- L'audiovisuel public (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, Arte France, TV5 Monde, INA) reçoit en 2026 un compte d'avances de 3 848 312 945 euros, à peu près le budget du ministère de la Culture.
- Le 23 septembre 2025, la Cour des comptes étrille la gestion de France Télévisions : déficit cumulé de plus de 80 millions d'euros entre 2017 et 2024, trésorerie négative.
- Le 28 octobre 2025, le groupe UDR (allié du Rassemblement national) crée par droit de tirage une commission d'enquête sur l'audiovisuel public. Charles Alloncle (UDR, Hérault) est rapporteur, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons, Calvados) président.
- Trente députés, 67 auditions du 25 novembre 2025 au 8 avril 2026, 234 personnes sous serment. Le 27 avril 2026, après plus de quatre heures de huis clos, le rapport est adopté par 12 voix contre 10 et publié le 4 mai.
- Le 30 septembre 2026 paraît chez Fayard « Je jure de dire toute la vérité », le livre du rapporteur sur les coulisses de la commission. Avant les coulisses, voici le rapport.
Le rapport d'enquête n° 2698 propose de retirer plus d'un milliard d'euros par an à l'audiovisuel public, environ un quart de son financement, en supprimant deux chaînes et une radio, en fusionnant six antennes en trois et en confiant à l'Élysée la nomination des présidents. Ses 70 recommandations portent la signature du rapporteur Charles Alloncle ; en tête, l'avant-propos et les 40 propositions du président Jérémie Patrier-Leitus accusent ce dernier d'avoir voulu « préparer les esprits à la privatisation ». Deux rapports en un, adoptés à deux voix d'écart. Dix points pour s'y retrouver (lire notre fiche du rapport).
1. Le point de départ : 3,85 milliards d'euros et une confiance en berne
Le rapporteur pose deux chiffres. L'argent : 3,85 milliards d'euros d'avances de l'État en 2026. La défiance, tirée du baromètre Verian 2026 : 61 % des Français ne font pas confiance aux médias sur les grands sujets d'actualité (53 % en janvier 2023) et 60 % jugent que le service public de radio et de télévision n'est pas impartial. Le rapport répond à ce second chiffre.
2. Le constat le plus dur vise la tutelle, pas les journalistes
Le manquement que le rapporteur place au premier rang n'est pas éditorial : c'est l'absence de contrôle. Près de dix ans entre deux contrôles de France Télévisions par la Cour des comptes, une comptabilité analytique promise en 2015 et toujours absente, aucun contrat d'objectifs et de moyens en vigueur. D'où un retour à l'équilibre exigé au 31 décembre 2026 (n° 14), un contrôle de la Cour tous les cinq ans (n° 16) et une tutelle transférée à un Secrétariat général à l'audiovisuel public sous le Premier ministre (n° 15).
« Le travail de la Commission a permis à votre rapporteur d'observer, de fait, un certain nombre de dysfonctionnements, dont le plus grave est sans équivoque le désengagement des autorités de tutelle et de contrôle, lequel a permis les dérives de ce service public. »
3. La neutralité imposée à tous les salariés, réseaux sociaux compris
Le mot « neutralité » ne figure pas dans la loi de 1986, qui parle d'honnêteté, d'indépendance et de pluralisme. Le rapporteur passe par la loi du 24 août 2021 sur les principes de la République : sa recommandation n° 1 l'applique aux salariés de l'audiovisuel public « y compris sur les réseaux sociaux », comme aux magistrats ou aux enseignants. Suivent des sanctions graduées et publiées (n° 3), un devoir de réserve renforcé pour les présentateurs (n° 4), un indice trimestriel du pluralisme calculé par l'Arcom « avec l'appui de l'intelligence artificielle » (n° 11), et une « diversité de la société française » redéfinie « à l'exclusion de tout critère d'origine ethnique ou de couleur de peau » (n° 5).
4. Trois antennes supprimées : France 4, France TV Slash et Mouv'
France TV Slash, destinée aux 15-35 ans, est visée deux fois : la n° 2 la supprime pour ses « contenus militants », la n° 45 y ajoute France 4 au profit d'une offre jeunesse interne sur France.tv. Côté radio, la n° 38 supprime Mouv' et la n° 53 fusionne les deux orchestres de Radio France (13 millions d'euros). La n° 41 bannit la télé-réalité.
5. Trois fusions : France 2 et France 5, franceinfo et France 24, France 3 et ICI
C'est le cœur du rapport. La n° 46 fusionne France 2 et France 5 en « une grande chaîne généraliste de premier plan » et libère le canal hertzien de France 5. La n° 47 fusionne franceinfo et France 24. La n° 48 fusionne totalement France 3 Régions et ICI (ex-France Bleu), avec 650 personnels aux compétences communes identifiés par l'Inspection générale des finances, pour 138,6 millions d'euros d'économies annuelles en 2028. Le tout après un audit des 54 chaînes et antennes publiques (n° 44).
6. Plus d'un milliard d'euros d'économies, fléchés vers le patrimoine
L'objectif est écrit : réduire la dépense « de plus d'un milliard d'euros à euros constants, à l'horizon de cinq à dix ans ». Les postes sont chiffrés : jeux et divertissements de France Télévisions réduits des trois quarts (120 millions par an, n° 40), sports réduits d'un tiers (près de 50 millions, n° 42), accord d'entreprise de Radio France renégocié (50 millions, n° 66), Festival de Cannes plafonné à 3 millions (n° 62), 53 véhicules de fonction réexaminés (n° 63). La n° 70 affecte la moitié de la somme au patrimoine et 500 millions au désendettement de l'État.
7. Producteurs et animateurs : la fin d'un système
Les auditions de Nagui, de Stéphane Courbit (Banijay) et de Pierre-Antoine Capton (Mediawan) nourrissent le chapitre le plus offensif. La n° 30 met fin aux animateurs-producteurs, la n° 29 interdit à un salarié de l'audiovisuel public de diriger une société de production, la n° 21 soumet les marchés de programmes à la commande publique, la n° 22 internalise les émissions de flux d'information et de débat. S'y ajoutent un registre public des intérêts (n° 31), un contrôle de la HATVP sur les départs vers le privé (n° 33) et une enquête de la Cour des comptes sur les marges des producteurs (n° 65). Mediawan et Banijay, note le rapporteur, ont refusé de transmettre contrats et fiches de paie.
« La banalisation des situations de conflits d'intérêts, conjuguée à l'absence de contrôle effectif, a favorisé l'émergence d'une forme de culture de l'irresponsabilité dans laquelle l'exigence de reddition des comptes semble s'être éclipsée des consciences. »
8. Les présidents nommés par le président de la République
La n° 19 a le plus divisé la commission : les dirigeants seraient nommés par le président de la République, après avis des commissions des affaires culturelles et « avis conforme » de l'Arcom. Le rapport revient longuement sur la désignation de Delphine Ernotte Cunci par le CSA en 2015, à huis clos, attribuée à « des motifs politiques ». S'y ajoutent une loi de programmation pluriannuelle (n° 50) et un plafonnement légal de la rémunération des PDG par rapport au salaire médian (n° 57).
9. Le président de la commission publie son propre rapport dans le rapport
Fait rare, le document s'ouvre sur un avant-propos du président qui contredit le rapporteur. Jérémie Patrier-Leitus dénonce des méthodes « contestables », les 36 interviews et les « plus de 330 posts sur X » du rapporteur pendant les travaux, « des dizaines de courriers » de personnes auditionnées se plaignant de propos déformés. Il conteste trois recommandations : la fusion France 2-France 5 (« une erreur stratégique majeure »), la fusion franceinfo-France 24 (« une incohérence de fond ») et la nomination par le président de la République (« un retour en arrière préoccupant »).
« L'objectif politique de cette commission d'enquête créée par l'UDR ne fait plus aucun doute : il s'agissait bien de préparer les esprits à la privatisation de l'audiovisuel public. »
Ses 40 propositions dessinent une autre réforme : une définition légale de l'impartialité (n° 1), un « référé médiatique » devant l'Arcom tranché en huit jours (n° 13), la nomination des PDG par les conseils d'administration (n° 17), la fusion des entreprises de l'audiovisuel public en une seule (n° 26). Quelques points recoupent le rapporteur : loi de programmation, Cour des comptes tous les cinq ans, HATVP. Et le président rappelle qu'aucune des 234 personnes auditionnées n'a appelé à la privatisation.
10. Ce que le rapport ne tranche pas, et ce que le livre promet
Le tome 1 contient déjà des coulisses, à deux voix. Le rapporteur énumère les « entraves » : le refus de la Cour des comptes, par deux fois, de transmettre des documents, les deux mois mis par France Télévisions pour ouvrir sa « data room », la menace lancée en séance par le député Erwan Balanant, « t'inquiète, on va te régler », un délai de rédaction ramené à dix jours. Le président énumère les siennes : une saisine de la justice pour parjure contre un syndicaliste, une plainte pénale contre un média, les insultes reçues. Le 8 septembre, Charles Alloncle a annoncé sur X un livre où « certaines vérités devaient attendre » : « des pressions, des menaces, des trahisons ». Aucune des 70 recommandations n'a, à ce jour, force de loi ; le premier test sera le projet de loi de finances pour 2027, cet automne.
Les 70 recommandations et les 40 propositions du président sont sur notre fiche du rapport, l'ensemble des rapports parlementaires sur la page des rapports. Suivez Charles Alloncle et Jérémie Patrier-Leitus sur leurs fiches, et demandez à votre député quelles recommandations il compte porter au budget 2027.