Pourquoi ce dossier ? Le contexte en 5 points
  • La France compterait environ 450 000 ralentisseurs — dos-d'âne, plateaux, coussins berlinois —, soit plus de dix par commune en moyenne, un record mondial.
  • Un décret de 1994 (n° 94-447) et la norme NF P98-300 fixent leurs caractéristiques : un dos-d'âne ne doit pas dépasser 10 cm de haut, et seuls certains emplacements sont autorisés. La mise en conformité devait être faite « dans les cinq ans ». Elle ne l'a jamais été.
  • Le Conseil d'État, en octobre 2023 puis en mars 2025, a confirmé que la réglementation s'applique et que neuf dos-d'âne sur dix seraient non conformes.
  • Des associations d'automobilistes dénoncent depuis des années la dangerosité de ces dispositifs, la surconsommation de carburant et l'usure des véhicules qu'ils provoquent.
  • Mais remplacer ou détruire des centaines de milliers de ralentisseurs coûterait plusieurs milliards d'euros : personne, à Paris, ne veut trancher.

C'est l'un de ces dossiers qui n'atteint jamais l'hémicycle mais qui remonte, question après question, du terrain vers les ministères. Depuis l'automne 2024, treize députés ont écrit au gouvernement au sujet des ralentisseurs jugés illégaux. Sept d'entre eux siègent au Rassemblement national, les autres à droite (Droite républicaine, Union des droites) ou au centre. À gauche, aucun. Et à chaque fois, la réponse de l'administration est la même : ce sont les maires qui décident, la loi est floue, l'État ne bougera pas.

450 000
ralentisseurs en France
9 sur 10
jugés non conformes
13
questions écrites de députés

Un cheval de bataille de la droite et du RN

Le sujet n'a rien de partisan sur le fond — un dos-d'âne trop haut secoue autant une voiture de gauche qu'une voiture de droite. Pourtant, dans les registres de l'Assemblée, ce sont presque exclusivement des élus de droite qui s'en sont emparés. Sur les treize questions écrites recensées, le RN en signe sept à lui seul ; la Droite républicaine et l'Union des droites deux chacune ; la majorité présidentielle (Ensemble pour la République) et le groupe LIOT une chacune.

Qui interpelle le gouvernement sur les ralentisseurs ? (questions écrites, 2024-2026)
RN
7 questions
UDDPLR
2 questions
DR
2 questions
EPR
1 question
LIOT
1 question

Le point de départ est presque toujours le même : la décision du Conseil d'État du 27 mars 2025, qui a confirmé qu'une large majorité des ralentisseurs français ne respectent pas le décret de 1994. C'est ce que rappelle Pierre Meurin (RN, Gard) dans sa question écrite intitulée sobrement « Ralentisseurs illégaux ».

« Neuf dos-d'âne sur dix ont été reconnus par le Conseil d'État comme non conformes avec les normes en vigueur. La quasi-totalité des 450 000 ralentisseurs ne respecte pas le décret de 1994 qui les réglemente. »

Pierre Meurin
Pierre Meurin
RN
Gard (4)
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D'autres élus élargissent le grief au-delà de la seule légalité : le nombre. Pour Maxime Michelet (Union des droites, Marne), la France a laissé les dispositifs proliférer sans contrôle, au même titre que les ronds-points.

« Comme pour les ronds-points, la France est championne du monde du nombre de ralentisseurs présents sur son territoire, avec plus de dix en moyenne par commune. »

Maxime Michelet
Maxime Michelet
UDDPLR
Marne (3)
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Le dossier déborde d'ailleurs les frontières de l'opposition. Dans la majorité présidentielle, Annaïg Le Meur (Ensemble pour la République, Finistère) a elle aussi interrogé le gouvernement, en pointant l'échéance de mise en conformité inscrite dans le décret… et jamais respectée.

« Le décret de 1994 prévoyait que tous les ralentisseurs soient conformes dans les cinq ans. Trente ans plus tard, selon les associations, une large part ne respecte toujours pas la réglementation. »

Annaïg Le Meur
Annaïg Le Meur
EPR
Finistère (1)
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La réponse du gouvernement, à la virgule près

Ce qui frappe, en lisant les treize réponses ministérielles, c'est leur quasi-identité. D'un texte à l'autre, l'administration recopie le même paragraphe : les ralentisseurs relèvent des communes, pas de l'État.

La formule qui revient : « Les ralentisseurs sont implantés à la demande des collectivités locales, et sous la responsabilité des gestionnaires de la voirie, afin de répondre à l'objectif de modération de la vitesse. »

Le gouvernement ajoute un second argument, juridique celui-là : la jurisprudence elle-même ne serait pas stabilisée. Si la cour administrative d'appel de Marseille a étendu le décret de 1994 à tous les types de ralentisseurs, d'autres — Douai, Nantes — ont jugé l'inverse. « La jurisprudence n'est pas uniforme sur ce sujet », écrit l'administration à Pierre Meurin. Traduction : tant que les juges ne tranchent pas de façon homogène, l'État ne légiférera pas.

Ce que dit — et ne dit pas — la réglementation

📏
Deux types réglementés sur cinq
Seuls le dos-d'âne et le ralentisseur trapézoïdal sont encadrés par le décret de 1994 et la norme NF P98-300. Coussins berlinois, plateaux et surélévations de carrefour restent dans un vide juridique.
📐
10 cm, pas plus
Un dos-d'âne conforme mesure au maximum 10 cm de haut sur 4 m de long, et ne peut être posé ni sur une voie à fort trafic, ni sur un itinéraire de bus ou de secours.
⚖️
Illégaux mais pas démolis
Le Conseil d'État a reconnu la non-conformité massive du parc, sans ordonner sa destruction : le coût d'une remise aux normes générale est chiffré à plusieurs milliards d'euros.
🏛️
Le maire décide
Au titre de son pouvoir de police de la circulation, le maire installe les dispositifs et en assume la responsabilité. C'est l'argument que l'État oppose, systématiquement, aux députés.

Un problème très concret

Derrière la bataille de normes, les nuisances sont réelles. Vincent Trébuchet (Union des droites, Ardèche) souligne la surconsommation de carburant et la pollution provoquées par les freinages et réaccélérations à répétition. Lisette Pollet (RN, Drôme) relaie la mobilisation, en mars 2025, de chauffeurs de bus du réseau valentinois soutenus par la CFDT, qui dénonçaient des secousses à répétition sur leurs itinéraires. Autant de signaux qui, pour l'instant, se heurtent au même mur administratif.

27 mai 1994
Le décret n° 94-447 fixe les caractéristiques des dos-d'âne et ralentisseurs trapézoïdaux. Mise en conformité prévue « dans les cinq ans ».
24 octobre 2023
Le Conseil d'État juge que le décret s'applique aux ralentisseurs, ouvrant la voie aux contentieux locaux.
30 avril 2024
La cour administrative d'appel de Marseille étend la réglementation à l'ensemble des ralentisseurs. D'autres cours jugeront l'inverse.
27 mars 2025
Le Conseil d'État confirme que neuf dos-d'âne sur dix seraient non conformes, sans ordonner leur suppression.
2024 → 2026
Treize députés interpellent le gouvernement par question écrite. La dernière, en juin 2026, reste sans réponse à ce jour.

Reste une question simple, que se posent des millions d'automobilistes : puisque neuf ralentisseurs sur dix sont hors des clous, qui va agir ? Sur ce dossier, l'Assemblée pose les questions ; le gouvernement, lui, renvoie la balle aux 35 000 maires de France. Votre député s'est-il saisi du sujet ? Vous pouvez le vérifier — et lui écrire — depuis sa fiche.