Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • La rupture conventionnelle individuelle permet à un salarié et son employeur de se séparer à l'amiable — sans licenciement ni démission. Le salarié perçoit ensuite des allocations chômage.
  • Depuis 2008, les ruptures conventionnelles explosent : 500 000 par an, soit près de 20 % des entrées à France Travail. Au moins un quart seraient des licenciements déguisés.
  • La dette de l'assurance chômage dépasse 60 milliards d'euros. Les partenaires sociaux (CFDT, MEDEF, etc.) ont signé en février 2026 un avenant pour réduire les coûts liés aux ruptures consenties.
  • L'avenant prévoit de distinguer la rupture conventionnelle du licenciement : durée maximale d'indemnisation ramenée de 18 à 15 mois pour les moins de 55 ans, en contrepartie d'un accompagnement renforcé par France Travail.
  • Le texte, rejeté une première fois à l'Assemblée en avril 2026, est adopté en deuxième lecture le 2 juin 2026, après modification par le Sénat. Entrée en vigueur prévue pour septembre 2026.

Le 2 juin 2026, l'Assemblée nationale a définitivement adopté le projet de loi transposant l'avenant n°3 au protocole d'accord sur l'assurance chômage, par 353 voix pour et 114 contre. La loi réduit de 18 à 15 mois la durée maximale d'indemnisation pour les moins de 55 ans ayant conclu une rupture conventionnelle — une mesure ciblant les 500 000 ruptures annuelles et visant 600 à 800 millions d'euros d'économies à l'horizon 2029.

353
Pour
114
Contre
37
Abstentions
Résultat du vote solennel — 2 juin 2026
504 votants
353 pour70,0 % des votants
114 contre22,6 % des votants
37 abstentions7,3 % des votants

Le RN, premier soutien d'une loi sur le travail

Avec 115 voix pour et zéro contre, le Rassemblement national forme le contingent le plus important en faveur du texte, devant les 87 voix du groupe Ensemble pour la République (EPR). Ce vote illustre la stratégie du RN : soutenir les textes du gouvernement liés à la maîtrise des finances publiques et au retour à l'emploi, tout en se présentant comme le parti des travailleurs. C'est la troisième fois en moins d'un mois — après la loi de programmation militaire et la loi agricole — que le RN constitue le premier bloc de soutien au gouvernement.

Vote par groupe politique
Pour
Contre
Abstention
RN
115 pour
EPR
87 pour
LFI
63 contre
SOC
37 abs · 18 contre
DR
44 pour
DEM
33 pour
HOR
30 pour
LIOT
19 + 2 contre
GDR
17 contre
ECOS
14 contre
UDR
14 pour

« Il ne pose pas la question de l'équilibre des comptes du régime de l'assurance chômage, mais prévoit une petite inflexion de notre gestion des ruptures conventionnelles. »

Gaëtan Dussausaye
Gaëtan Dussausaye
RN
Vosges (2)
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Une gauche fractionnée, des socialistes en retrait

La gauche n'a pas présenté un front uni. LFI (63 voix contre), les écologistes (14) et le GDR communiste (17) ont voté contre sans hésitation. Mais le groupe socialiste (SOC) s'est fragmenté : 37 abstentions, 18 contre et une voix pour. Ce positionnement complexe s'explique par l'attachement historique du PS au dialogue social : le texte transpose un accord signé par les partenaires sociaux, dont la CFDT. Voter contre revenait à rejeter un accord syndical — une posture difficile à assumer pour un parti qui se revendique du travail.

« Les économies de l'État sur l'assurance chômage — ou plutôt sa prédation sur l'assurance chômage — ont commencé par l'augmentation de la CSG, qui a fait perdre 12 millions d'euros, entre 2023 et 2026, aux caisses de l'assurance chômage. »

Ségolène Amiot
Ségolène Amiot
LFI-NFP
Loire-Atlantique (3)
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Ce que change la loi

📉
18 → 15 mois pour les moins de 55 ans
Pour les salariés de moins de 55 ans, la durée maximale d'indemnisation après une rupture conventionnelle passe de 18 à 15 mois à compter de septembre 2026.
🔄
20,5 mois pour les 55 ans et plus
Les salariés de 55 ans et plus conservent une durée plus longue (20,5 mois), et 30 mois pour les allocataires résidant en outre-mer hors Mayotte.
🤝
Accompagnement renforcé France Travail
En contrepartie, un suivi renforcé par France Travail dès le premier entretien, avec un « examen de situation formalisé » au 12e mois d'indemnisation.
💶
600–800 M€ d'économies visées
L'avenant des partenaires sociaux table sur 600 à 800 millions d'euros d'économies annuelles à l'horizon 2029, et 12 000 à 15 000 retours à l'emploi supplémentaires.

« Un équilibre imparfait, comme tout compromis, mais réel, entre deux impératifs : d'un côté, la lourde responsabilité financière qui est la nôtre, alors que la dette de l'assurance chômage dépasse 60 milliards d'euros. »

Anne Bergantz
Anne Bergantz
DEM
Yvelines (2)
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À noter : Le texte ne s'applique qu'aux ruptures conventionnelles individuelles conclues à partir de septembre 2026. Les salariés déjà en cours d'indemnisation ne sont pas concernés. Par ailleurs, le gouvernement estime que 25 % au moins des ruptures conventionnelles cachent des licenciements déguisés — mais aucun mécanisme de contrôle supplémentaire n'est prévu par la loi pour vérifier la nature réelle des séparations.

Un texte rejeté, puis adopté : le parcours chaotique

Le chemin parlementaire de ce texte a été atypique. Déposé au Sénat le 25 mars 2026 selon la procédure accélérée, il avait été adopté en première lecture par la Chambre haute avant d'être rejeté à l'Assemblée nationale le 16 avril 2026 — une défaite inédite pour un texte issu d'un accord des partenaires sociaux. Le Sénat l'a modifié en deuxième lecture le 18 mai, et l'Assemblée l'a finalement adopté sans modification le 2 juin, dans sa version sénatoriale.

25 février 2026
Les partenaires sociaux signent l'avenant n°3 au protocole d'accord sur l'assurance chômage, créant une durée d'indemnisation distincte pour les ruptures conventionnelles.
25 mars 2026
Dépôt du projet de loi de transposition au Sénat, avec procédure accélérée engagée.
1er avril 2026
Première lecture au Sénat : texte adopté.
16 avril 2026
Première lecture à l'Assemblée nationale : texte rejeté — coup de théâtre parlementaire.
18 mai 2026
Deuxième lecture au Sénat : texte adopté avec modifications.
2 juin 2026
Deuxième lecture à l'Assemblée nationale : adoption définitive par 353 voix pour, 114 contre.
Septembre 2026
Entrée en vigueur prévue pour les ruptures conventionnelles conclues à partir de cette date.

Pour connaître le vote exact de votre député sur ce texte, ainsi que son bilan complet d'activité parlementaire, consultez sa fiche sur NosParlementaires.fr.