- Plus de 40 000 hectares ont brûlé en Gironde cet été, dans le massif des Landes de Gascogne — la plus grande forêt cultivée d'Europe occidentale.
- Le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est rendu en Gironde le 17 août, accompagné de plusieurs membres du gouvernement, pour ouvrir officiellement la phase de reconstruction.
- Cette phase pose une question technique et politique : que replanter, et comment ? Le pin maritime met plusieurs décennies à atteindre sa maturité économique.
- Deux débats montent déjà sur le terrain : le retour ou non à la monoculture de résineux, et l'installation de parcs photovoltaïques sur les parcelles sinistrées.
- Le Parlement dispose de deux outils entre les sessions : la question écrite au gouvernement, et le dépôt d'une proposition de loi. Nous avons compté ce qu'il en a fait.
Sébastien Lecornu a ouvert lundi 17 août en Gironde la phase de reconstruction, après un incendie qui a ravagé plus de 40 000 hectares du massif des Landes de Gascogne. Dans la base de données de NosParlementaires, 164 questions écrites ou orales déposées à l'Assemblée nationale et au Sénat portent, dans leur intitulé, sur les incendies ou les feux de forêt. Quarante-cinq concernent le financement des pompiers et des services d'incendie et de secours. Une seule pose la question de ce qu'il faut replanter.
Le Parlement parle du feu, pas de l'après
Le décompte porte sur les questions dont le titre mentionne un incendie ou un feu de forêt : 72 à l'Assemblée nationale sous la 17e législature, 92 au Sénat. Quatre-vingt-une d'entre elles n'ont, à ce jour, reçu aucune réponse du gouvernement.
La répartition thématique est nette. Le premier bloc identifiable, avec 45 questions, porte sur les moyens de la lutte : financement des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS), statut des pompiers, contributions communales. Vient ensuite la prévention — débroussaillement, obligations légales, cartographie du risque — avec 25 questions. Les moyens aériens, Canadair compris, en totalisent 9. La réponse pénale aux incendiaires, sujet pourtant très présent dans le débat public de l'été, n'en compte que 3.
Le dernier bloc est le plus parlant. Trois questions seulement relèvent de l'après-feu — et deux d'entre elles portent en réalité sur l'indemnisation des sinistrés de Marseille, pas sur la forêt. Il reste donc, sur 164 questions, une seule question dont l'intitulé pose le problème du reboisement. Elle a été déposée le 4 août 2026 par Sylvie Ferrer, députée LFI-NFP des Hautes-Pyrénées, après l'incendie du massif des Trois Pignons. Elle n'a pas reçu de réponse.
« Les politiques de plantation de résineux à croissance rapide pour répondre aux besoins exclusifs de l'industrie du bois de construction font partie des causes invoquées ayant favorisé le départ et la propagation du feu. »
Sa question s'appuie sur un rapport d'information de l'Assemblée nationale de mai 2023, qui recommandait de sortir de la monoculture et de généraliser la « forêt mosaïque », mêlant essences et âges différents pour renforcer la résilience des massifs. Trois ans plus tard, cette recommandation n'a donné lieu à aucun débat en séance.
Le second angle mort : à qui profite le sol brûlé
Le même 4 août, un député d'un tout autre bord a déposé une question sur le devenir des parcelles incendiées. Bernard Chaumeil, député RN de l'Hérault, s'inquiète de la multiplication des projets de panneaux photovoltaïques sur les terrains forestiers sinistrés — un phénomène observé dans les Landes après 2022, et qu'il voit se reproduire en Gironde. Sa question est elle aussi restée sans réponse.
« Ces projets alimentent un profond sentiment d'incompréhension parmi les populations, qui voient dans la destruction des forêts l'émergence de nouvelles opportunités économiques pour des opérateurs privés. »
Deux députés que tout oppose politiquement, déposant le même jour, sur le même sujet, deux questions restées sans réponse : c'est à peu près tout ce que le Parlement a produit cet été sur le devenir des forêts brûlées.
Quatre propositions de loi sur la forêt, aucune jamais examinée
La question écrite n'est pourtant pas le seul outil. Sous cette législature, quatre propositions de loi consacrées à la politique forestière et à l'adaptation des forêts au changement climatique ont été déposées à l'Assemblée nationale. Elles viennent de quatre groupes différents. Aucune n'a jamais été inscrite à l'ordre du jour : dans notre base, chacune affiche zéro scrutin et zéro amendement, et les dossiers de l'Assemblée ne mentionnent que le dépôt et le renvoi en commission.
Le cas de la première est le plus frappant : Sophie Panonacle est députée de la 8e circonscription de la Gironde, celle du bassin d'Arcachon et du massif forestier. Sa proposition de loi sur l'adaptation des forêts dort en commission depuis le 15 octobre 2024, soit près de deux ans avant l'incendie qui a ravagé son département.
Le troisième auteur, Matthieu Bloch, a fait ce que le règlement permet quand un texte n'est pas inscrit : il a écrit au ministre chargé des relations avec le Parlement pour demander sa mise à l'ordre du jour. Le gouvernement lui a répondu qu'une étude d'impact était « un préalable indispensable » et l'a invité à préciser les difficultés qu'il souhaitait traiter. Le texte n'a pas été inscrit.
« Entre 2012 et 2021, le nombre d'entreprises forestières et sylvicoles est passé de 7 991 à 6 729 structures, traduisant la disparition de plus d'un millier d'entreprises en une décennie. »
Ce qui peut changer à la rentrée
Les députés retrouvent l'hémicycle à l'automne, avec un ordre du jour déjà saturé par le budget 2027. Trois leviers existent néanmoins pour que la question du reboisement remonte : l'inscription d'un de ces quatre textes dans une niche parlementaire — chaque groupe dispose d'une journée par an —, un amendement au projet de loi de finances sur les crédits de la forêt, ou la création d'une mission d'information sur la reconstitution des massifs incendiés.
Vous pouvez suivre l'activité de vos élus sur ces sujets et leur écrire directement : chaque question écrite déposée, chaque proposition de loi signée est consultable sur leur fiche. Les quatre textes cités ci-dessus ont leur page dédiée, où s'affichera tout nouvel acte de procédure — commission, séance, scrutin — si l'un d'eux finit par être inscrit à l'ordre du jour.