Dégradation financière des universités françaises
L Laurence HarribeySER Sénatrice — GirondeLa question
Mme Laurence Harribey attire l'attention de M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace sur la situation financière particulièrement préoccupante des universités françaises.
En vertu des articles L.711-1 et suivants du code de l'éducation, les universités, établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel, disposent d'une autonomie pédagogique, scientifique, administrative et financière, tout en demeurant placées sous la tutelle de l'État qui fixe leurs obligations budgétaires et statutaires. À ce titre, il revient à l'État de garantir les moyens nécessaires à l'exercice de leurs missions de service public. Or, depuis plusieurs années, les universités doivent absorber, sans compensation budgétaire, des charges nouvelles imposées par l'État : revalorisation du point d'indice, hausse des cotisations retraites et surcotisation patronale.
Le mécanisme du compte d'affectation spéciale « Pensions », défini par la loi organique relative aux lois de finances et les lois de finances annuelles, compense ces charges pour les ministères mais pas pour les opérateurs publics, dont les universités représentent près de 80 %. Cette absence de compensation fragilise directement leur équilibre financier. La loi n°2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités, puis la loi n° 2013-660 du 22 juillet 2013 relative à l'enseignement supérieur et à la recherche, ont renforcé les responsabilités des universités en matière budgétaire, de gestion des ressources humaines et, pour certains établissements, de pilotage immobilier. Ce transfert de responsabilités implique que l'État veille à ce que les établissements disposent des moyens nécessaires pour assumer ces charges nouvelles. Toutefois, les investissements immobiliers réalisés dans le cadre des contrats de plan État-Région ou d'Opération Campus ne s'accompagnent pas des dotations de fonctionnement indispensables, obligeant les établissements à financer eux-mêmes les surcoûts liés à l'ouverture de nouveaux bâtiments.
Les universités doivent également faire face à des inégalités croissantes entre agents, notamment dans la mise en oeuvre de la protection sociale complémentaire issue de l'ordonnance du 17 février 2021, dont la compensation par l'État demeure incertaine. Ces disparités s'ajoutent aux écarts de rémunération entre titulaires et contractuels, ainsi qu'aux différences de traitement entre les niveaux d'enseignement. Sur le plan des ressources humaines, la baisse des effectifs enseignants conjuguée à la hausse du nombre d'étudiants fragilise la qualité de l'enseignement, tandis que les établissements doivent renoncer à certains équipements de sécurité ou réduire leurs dépenses de fonctionnement. Ces situations conduisent notamment à la réduction progressive des fonds de roulement qui pourraient, pour certaines universités telle que celle de Bordeaux Montaigne, être nuls dès 2027.
Elle lui demande quelles mesures le Gouvernement entend prendre pour compenser intégralement les charges nouvelles imposées aux universités, garantir la soutenabilité de leurs fonds de roulement, assurer un financement pérenne de leurs missions de formation et de recherche, et prévenir les ruptures d'égalité entre agents et entre établissements.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 24/09/2026Le budget 2026 du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace s'inscrit dans un contexte de finances publiques contraint. Le ministère contribue à l'effort de maîtrise des finances publiques, tout en préservant les moyens nécessaires à la conduite de politiques essentielles pour l'avenir du pays. Au global, son budget est en augmentation de 351 Meuros par rapport à 2025. En 2026, le budget du programme 150 « Formations supérieures et recherche universitaire » s'élève à 15,7 Mdeuros en crédits de paiement (CP), soit une hausse de 296 Meuros par rapport à la loi de finances pour 2025. En gestion, la hausse effective pour le programme s'élèvera à +236 Meuros, compte tenu d'un redéploiement de crédits au bénéfice du programme 172 prévu dans la programmation budgétaire. Au titre de la LPR (loi de programmation de la recherche), les moyens nouveaux s'élèvent à + 87 Meuros permettant de poursuivre les mesures engagées en faveur de l'attractivité des carrières scientifiques. Le déploiement des nouveaux contrats d'objectifs, de moyens et de performance (COMP) sera mis en oeuvre dès 2026, après une phase de préfiguration au sein de deux régions académiques. Les COMP des établissements des deux régions préfiguratrices ont ainsi été signés en juillet 2026. Concernent les augmentations du taux du CAS Pensions, intégralement compensé par l'État pour l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur en 2025, l'Etat poursuit son engagement en assurant une prise en charge totale pour 11 établissements présentant une situation financière fragile, tandis que les autres établissements bénéficient d'une compensation couvrant 75 % du surcoût estimé. Conformément au principe d'autonomie et de responsabilité consacré par la loi LRU (libertés et responsabilités des universités) de 2007, chaque établissement assure le pilotage de sa masse salariale dans le cadre des moyens qui lui sont alloués par l'État et des ressources propres qu'il mobilise. Par ailleurs, la mise en oeuvre du nouveau régime de protection sociale complémentaire (PSC), applicable depuis le 1er mai 2026 en remplacement du forfait mensuel, est intégralement compensé par l'État. En complément de ces mesures budgétaires, le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace est engagé dans une réflexion approfondie sur le modèle de financement de l'enseignement supérieur et de la recherche, en concertation avec l'ensemble des parties prenantes. Les Assises du financement des universités ont permis de dresser un bilan partagé de leur situation et de proposer des pistes pour rénover le modèle des établissements, tout en garantissant leur autonomie.
Source : senat.fr ↗
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