Question écrite
✓ Répondue le 25/06/2026
#11#30#
Menaces pesant sur l'apprentissage
Posée le 07/05/2026 • Ministère interrogé : Enseignement et formation professionnels et apprentissage
Patrick Chaize Les Républicains
Sénateur — Ain
La question
M. Patrick Chaize appelle l'attention de Mme la ministre déléguée auprès du ministre du travail et des solidarités et du ministre de l'éducation nationale, chargée de l'enseignement et de la formation professionnels et de l'apprentissage, sur l'apprentissage qui constitue aujourd'hui l'une des politiques publiques les plus efficaces en faveur de l'insertion et de l'émancipation des jeunes.
Depuis plusieurs années, une véritable transformation culturelle s'est opérée : l'apprentissage est désormais reconnu comme une voie d'excellence, plébiscitée par les jeunes comme par leurs familles. Entre 2018 et 2024, le nombre d'apprentis a presque triplé pour atteindre un niveau proche d'un million de jeunes en formation. En 2025/2026, plus de 500 000 d'entre eux préparent un diplôme de l'enseignement supérieur par la voie de l'apprentissage, contribuant ainsi à la mobilité sociale, notamment pour les jeunes issus de milieux modestes.
Ce succès repose très largement sur l'engagement massif des entreprises. En 2025, celles-ci ont financé 7,1 milliards d'euros au titre de la contribution unique à la formation professionnelle et à l'alternance (CUFPA), soit l'intégralité du budget consacré à l'apprentissage de France Compétences. Elles ont également versé près de 10 milliards d'euros de salaires aux apprentis, portant leur effort financier global à plus de 17 milliards d'euros, sans compter le temps consacré par les maîtres d'apprentissage et les formateurs.
L'État assume quant à lui principalement les aides à l'embauche des apprentis, à hauteur de 2,2 milliards d'euros, ainsi que les exonérations de charges sociales, pour 1,3 milliard d'euros, soit un total de l'ordre de 3,5 milliards d'euros. Ce différentiel invite à rétablir objectivement la situation et à mettre fin à certaines approximations sur le financement réel de l'apprentissage.
Il s'avère que ce modèle, largement porté par les entreprises et reconnu par les jeunes, apparaît aujourd'hui fragilisé. Les ajustements budgétaires successifs et les régulations financières commencent à produire des effets préoccupants, se traduisant notamment par une baisse du nombre de contrats d'apprentissage et par des milliers de jeunes se retrouvant sans entreprise d'accueil.
Cette situation est d'autant plus inquiétante que plus de 21 % des jeunes sont au chômage et que 1,4 million de jeunes âgés de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études. Dans ce contexte, une vision de court terme ferait peser un risque majeur sur l'avenir de la jeunesse et, au-delà, sur celui de notre pays.
Dès lors, il lui demande quelles mesures le Gouvernement entend prendre pour sécuriser durablement le financement de l'apprentissage, préserver l'engagement des entreprises, garantir l'accès des jeunes à cette voie de formation et réaffirmer l'ambition de faire de la France une grande Nation de compétences, condition essentielle du renforcement de notre souveraineté économique et sociale.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 25/06/2026
L'apprentissage est devenu, sous l'impulsion de la réforme de 2018, une voie d'excellence et de réussite plébiscitée par les familles et un moteur essentiel de l'insertion professionnelle des jeunes. En effet, le nombre de contrats a quasiment triplé entre 2018 et 2024, atteignant près d'un million de jeunes engagés dans ces formations. Ce succès, porté par l'engagement des entreprises, du Gouvernement et reconnu par les jeunes, a entraîné une hausse significative du coût de cette politique pour les finances publiques. Afin de préserver durablement ce dispositif, le Gouvernement met en oeuvre des mesures permettant d'en assurer la soutenabilité financière. S'agissant du financement des Centres de formation des apprentis (CFA), le Gouvernement s'est fortement mobilisé pour permettre une actualisation positive dans le cadre de la révision en cours des Niveaux de prise en charge (NPEC) applicables pour la période 2026-2028. Cet exercice s'appuie sur l'observation des coûts constatés en 2024 et transmis par les CFA à France compétences, revalorisés de +1,85 % afin de tenir compte de l'inflation et des gains de productivité sur la période d'application des NPEC. Les branches professionnelles auront par ailleurs la possibilité d'ajuster les montants selon leurs priorités, leur offrant ainsi davantage de souplesse et de responsabilité dans le pilotage de leur politique de compétences. S'agissant de l'aide versée aux employeurs d'apprentis, il a été décidé en 2026 de moduler le montant de l'aide en fonction de la taille de l'entreprise et du niveau de diplôme préparé, afin de mieux cibler les aides. Pour les entreprises de moins de 250 salariés recrutant des apprentis préparant un diplôme de niveau CAP ou bac, l'aide à l'embauche est maintenue à 5 000 euros. Elle s'élève à 4 500 euros pour les niveaux bac + 2 et à 2 000 euros pour les licences et masters. Pour les entreprises de 250 salariés et plus, l'aide est ramenée à 2 000 euros pour les niveaux CAP ou bac, 1 500 euros pour le bac + 2 et 750 euros pour les licences et masters. Ces montants modulés confirment la volonté du Gouvernement de cibler prioritairement les petites structures qui emploient aujourd'hui près de 80 % des apprentis et les premiers niveaux de qualification pour lesquels l'apprentissage est une véritable plus-value en matière d'insertion professionnelle. De plus, le montant de l'aide est majoré à 6 000 euros lorsque l'apprenti est en situation de handicap, quelle que soit la taille de l'entreprise et le diplôme préparé, afin d'encourager leur recrutement. L'ensemble de ces mesures a pour objectif de rendre le système de financement de l'apprentissage plus soutenable pour le budget de l'État. Le Gouvernement reste pleinement engagé en faveur de cette politique publique essentielle pour le pays et entend continuer à soutenir les différents acteurs de l'apprentissage.
Source : senat.fr ↗
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