Pourquoi ce rapport ? Le contexte en 5 points
  • Signés le 4 février 2003, les accords du Touquet organisent des « contrôles juxtaposés » entre la France et le Royaume-Uni : les gardes-frontières britanniques contrôlent les voyageurs à Calais et Dunkerque, les Français à Douvres. La frontière britannique est, de fait, déplacée sur le sol français.
  • Conséquence : impossible de demander l'asile au Royaume-Uni depuis la France. Ceux qui veulent y déposer une demande tentent la traversée de la Manche sur des embarcations de fortune, les « small boats ».
  • En 2025, plus de 41 000 personnes ont tenté la traversée ; au moins 29 sont mortes dans le détroit du Pas-de-Calais.
  • En février 2026, l'Assemblée a créé une commission d'enquête à l'initiative du groupe communiste GDR, via son « droit de tirage » annuel. Rapporteure : Elsa Faucillon (GDR) ; président : Sébastien Huyghe (EPR).
  • Le rapport d'enquête, adopté en commission le 1er juillet, a été rendu public ce mercredi 8 juillet. Il formule 33 préconisations.

« Une situation objectivement intolérable. » C'est le constat central du rapport de la commission d'enquête sur les conséquences des accords du Touquet, présenté ce mercredi 8 juillet par son président Sébastien Huyghe (EPR, Nord) et sa rapporteure Elsa Faucillon (GDR, Hauts-de-Seine). Après six mois de travaux et l'audition des ministres de l'intérieur successifs, le rapport dénonce une « gouvernance essentiellement sécuritaire » de la coopération franco-britannique et recommande de renégocier « à moyen terme » les accords signés en 2003, en plaçant cette fois les droits fondamentaux au cœur des discussions.

41 000
tentatives de traversée en 2025
29
morts au moins dans le détroit en 2025
33
préconisations du rapport

Une frontière britannique installée sur les côtes françaises

Le cœur du diagnostic tient en une phrase : en fixant les contrôles britanniques sur le littoral français, les accords du Touquet ont rendu les traversées plus rares par camion ou par ferry — et beaucoup plus dangereuses par la mer. Depuis 2018 et la généralisation des « small boats », les morts s'accumulent dans le détroit du Pas-de-Calais, sans que le cadre juridique de 2003, pensé pour l'ère des passages en camion, n'ait été fondamentalement revu.

La rapporteure Elsa Faucillon défend cette lecture de longue date. Dès novembre 2024, avant même la création de la commission, elle déclarait dans l'hémicycle :

« Les accords du Touquet font de la France le bras armé de la politique migratoire anglaise, alors même que la plupart de ceux qui parviennent à traverser jusqu'en Angleterre obtiennent le droit d'asile. »

Elsa Faucillon
Elsa Faucillon
GDR
Hauts-de-Seine (1)
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Séance du 26 novembre 2024, un an avant la création de la commission d'enquête qu'elle a obtenue par le droit de tirage de son groupe.

Ce que le rapport préconise

Les 33 préconisations s'organisent en trois volets : l'urgence humanitaire sur le littoral, l'encadrement de l'action policière, et la renégociation du cadre franco-britannique.

🛟
Sauvetage en mer renforcé
Financer le renouvellement du matériel de sauvetage de la SNSM, en première ligne face aux naufrages dans le détroit.
🏠
Accueil le long du littoral
Créer de petites unités d'accueil réparties sur la côte, avec des structures adaptées aux femmes enceintes et aux mineurs isolés.
📋
Guichet unique pour l'asile
Instaurer un guichet unique pour les demandeurs d'asile présents sur le littoral, afin d'offrir une alternative réelle à la traversée.
📹
Caméras-piétons systématiques
Systématiser l'usage des caméras-piétons lors des évacuations de campements et opérations côtières.
🚫
Encadrer l'usage de la force
Interdire les armes et gaz lacrymogènes pendant les opérations sur les plages, où des embarcations chargées ont été visées.
🇬🇧
Renégocier avec Londres
Rouvrir « à moyen terme » les accords de 2003 et créer des voies légales : réunification familiale et prise en charge des mineurs non accompagnés.

À Calais, deux lectures irréconciliables

Le rapport arrive dans un paysage politique où le constat d'échec est partagé, mais où les conclusions divergent radicalement. Pour la gauche, les accords fabriquent des morts en externalisant la frontière britannique ; pour le Rassemblement national, fort de ses députés du Pas-de-Calais, le problème n'est pas l'accord mais les flux migratoires eux-mêmes. En séance, le député de Calais Marc de Fleurian résumait cette seconde lecture :

« Tous les matins, l'ouvrière du textile ou d'Alcatel qui va à l'usine est obligée de se coltiner dans les transports en commun les clandestins que vous laissez entrer par milliers depuis des décennies. »

Marc de Fleurian
Marc de Fleurian
RN
Pas-de-Calais (7)
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Séance du 2 juillet 2025. Entre ces deux pôles, les ministres de l'intérieur successifs auditionnés par la commission — Gérald Darmanin, Bruno Retailleau, Laurent Nuñez — ont tous reconnu « les faiblesses du système », tout en s'opposant à une dénonciation unilatérale des accords tant qu'aucune solution européenne coordonnée n'existe.

Renégocier sans rompre : le précédent du « un pour un »

La renégociation n'est pas une hypothèse d'école : en juillet 2025, Paris et Londres ont signé l'accord expérimental « un pour un », qui organise le renvoi vers la France de migrants arrivés par small boats, en échange de l'accueil légal au Royaume-Uni d'un nombre équivalent de demandeurs d'asile. Son bilan reste modeste : 783 personnes renvoyées vers la France et 736 accueillies outre-Manche, loin de l'objectif de 2 500 échanges — tandis que plus de 23 600 personnes ont encore rejoint les côtes anglaises entre août 2025 et mai 2026. L'accord a été prolongé jusqu'en octobre 2026.

Au-delà du cas franco-britannique, plusieurs voix appellent à remettre à plat la diplomatie migratoire française dans son ensemble. À la tribune, Philippe Bonnecarrère plaidait à l'automne pour un pilotage systématique :

« En matière migratoire, la France est partie prenante de 197 accords, dont 140 sont bilatéraux – par exemple l'accord du Touquet, le traité de Sandhurst ou encore l'accord franco-algérien de 1968. Notre pays doit se doter d'une doctrine d'emploi de ces accords. »

Philippe Bonnecarrère
Philippe Bonnecarrère
NI
Tarn (1)
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Séance du 30 octobre 2025, lors du débat sur les accords migratoires bilatéraux.

À noter : un rapport de commission d'enquête n'a aucune force contraignante. Les 33 préconisations n'engagent ni le gouvernement ni le Parlement — et l'exécutif, seul compétent pour négocier les traités (article 52 de la Constitution), a écarté à ce stade toute dénonciation unilatérale des accords du Touquet. La portée du rapport se jouera dans sa capacité à peser sur la prochaine séquence diplomatique franco-britannique.

Chronologie

4 février 2003
Signature des accords du Touquet : les contrôles frontaliers britanniques s'installent à Calais et Dunkerque, les contrôles français à Douvres.
2018
Traité de Sandhurst : Londres accroît sa contribution financière à la sécurisation du littoral français. Les traversées en « small boats » se généralisent.
Juillet 2025
Sommet franco-britannique : signature de l'accord expérimental « un pour un » (renvois contre admissions légales), entré en vigueur le 6 août 2025.
Février 2026
Création de la commission d'enquête à l'initiative du groupe GDR. Elsa Faucillon rapporteure, Sébastien Huyghe président. Six mois d'auditions, dont les ministres de l'intérieur successifs.
1er juillet 2026
La commission adopte le rapport d'enquête et ses 33 préconisations.
8 juillet 2026
Publication du rapport et présentation publique des conclusions par le président et la rapporteure.

Pour suivre l'activité parlementaire des membres de la commission, consultez les fiches d'Elsa Faucillon, de Sébastien Huyghe et de l'ensemble des députés sur NosParlementaires — votes, amendements, questions et prises de position en séance.