- Le « recul du trait de côte » est le nom administratif de l'érosion du littoral : la mer avance, la côte recule, et des maisons, des routes et des campings se retrouvent en zone de danger. Ce n'est pas une inondation ponctuelle, c'est un retrait définitif.
- Selon le Cerema, l'organisme public qui cartographie le phénomène, plus de 850 communes seraient concernées à l'horizon 2100, et environ 20 % du littoral métropolitain est déjà en recul.
- La loi Climat et résilience d'août 2021, complétée par une ordonnance du 6 avril 2022, a créé le cadre : une liste de communes devant adapter leur urbanisme, des cartes de projection à 30 et 100 ans, et un bail spécifique (le « bail réel d'adaptation à l'érosion côtière ») permettant d'occuper un bâtiment condamné à terme.
- Cette liste prioritaire compte aujourd'hui 126 communes, dont 41 en Bretagne, 31 en Nouvelle-Aquitaine et 16 en Normandie.
- Depuis, le sujet revient surtout par la voie des questions écrites : le financement de l'adaptation, lui, n'a fait l'objet d'aucun vote dans cette législature.
C'est l'un des rares sujets sur lesquels un député RN de Charente-Maritime, une socialiste de Guadeloupe et un macroniste des Landes écrivent au gouvernement pour dire la même chose. Depuis le début de la 17e législature, 36 questions portant sur le recul du trait de côte ont été déposées à l'Assemblée nationale et au Sénat — 18 de chaque côté. La moitié n'a jamais reçu de réponse. Et aucune des deux chambres n'a organisé le moindre vote sur le sujet.
Le décompte est symétrique d'une chambre à l'autre. À l'Assemblée, 18 questions déposées par 13 députés entre le 5 novembre 2024 et le 30 juin 2026, dont 10 ont reçu une réponse. Au Sénat, 18 questions de 13 sénateurs entre mars 2024 et juin 2026, dont 8 seulement ont obtenu une réponse.
Sept groupes sur onze, de LFI au RN
À l'Assemblée, les 18 questions viennent de sept groupes politiques différents. Aucun bloc ne s'est approprié le sujet, et aucun ne l'a ignoré : socialistes, camp présidentiel, communistes et ultramarins du GDR, Horizons, La France insoumise, Rassemblement national et Droite républicaine ont tous écrit au ministère de la transition écologique.
La géographie compte plus que l'étiquette. Ces questions viennent de la Manche, du Pas-de-Calais, de la Seine-Maritime, de l'Ille-et-Vilaine, des Landes, de la Charente-Maritime, du Var, de l'Hérault, de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Polynésie française. Ce sont des élus de bord de mer qui écrivent, quel que soit leur groupe.
« Près de 1 000 hectares sont exposés à l'aléa recul du trait de côte à l'horizon 2050 dans le département, représentant environ 57 % du linéaire côtier charentais. »
Question écrite du 27 mai 2025, restée sans réponse.
Ce que la loi de 2021 a prévu — et ce qu'elle n'a pas financé
Le cadre juridique existe depuis cinq ans. Ce qui manque, dans la quasi-totalité des questions posées, c'est l'argent et le mode d'emploi : qui paie le rachat d'une maison condamnée, qui reloge ses occupants, et selon quels critères une commune entre ou non dans le dispositif.
« Le recul du trait de côte, qui concerne environ 20 % du littoral métropolitain, menace des milliers de logements, d'infrastructures publiques et d'activités économiques. »
Question écrite du 29 avril 2025, qui cite pour Lacanau une facture estimée entre 8 et 17 milliards d'euros d'ici 2050.
Outre-mer : l'érosion s'ajoute au reste
Dans les départements et collectivités d'outre-mer, le recul du trait de côte se cumule avec d'autres phénomènes. En Guadeloupe, le député socialiste Christian Baptiste a déposé trois questions en un an, sur l'érosion combinée à l'échouage massif des sargasses, puis sur les conséquences sociales du recul pour les personnes âgées qu'il faut reloger. Aucune n'a reçu de réponse. En Polynésie française, la députée GDR Mereana Reid Arbelot a interrogé le gouvernement sur la montée des eaux : sans réponse également.
« Les conséquences sociales du recul du trait de côte, notamment en matière de relogement des personnes âgées touchées par des opérations de déplacement en zone littorale. »
Question écrite du 20 mai 2025, restée sans réponse.
Une proposition de loi déposée, jamais examinée
Un texte existe pourtant. Le 28 avril 2026, le député GDR de Martinique Marcellin Nadeau a déposé la proposition de loi relative à l'adaptation des territoires littoraux au recul du trait de côte, notamment insulaires (n° 2725). Elle a été renvoyée à la commission du développement durable.
Depuis, rien. Dans notre base de données, ce texte affiche zéro amendement déposé et zéro scrutin : il n'a été examiné ni en commission, ni en séance. Une proposition de loi n'est inscrite à l'ordre du jour que si le gouvernement le décide, ou si un groupe lui consacre l'une des rares journées réservées dont il dispose chaque année. Aucun des deux ne s'est produit.
Votre commune est en bord de mer ? Vous pouvez vérifier sur sa fiche si votre député a déjà écrit au gouvernement sur l'érosion du littoral, lire le texte de ses questions et des réponses obtenues, et le contacter directement depuis le site.