- Sénateur de la Guyane depuis le 1er octobre 2026, élu dès le premier tour le 27 septembre avec 351 voix, 63,4 % des 554 suffrages exprimés par les grands électeurs. Membre du groupe macroniste Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI) depuis le 5 octobre, de la commission des finances depuis le 7 ; vice-président de la commission des affaires européennes.
- Né le 25 septembre 1953 à Cayenne, il a 73 ans, deux jours de plus que son élection : 32 des 348 sénateurs sont plus âgés que lui, 3 des 63 entrants du 27 septembre. Titulaire d'une maîtrise d'histoire et de géographie de l'université Bordeaux III, retraité.
- Il a dirigé les trois exécutifs de la Guyane à la suite : maire de Cayenne de mars 2008 à avril 2010, président du conseil régional de mars 2010 à décembre 2015, premier président de la collectivité territoriale unique de 2015 à 2021, après avoir présidé l'agglomération du Centre Littoral.
- Socialiste guyanais (PSG) de 1983 à son exclusion, en janvier 2008, il a ensuite fondé et préside toujours Guyane Rassemblement. Battu aux territoriales de juin 2021 par Gabriel Serville, 45,2 % contre 54,8 %, il siège depuis dans l'opposition de l'assemblée de Guyane.
- Président de la collectivité pendant le mouvement social de mars-avril 2017, il a refusé de signer le plan de l'État le 21 mars avant de parapher l'Accord de Guyane le 21 avril : 1,1 milliard d'euros de mesures d'urgence et 2,1 milliards demandés en plus. Il a ensuite réclamé un « statut sui generis » pour le territoire.
- Il n'a jamais siégé au Parlement : au 7 octobre, notre base ne lui compte aucun vote, aucun amendement, aucune question. Il succède à deux sénateurs du même groupe qui ne se représentaient pas, Georges Patient et Marie-Laure Phinéra-Horth.
Mercredi 7 octobre, les sept commissions permanentes du Sénat se sont constituées, et Rodolphe Alexandre a obtenu celle qu'il avait réclamée au soir de son élection : les finances. L'ancien maire de Cayenne, ancien président de la Région puis de la collectivité territoriale de Guyane, 73 ans, revient dans un fauteuil cinq ans après avoir perdu le sien, en juin 2021, face à Gabriel Serville. Il y arrive avec le score le plus net des sénatoriales guyanaises, 351 voix sur 554 dès le premier tour, et avec son ancien collaborateur Ryan Persaud, 32 ans, élu au second tour pour le deuxième siège. Son bilan parlementaire tient en un chiffre, zéro. Son élection, ses vingt-cinq ans d'exécutifs locaux et le siège qu'il reprend, eux, se mesurent.
Un siège gagné en un tour, dans une circonscription sans sortant
La Guyane élit ses deux sénateurs au scrutin majoritaire, à deux tours, et non à la proportionnelle comme les départements à trois sièges ou plus. Le 27 septembre, dix candidats se présentaient devant 577 grands électeurs, pour l'essentiel des délégués des 22 conseils municipaux ; 558 ont voté au premier tour. Les deux sortants, Georges Patient, sénateur depuis 2008, et Marie-Laure Phinéra-Horth, élue en 2020, ne se représentaient pas : la Guyane est l'une des cinq circonscriptions, avec le Cher, la Corrèze, Saint-Martin et Wallis-et-Futuna, où aucun des élus de 2026 n'est un sortant. Rodolphe Alexandre, étiqueté divers gauche par le ministère de l'Intérieur, obtient 351 voix, 63,4 % des suffrages exprimés : il dépasse la majorité absolue et le quart des inscrits, les deux conditions d'une élection au premier tour.
Le second siège s'est joué au second tour, dans la soirée. Ryan Persaud, 32 ans, conseiller municipal de Mana, chef d'entreprise dans la pêche et ancien membre du cabinet de Rodolphe Alexandre à la collectivité territoriale, passe de 198 à 240 voix, 44,4 % des 541 suffrages exprimés, devant Gérard Amayota, ancien maire d'Apatou, 145 voix, et Patrick Lecante, ancien maire de Montsinéry-Tonnégrande, 98. Les deux élus rejoignent le même groupe : le RDPI, que l'on disait au bord du seuil de dix sénateurs avant le scrutin, a recruté sept entrants et compte 16 membres ; deux viennent de Guyane.
Candidats et nuances du ministère de l'Intérieur. Pour être élu au premier tour, il fallait la majorité absolue des 554 suffrages exprimés, 278 voix, et le quart des 577 inscrits, 145 : Rodolphe Alexandre franchit les deux barres. Au second tour, 541 suffrages exprimés : Ryan Persaud 240 voix, Gérard Amayota 145, Patrick Lecante 98, Hélène Sirder 52, Victor Joseph 5, Jean-Yves Mirakoff 1 ; les quatre autres candidats ne se sont pas maintenus.
« C'est une belle victoire, sans triomphalisme, parce que c'est un consensus, ce sont des rencontres, des échanges, c'est un partenariat. »
Au soir du premier tour, le 27 septembre 2026. Propos rapportés par Outremers360.
Treize ans à la tête de la Guyane, et un bras de fer avec l'État
Rodolphe Alexandre a dirigé la Guyane sous trois formes successives. Entré au Parti socialiste guyanais en 1983, directeur de cabinet au conseil général jusqu'en 1988, conseiller municipal de Cayenne en 1989 puis premier adjoint en 1995, il est exclu du PSG en janvier 2008 pour avoir annoncé sa candidature à la mairie contre la ligne du parti ; il la gagne en mars avec 50,9 % au second tour. Deux ans plus tard, il prend la présidence du conseil régional, qu'il garde jusqu'à la fusion de la Région et du Département : le 18 décembre 2015, l'assemblée de Guyane nouvellement élue le porte à la tête de la collectivité territoriale unique par 35 voix contre 15. Il la présidera jusqu'au 2 juillet 2021.
Le moment qui le fait connaître hors de Guyane est le mouvement social de 2017. Le 20 mars, des collectifs et des syndicats bloquent le port de Cayenne et l'accès au centre spatial de Kourou ; le 21, le président de la collectivité refuse de signer l'accord de finalisation du Pacte d'avenir négocié avec l'État, qu'il juge insuffisant. Un mois plus tard, le 21 avril, l'Accord de Guyane est signé à la préfecture de Cayenne : 1,1 milliard d'euros de mesures d'urgence, 2,1 milliards d'euros supplémentaires demandés. Les signataires sont le collectif Pou Lagwiyann Dékolé, par la voix de Davy Rimane, aujourd'hui député, les quatre parlementaires d'alors, Chantal Berthelot, Gabriel Serville, Antoine Karam et Georges Patient, le président de l'association des maires, le préfet, et lui.
De ce conflit il tire une revendication institutionnelle. En novembre 2018, il propose aux élus une « loi Guyane », un statut sur mesure plutôt qu'un basculement de l'article 73 vers l'article 74 de la Constitution ; en janvier 2020, le congrès des élus demande une consultation ; le 1er mars 2020, il écrit au Premier ministre Édouard Philippe.
« Je souhaiterais donc d'ores et déjà envisager avec vous un véritable statut sui generis qui tienne compte de ses réalités amazoniennes. »
Lettre au Premier ministre Édouard Philippe sur l'évolution statutaire de la Guyane, rendue publique le 1er mars 2020 (Outremers360).
La consultation n'a pas eu lieu avant les territoriales de juin 2021. En tête au premier tour avec 43,7 %, il est battu au second par la liste d'union de Gabriel Serville, Jean-Paul Fereira et Jessi Américain : 20 876 voix, 45,2 %, contre 25 342. Il garde un siège de conseiller territorial d'opposition, préside toujours Guyane Rassemblement, où il a été reconduit le 18 septembre 2021, et reçoit le 27 octobre 2021, à l'Élysée, les insignes d'officier de la Légion d'honneur des mains d'Emmanuel Macron. Le groupe qu'il rejoint au Sénat est celui de la majorité présidentielle.
Discipline et présence : la page blanche, et la mesure de Georges Patient
Le chapitre habituel de nos portraits est vide, et c'est une information. Depuis le 1er octobre, le Sénat n'a tenu aucun scrutin public nominatif : l'élection de son président, le 1er octobre, et celle des vice-présidents et questeurs, le 6, se sont faites à bulletin secret. Aucun taux de participation, aucun taux d'alignement ne peut donc être calculé pour Rodolphe Alexandre. Son agenda officiel compte une séance, celle du 1er octobre. Le Sénat ne publie pas de données de sanctions individuelles dans notre base.
Le siège qu'il reprend, lui, a trois ans de chiffres récents. Depuis octobre 2023, Georges Patient, sénateur de la Guyane pendant dix-huit ans et membre de la commission des finances, a pris part à 902 des 909 scrutins publics, 99,2 %, exactement la médiane des 386 sénateurs ayant siégé sur toute la période. Il a déposé 100 amendements en premier signataire et en a cosigné 1 110, dont 294 adoptés, posé 16 questions, et signé chaque automne, comme rapporteur spécial, le rapport sur les crédits de la mission Outre-mer du projet de loi de finances. Il a voté comme la majorité de son groupe dans 94,7 % des cas, quand la médiane du RDPI est à 97,6 % : les élus ultramarins du groupe macroniste sont, avec quelques anciens, ceux qui s'en écartent le plus souvent. Marie-Laure Phinéra-Horth affiche le même taux, 94,7 %, pour 903 scrutins sur 909, 20 amendements déposés et 1 053 cosignés. Sa dernière question au gouvernement, le 29 janvier 2026, s'intitulait « Avenir de la Guyane ».
C'est à cette aune que les premiers votes du nouvel élu seront lus. Dans sa commission, les finances, 5 des 49 membres sont des entrants du 27 septembre ; trois d'entre eux ont présidé une collectivité d'outre-mer, Daniel Gibbs à Saint-Martin, Édouard Fritch en Polynésie française, et lui. Le groupe RDPI y compte trois sièges. Le Sénat compte 14 sénateurs ultramarins sur 348.
« On n'est plus dans le même prisme législatif au niveau du Sénat. On rentre beaucoup plus dans le territorial, dans la technicité, les dotations financières. »
Au lendemain de son élection, sur ce qu'il attend du mandat. Propos rapportés par RCI, 28 septembre 2026.
Ses chantiers annoncés
Parcours express
Ses premiers votes, amendements et questions apparaîtront sur la fiche de Rodolphe Alexandre à mesure que le Sénat les publiera. Retrouvez les résultats complets des sénatoriales en Guyane, la fiche de Ryan Persaud, élu le même jour, la composition des dix groupes du nouveau Sénat, la liste des 348 sénateurs par département, et comparez les sénateurs entre eux dans nos classements.