Question écrite
✓ Répondue le 02/07/2026
#23#
Nécessité d'une mobilisation nationale pour inverser la banalisation des infections sexuellement transmissibles et l'augmentation de leur transmission
Posée le 18/12/2025 • Ministère interrogé : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées
Francis Szpiner Les Républicains
Sénateur — Paris
La question
M. Francis Szpiner appelle l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la banalisation croissante des infections sexuellement transmissibles (IST) en France, un phénomène qui a directement contribué à l'augmentation inquiétante de leur transmission, notamment chez les jeunes et les populations les plus exposées.
Les dernières données de Santé publique France et des centres de dépistage révèlent une explosion des cas de syphilis, gonococcie, chlamydiose et infections à virus de l'immunodéficience humaine (VIH), en particulier chez les 15-30 ans. Cette hausse s'explique en grande partie par une perception erronée des risques : les IST sont souvent perçues comme « moins graves » grâce aux progrès thérapeutiques (ex : trithérapie pour le VIH, antibiotiques pour les autres IST), ce qui conduit à une diminution de l'usage du préservatif et à une méconnaissance des conséquences (stérilité, résistances aux antibiotiques, complications neurologiques). Cette hausse s'explique également par l'absence de culture de prévention : les campagnes actuelles ne parviennent pas à dédramatiser le dépistage ni à rappeler l'importance des protections, notamment chez les jeunes pour qui les IST sont devenues un « risque acceptable ». Par ailleurs, la désinformation et les idées reçues contribuent également à cette hausse. En effet, beaucoup pensent, à tort, que les IST « se soignent facilement » ou que « ça n'arrive qu'aux autres », ce qui retarde les dépistages et favorise la transmission.
Les conséquences sont graves et doivent alarmer : une hausse des résistances aux antibiotiques (ex : gonococcie multirésistante), rendant certaines IST difficiles, voire impossibles à soigner ; des retards de diagnostic qui aggravent les complications (ex : stérilité, transmission mère-enfant) ; un coût croissant pour l'assurance maladie, avec des dépenses liées aux traitements et aux hospitalisations en forte augmentation.
Dans ce contexte, il lui demande quelles actions le Gouvernement compte engager pour lutter contre la banalisation des IST, en menant des campagnes choc et régulières rappelant leur gravité, leurs conséquences et l'importance du dépistage et de la protection ; comment Mme la ministre compte moderniser les messages de prévention pour casser les idées reçues et rendre le dépistage systématique ; quelles mesures seront prises pour réintégrer la prévention des IST dans les parcours éducatifs (collèges, lycées, universités) et former les professionnels de santé (médecins, infirmiers scolaires) à une communication claire et sans tabou sur ces sujets ; si un plan spécifique sera mis en place pour cibler les populations les plus touchées (jeunes, HSH, personnes précaires) avec des messages clairs ; quels moyens seront alloués aux associations et aux agences régionales de santé pour briser la désinformation sur les réseaux sociaux.
La banalisation des IST est un danger pour la santé publique. Il est urgent de réveiller les consciences, de rendre visible l'invisible et de faire de la prévention une priorité nationale.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 02/07/2026
Dans ce contexte global d'augmentation du dépistage et du diagnostic des Infections sexuellement transmissibles (IST), observée depuis 2021, le maintien d'une action résolue en faveur du dépistage reste primordial. Plusieurs actions ont été déployées dernièrement. Le dépistage des IST sans ordonnance s'inscrit dans cette ambition via l'action n° 13 de la feuille de route 2021-2024 de la stratégie nationale de santé sexuelle. Cette action répond à l'engagement du ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées de faire un pas décisif dans la diversification de l'accès au dépistage et aux outils de prévention afin de réduire au maximum les occasions manquées de prévenir une infection par le VIH, les IST et les hépatites. Prévu par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2023, le dépistage des IST sans ordonnance en laboratoire de biologie médicale est effectif depuis le 1er septembre 2024. Cette offre vient s'inscrire en complémentarité d'une part de l'activité de dépistage sur prescription et d'autre part de l'activité de dépistage au sein des centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic et les centres de santé sexuelle. Les premiers résultats de ce dispositif sont très encourageants, notamment chez les moins de 26 ans, qui représentent une grande partie des bénéficiaires. En complément, la délivrance de préservatifs, internes et externes, sans ordonnance et pris en charge à 100 % en pharmacie est possible pour les jeunes de moins de 26 ans. La consultation longue de santé sexuelle, ayant pour objectif de permettre d'aborder les différentes thématiques du champ de la santé sexuelle dans une approche globale, est également prise en charge à 100 % sans avance de frais pour les personnes de moins de 26 ans. Par ailleurs, La Stratégie nationale de santé sexuelle comporte un axe spécifiquement dédié aux jeunes, visant à investir la promotion de la santé sexuelle dans une approche globale et positive afin d'améliorer et renforcer l'accès à une information fiable et de qualité en matière de santé sexuelle. Le ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées défend qu'une sensibilisation précoce des jeunes est essentielle pour leur permettre de prendre des décisions éclairées et responsables concernant leur santé sexuelle. C'est dans cette dynamique que plusieurs mesures ont été mises en place permettant de favoriser un environnement promoteur d'une santé sexuelle épanouie et respectueuse. Depuis 2018, le service sanitaire des étudiants en santé permet aux promotions de choisir la santé sexuelle comme thème prioritaire. La santé sexuelle a également été intégrée dans les missions obligatoires des services de santé étudiante. Enfin, le programme scolaire de l'éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité a été publié par l'éducation nationale en février 2025, représente un véritable levier de transmission d'informations fiables pour tous les élèves. Il s'agit d'un apprentissage prévu et encadré par les articles L. 121-1 et L. 312-16 du code de l'éducation prévoyant l'organisation d'au moins trois séances par an et par niveau. La participation aux séances est obligatoire. Le programme a été élaboré par un groupe d'experts composé de professionnels de l'enfance, de l'éducation, de la santé, ainsi que d'universitaires. Santé publique France déploie plusieurs dispositifs à destination des jeunes. Le site OnSEXprime.fr, créé en 2009, est un dispositif d'éducation à la sexualité à destination des adolescents de 11 à 18 ans. Il vise à apporter des réponses validées scientifiquement, avec un vocabulaire adapté. Le site aborde la santé sexuelle selon une approche globale et positive, conformément aux orientations ministérielles. Des campagnes de sensibilisation sont également menées sur les réseaux sociaux à destination des jeunes publics. À titre d'exemple, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le VIH/sida 2025, Santé publique France a déployé une campagne sur TikTok et Snapchat, en collaboration avec des créateurs de contenus préalablement formés en cohérence avec les données scientifiques. Cette campagne visait à promouvoir l'usage du préservatif, dans un contexte marqué par un recul de son utilisation, notamment lors du premier rapport sexuel, susceptible de contribuer à l'augmentation des IST observée ces dernières années. Enfin, il existe une campagne nationale de promotion de la santé sexuelle pilotée chaque année par le ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, visant à sensibiliser aux questions de la santé sexuelle : la semaine de la promotion de la santé sexuelle. Organisée chaque année durant la première semaine de juin, cette initiative s'adresse à l'ensemble de la population, avec une attention portée aux publics les plus vulnérables, notamment les jeunes. Cette année, pour sa cinquième édition, elle aura lieu du 1er au 7 juin 2026. Ces efforts seront poursuivis dans le cadre de la troisième feuille de route de la Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030.
Source : senat.fr ↗
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