Pourquoi ce débat ? Le contexte en 5 points
  • Le 17 septembre 2026, Sébastien Lecornu a détaillé les grandes lignes du budget 2027 : 54 milliards d'euros d'effort, pour un déficit ramené à 5 % du PIB.
  • Parmi les pistes annoncées figure l'instauration d'un délai de carence avant l'accès des étrangers à certaines prestations non contributives.
  • Une prestation non contributive est versée sans contrepartie de cotisations : RSA, allocations familiales, aides au logement, allocation de solidarité aux personnes âgées.
  • Le principe existe déjà par endroits dans le droit français : l'aide médicale de l'État impose trois mois de présence, les aides au logement supposent une résidence régulière.
  • Le Premier ministre a par ailleurs annoncé son intention de faire voter le budget 2027 sans recourir à l'article 49.3.

La mesure n'est pas nouvelle à l'Assemblée nationale. Sur le budget 2026, huit amendements ont proposé de conditionner l'accès des étrangers aux aides au logement à une durée de résidence en France de trois ou cinq ans. Ils portent deux signatures : celle du député Frédéric Falcon, pour le Rassemblement national, et celle de Laurent Wauquiez, président du groupe Droite Républicaine, rejoint par Éric Pauget. Aucun n'a été adopté. Trois ont été rejetés en commission, un n'a pas été soutenu, et les quatre déposés en vue de la séance n'ont jamais été appelés.

La seule fois où l'hémicycle a tranché

Pour trouver un vote nominatif sur une condition de ce type, il faut remonter au 5 juin 2025. Ce jour-là, l'Assemblée examine une proposition de loi communiste accordant les allocations familiales dès le premier enfant. La députée Angélique Ranc (RN) dépose un amendement réservant le dispositif aux familles dont au moins un parent est de nationalité française. Il est rejeté par 87 voix contre 36.

36
Pour
87
Contre
8
Amendements « durée de résidence » au budget 2026

La ligne de partage est nette et elle ne suit pas le clivage habituel entre majorité et oppositions. Les 32 voix pour viennent du Rassemblement national, complétées par 3 voix du groupe UDR et une non-inscrite. Tous les autres groupes votent contre, y compris les trois composantes du socle commun gouvernemental : 15 députés d'Ensemble pour la République, 6 d'Horizons et 4 des Démocrates.

« Nous souhaitons réserver les allocations familiales aux familles dont l’un des parents est de nationalité française. »

Séance du 5 juin 2025.

Angélique Ranc
Angélique Ranc
RN
Aube (3)
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Dans la foulée, la même députée présente un amendement de repli : réserver les allocations aux foyers dont un parent cotise effectivement, au titre de la contribution sociale généralisée. L'exposé assume le raisonnement, en réaffirmant « notre attachement au principe de préférence nationale dans l'accès aux prestations sociales ». Le repli est rejeté plus largement encore, par 93 voix contre 37 — et cette fois trois députés de la Droite Républicaine votent contre.

« J’entends le Rassemblement national dire : « ce ne sont pas des cotisations » ; mais, à votre avis, comment est financée la branche famille de la sécurité sociale ? »

Séance du 5 juin 2025.

Pierre Cazeneuve
Pierre Cazeneuve
EPR
Hauts-de-Seine (7)
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Au budget, la mesure n'a jamais atteint le vote

Sur le projet de loi de finances pour 2026, la condition de résidence a été portée sur l'article 67, celui qui gelait déjà le barème des aides au logement et réservait les APL aux étudiants étrangers boursiers. Frédéric Falcon propose d'y inscrire cinq ans de résidence, ou deux ans et demi de cotisations. Laurent Wauquiez propose trois ans, en exemptant les réfugiés et les bénéficiaires de la protection subsidiaire.

🏠
Cinq ans, version RN
Frédéric Falcon : cinq ans de résidence, ou deux ans et demi de cotisations, ou trois ans d'affiliation, pour l'accès des étrangers aux aides au logement. Rejeté en commission, jamais appelé en séance.
⏳
Trois ans, version Droite Républicaine
Laurent Wauquiez : trois ans de résidence, réfugiés et protection subsidiaire exclus de la condition. Rejeté en commission des finances, non soutenu en nouvelle lecture.
👵
Le minimum vieillesse aussi
Sur le budget de la Sécurité sociale, Justine Gruet (DR) a proposé de réécrire l'article du code fixant l'accès à l'allocation de solidarité aux personnes âgées. Retiré en commission, jamais appelé en séance.
🩺
Le sens inverse existe aussi
Hendrik Davi (écologiste) a proposé de supprimer le délai de trois mois conditionnant l'aide médicale de l'État. Adopté en commission le 31 octobre 2025, rejeté en séance une semaine plus tard.
À noter : le 20 août 2026, Sébastien Lecornu qualifiait de mesures « inventées pour inquiéter les Français » plusieurs pistes prêtées au budget 2027, dont la suppression des APL étudiantes. Trois des quatre figuraient déjà dans ses propres textes, comme nous l'avions documenté. La condition de résidence pour l'accès aux aides au logement, elle, n'avait jamais été portée par le gouvernement : elle venait des bancs du RN et de la Droite Républicaine.

« Combien de personnes doivent renoncer, parce qu’elles ne maîtrisent pas les procédures, à une aide ou à un droit ? Combien de familles populaires ne réclament pas le RSA, l’allocation de rentrée scolaire ou le chèque énergie, faute d’être accompagnées ? »

Séance du 5 juin 2025.

Elsa Faucillon
Elsa Faucillon
GDR
Hauts-de-Seine (1)
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Ce qui change pour le budget 2027

Si l'engagement de ne pas recourir au 49.3 est tenu, la différence sera de taille. Sur le budget 2026, aucun des amendements « durée de résidence » déposés en vue de la séance n'a été appelé : l'examen s'est arrêté avant, puis le texte est passé par trois 49.3. Une mesure inscrite dès l'origine dans le projet du gouvernement suivrait un autre chemin — elle serait discutée, et mise aux voix.

Le vote de juin 2025 donne un ordre de grandeur, sans le préjuger : à l'époque, une condition de nationalité réunissait 36 voix sur 123 votants. Une condition de durée de résidence n'est pas la même mesure, et l'existence d'amendements signés par le président du groupe Droite Républicaine montre qu'elle peut rassembler au-delà du seul Rassemblement national.

5 juin 2025
L'Assemblée rejette par 87 voix contre 36 un amendement RN réservant les allocations familiales aux familles dont un parent est français, puis par 93 contre 37 sa version de repli. La proposition de loi est adoptée par 102 voix contre 17.
24 et 30 octobre 2025
En commission, les amendements de Frédéric Falcon (cinq ans de résidence) et de Laurent Wauquiez (trois ans) sur les aides au logement sont rejetés.
7 novembre 2025
La séance rejette l'amendement écologiste supprimant le délai de trois mois de l'aide médicale de l'État, qui avait été adopté en commission une semaine plus tôt.
Janvier 2026
Les amendements sont redéposés en nouvelle lecture. Aucun n'est appelé en séance. Le budget est adopté par 49.3.
17 septembre 2026
Sébastien Lecornu annonce un délai de carence pour l'accès des étrangers à certaines prestations non contributives, dans un budget 2027 qu'il souhaite faire voter sans 49.3.
30 septembre 2026
Dépôt annoncé du projet de loi de finances pour 2027. Vote solennel envisagé le 17 novembre.

Chaque amendement déposé sur ce point, et le vote de chaque député, seront consultables au fil de l'examen. Pour savoir comment le vôtre s'est positionné sur les prestations sociales, consultez sa fiche sur NosParlementaires.