Problèmes de sécurité posés par les rave-parties
Posée le 07/05/2026 • Ministère interrogé : Intérieur
Stéphane Demilly UC
Sénateur — Somme
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 07/05/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, les chiffres des rassemblements musicaux illégaux que vous mentionnez sont exacts : 337 rassemblements ont été recensés, réunissant en moyenne 300 participants ; seuls 4 % d'entre eux ont dépassé les 1 000 personnes. C'est toujours trop et cela occasionne toujours beaucoup de nuisances.
Nous parvenons à empêcher la plupart des rassemblements de quelques centaines de personnes. Tous les week-ends des rassemblements musicaux illégaux sont ainsi dissuadés. Quand le nombre de participants est faible, nous arrivons à les interdire.
En revanche, il en va autrement lorsque ces rassemblements prennent une dimension beaucoup plus importante, pouvant réunir plusieurs milliers de personnes. Dans ce cas, citez-moi un seul exemple où la puissance publique aurait été en mesure d'empêcher des individus, arrivant de points multiples du territoire national, se coordonnant via des messageries cryptées et chiffrées, et décidant, au dernier moment, de fondre sur un point.
S'agissant du village de Cornus que vous évoquez, la décision d'installation est intervenue quelques heures seulement auparavant. C'est très difficile à prévoir. Quiconque prétendrait le contraire se tromperait.
Pour des rassemblements de plus faible importance, en revanche, nous les dissuadons. Ainsi, dans le Var, un événement qui avait lieu au même moment et qui rassemblait 150 personnes a pu être interrompu par le préfet et les forces de gendarmerie.
Le renforcement du volet dissuasif constitue une première réponse importante. Sur le plan préventif, nous ne sommes pas en présence de groupes d'ultragauche ou d'ultradroite, ni d'organisations engagées dans des processus de radicalisation violente. Dès lors, nous ne disposons pas de moyens de renseignement pour suivre ces groupes.
Sans doute faut-il rappeler que le site de Cornus, que nous connaissons bien avec le sénateur Rémy Pointereau, est un terrain militaire, dont l'accès est strictement encadré : on ne le traverse pas librement, même en véhicule, et il est interdit de s'y arrêter ou d'y prendre des photographies en dehors des périodes d'ouverture autorisées. Or ce qui s'est produit sur ce site correspond à une intrusion en force sur une emprise militaire.
Si l'on examine les éléments de revendication diffusés par les auteurs, on constate des messages à forte connotation antimilitariste - « on fait la guerre à la guerre » -, visant accessoirement le ministre de l'intérieur, né à Bourges. Il existe donc bien une revendication politique, ainsi qu'une intrusion sur un terrain militaire, ce qui interroge.
Dans ce contexte, la question de la prévention et du rehaussement de notre niveau de protection mérite d'être posée : ne devons-nous pas envisager d'aller plus loin dans nos modalités de suivi de ces groupes ? Les services de renseignement assurent déjà une veille, mais sans recourir nécessairement à des techniques intrusives, dès lors que nous ne sommes pas dans le champ de la radicalisation violente. Pour autant, ce qui s'est passé à Cornus doit nous amener à réfléchir, je vous le concède. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
Source : senat.fr ↗
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