règles d'urbanisme extrêmement complexes.
Monsieur le ministre, ma question est simple : quelles mesures le Gouvernement entend-il prendre pour mettre fin à cette situation, qui place les maires dans des positions souvent difficiles ?
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué.
M. Michel Fournier, ministre délégué auprès de la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé de la ruralité. Madame la sénatrice, vous soulignez avec raison les difficultés qu'il y a à concilier l'obligation de garantir le bien-être animal, prévue par le code rural et de la pêche maritime, et les règles du code de l'urbanisme qui encadrent strictement les constructions en zone agricole ou naturelle.
Le Gouvernement est pleinement conscient de cette situation, qui concerne à la fois les particuliers détenteurs d'animaux et les maires chargés d'appliquer la réglementation.
C'est pourquoi un travail de concertation a été engagé entre les ministères concernés afin d'améliorer l'articulation entre les deux codes. Même si nous y travaillons, ces échanges n'ont, à ce stade, pas permis de dégager une solution nationale satisfaisante : une dérogation généralisée ferait courir un risque réel de « cabanisation » des zones agricoles, au détriment de la préservation du foncier rural. Une évolution législative ne peut donc être envisagée pour l'instant.
Pour autant, des outils existent. Dans les communes dotées d'un PLU ou d'un PLUi, l'article R. 151-13 du code de l'urbanisme permet d'autoriser, dans les secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées, les fameux Stecal, des constructions telles que les abris pour animaux détenus à titre de loisir - je peux vous dire, ayant moi-même longtemps siégé au sein d'une commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), que ce genre de demande nous était régulièrement soumise. Cet instrument offre une souplesse réelle, tout en préservant la vocation agricole des sols.
Dans les communes dotées d'une carte communale, certaines constructions annexes peuvent également être autorisées sur des terrains bâtis.
Le Gouvernement demeure mobilisé pour clarifier le cadre applicable, mais il est essentiel que tout détenteur ou futur détenteur d'animal anticipe son projet et s'assure de sa compatibilité avec les règles locales d'urbanisme.
M. le président. La parole est à Mme Agnès Canayer, pour la réplique.
Mme Agnès Canayer. Je vous remercie de cette réponse, monsieur le ministre. Je précise que peuvent s'ajouter à la réglementation déjà citée des règles relatives à la préservation au littoral - c'est le cas dans mon territoire -, qui viennent encore complexifier la donne pour les maires.
Une clarification nette et précise est donc absolument nécessaire, de sorte que les maires puissent se fonder sur des règles stables pour prendre les décisions qui s'imposeront à leurs administrés.
Source : senat.fr ↗
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