Pourquoi ce vote ? Le contexte en 5 points
  • Le 6 juillet, le groupe Écologiste et Social a déposé une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, l'accusant d'impréparation face aux canicules meurtrières de l'été.
  • Pour renverser un gouvernement, une motion de censure doit réunir la majorité absolue des membres de l'Assemblée : 289 voix. Seuls les députés favorables votent, à la tribune.
  • Sans majorité, le gouvernement Lecornu survit depuis octobre 2025 grâce à un équilibre tacite : le Parti socialiste critique, mais ne censure pas.
  • Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, avait publiquement soutenu la motion écologiste — contre la position du groupe socialiste à l'Assemblée, présidé par Boris Vallaud.
  • La motion a recueilli 132 voix. Mais le détail du scrutin, que nous avons analysé, révèle une fracture inédite au sein du groupe PS.

Le 6 juillet, la motion de censure déposée par les écologistes après les canicules de juin n'a recueilli que 132 voix, loin des 289 requises. Le chiffre qui compte est ailleurs : 20 des 68 députés du groupe Socialistes et apparentés l'ont votée — dont Olivier Faure, premier secrétaire du parti — alors que l'orateur du groupe annonçait à la tribune qu'il ne censurerait pas. Boris Vallaud, président du groupe, n'a pas pris part au vote. C'est la première fois depuis l'arrivée de Sébastien Lecornu à Matignon qu'un tiers du groupe socialiste rompt ainsi la consigne.

132
Voix pour la censure
289
Majorité requise
20/68
Députés PS pour

Un an sans censure socialiste

Depuis le début de la législature, l'Assemblée a voté sur 23 motions de censure. Le groupe socialiste n'en a voté que quatre en bloc — toutes avant l'été 2025 : les deux motions de l'ère Barnier, dont celle du 4 décembre 2024 qui a renversé le gouvernement avec 331 voix, puis les deux motions que Boris Vallaud a lui-même déposées contre François Bayrou, le 19 février et le 1er juillet 2025.

Depuis, plus rien. Sur les 13 motions mises aux voix depuis l'arrivée de Sébastien Lecornu à Matignon — dont dix pendant la séquence budgétaire de janvier-février 2026 —, le groupe PS n'a jamais dépassé 7 voix, et n'a déposé aucun texte en son nom. Jusqu'au 6 juillet.

Voix socialistes sur les 23 motions de censure de la législature
67
65
8
6
64
67
7
5
5
5
20
Barnier
Bayrou
Lecornu
Nombre de députés Socialistes et apparentés ayant voté chaque motion de censure depuis octobre 2024 (effectif du groupe : 68). En rouge vif : les scrutins où le groupe a voté en bloc — et, encadrée, la motion du 6 juillet 2026. Source : votes nominaux, base NosParlementaires.

La ligne Vallaud : « ne pas ajouter de l'instabilité »

À la tribune, c'est Fabrice Barusseau qui a porté la position du groupe : sévère sur le fond — « votre gouvernement n'a pas été, jusqu'à présent, à la hauteur du défi climatique » —, mais fermement opposé à la censure. La ligne est constante depuis l'automne 2025 : le PS monnaye sa non-censure contre des concessions, et se pose en force de stabilité face à ce qu'il considère comme une double impasse, celle du gouvernement et celle de la censure permanente.

« Censurer, c'est aussi prendre la responsabilité de ce qui vient après. Notre responsabilité n'est pas d'ajouter de l'instabilité à l'inaction. »

Fabrice Barusseau
Fabrice Barusseau
SOC
Charente-Maritime (3)
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Les 20 qui ont rompu la consigne — Faure en tête

Le scrutin, où seuls les votes favorables sont enregistrés, dresse la liste exacte des socialistes qui ont franchi le pas. On y trouve le premier secrétaire Olivier Faure, fidèle à son soutien public à la motion, accompagné de figures du groupe comme Arthur Delaporte ou Laurent Baumel — mais ni Boris Vallaud, ni l'oratrice du jour. 20 voix sur 68 : c'est trois fois plus que le précédent record socialiste sous Lecornu (7 voix, le 16 octobre 2025).

Olivier FaureSeine-et-Marne (11)Arthur DelaporteCalvados (2)Laurent BaumelIndre-et-Loire (4)Christian BaptisteGuadeloupe (2)Béatrice BellayMartinique (3)Mickaël BoulouxIlle-et-Vilaine (8)Paul ChristophleDrôme (1)Pierrick CourbonLoire (1)Alain DavidGironde (4)Dieynaba DiopYvelines (9)Peio DufauPyrénées-Atlantiques (6)Iñaki EchanizPyrénées-Atlantiques (4)Chantal JourdanOrne (1)Marietta KaramanliSarthe (2)Fatiha Keloua HachiSeine-Saint-Denis (8)Philippe NailletRéunion (1)Marc PenaBouches-du-Rhône (11)Anna PicManche (4)Sandrine RunelRhône (4)Céline Thiébault-MartinezSeine-et-Marne (9)

Côté écologistes, auteurs de la motion, 32 des 38 députés ont voté leur propre texte, rejoints par l'intégralité du groupe La France insoumise (71 voix), 7 communistes et 2 députés LIOT.

« Nous ne vous demandons pas de comprendre mais nous vous demandons de partir, et nous exigerons des comptes. Chers collègues, censurons ce gouvernement et préparons la rupture ! »

Marie-Charlotte Garin
Marie-Charlotte Garin
ECOS
Rhône (3)
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À droite, l'autre non-censure

L'échec de la motion ne tient pas qu'au PS : aucun des 122 députés du Rassemblement national n'a voté le texte, pas plus que la droite républicaine ou le bloc central. Sébastien Chenu a justifié ce refus en renvoyant l'échéance à la présidentielle, tout en réservant au gouvernement un réquisitoire aussi dur que celui de la gauche. La ministre Agnès Pannier-Runacher a, elle, dénoncé « une stratégie politique, une stratégie de diversion ».

« Cette espérance, ce sera l'alternance de 2027, non une motion de censure de circonstance émanant, au cœur de juillet… »

Sébastien Chenu
Sébastien Chenu
RN
Nord (19)
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L'arithmétique qui protège Lecornu

🧮
289 voix requises
La majorité absolue des 577 sièges. Une motion qui échoue ne laisse aucune trace juridique — mais un relevé nominal de ceux qui l'ont votée.
🌹
La gauche seule : 194
LFI (71), PS (68), écologistes (38) et communistes (17) réunis n'atteignent pas le seuil, même en votant tous.
🔷
Le RN seul : 139
Rassemblement national (122) et UDR (17) sont encore plus loin du compte sans l'appoint de la gauche.
⚖️
La seule combinaison gagnante
Gauche + RN, comme le 4 décembre 2024 contre Michel Barnier (331 voix). Tant que le PS s'y refuse, le gouvernement tient.

C'est tout l'enjeu de la rentrée : le budget 2027, que Sébastien Lecornu présentera à l'automne, exposera de nouveau le gouvernement au 49.3 — et donc aux motions de censure. Avec un groupe socialiste dont un tiers vient de montrer qu'il ne suit plus la consigne, la marge du premier ministre se réduit à mesure que la présidentielle approche. Sur le fond climatique, le Sénat a de son côté programmé l'examen de la loi d'adaptation au changement climatique pour le 19 octobre.

À noter : pour une motion de censure, seuls les votes « pour » sont recueillis, à la tribune. Les 48 députés PS qui n'ont pas voté le 6 juillet n'ont donc pas voté « contre » : ils ont refusé de participer au renversement du gouvernement, ce qui n'est ni un soutien ni une opposition formelle.

Deux ans de motions de censure

8 octobre 2024
Première motion de censure de la législature, déposée par la gauche unie (Vallaud-Panot) contre Michel Barnier : 194 voix, groupe PS au complet.
4 décembre 2024
La motion déposée après le 49.3 sur le budget de la Sécurité sociale est adoptée par 331 voix — gauche et RN votent ensemble, le gouvernement Barnier tombe.
19 février puis 1er juillet 2025
Boris Vallaud dépose deux motions contre François Bayrou : 180 puis 189 voix, PS en bloc, mais sans le RN. Dernier vote de censure groupé des socialistes.
16 octobre 2025
Premières motions contre le gouvernement Lecornu II : 7 députés PS seulement votent celle de la gauche.
Janvier-février 2026
Séquence budgétaire : dix motions (gauche et RN) après les 49.3, jamais plus de 5 voix socialistes. Le budget passe, Lecornu reste.
6 juillet 2026
Motion écologiste sur la gestion des canicules : 132 voix, dont 20 socialistes — Olivier Faure compris. Record de dissidence PS sous Lecornu.
Automne 2026
Présentation du budget 2027, sous la menace du 49.3 — et des prochaines motions de censure, à sept mois de la présidentielle.

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