- La réforme des retraites promulguée le 14 avril 2023 relève l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, à raison de trois mois par génération. Elle avait été adoptée sans vote de l'Assemblée sur le texte, par le 49.3.
- Le budget de la Sécurité sociale pour 2026 suspend ce calendrier jusqu'en janvier 2028 : l'âge légal reste bloqué à 62 ans et 9 mois. C'était la contrepartie obtenue par les socialistes pour ne pas censurer Sébastien Lecornu. La suspension s'applique aux pensions qui prennent effet depuis le 1er septembre 2026.
- Le 29 septembre 2026, dans une vidéo de vingt minutes, Édouard Philippe, candidat d'Horizons à la présidentielle, propose de reprendre la réforme de 2023, puis de porter en moins de dix ans l'âge de départ à 65 ans et la durée de cotisation à 45 ans. Il ajoute une part de capitalisation et assure qu'« un Français sur trois » pourra encore partir entre 60 et 64 ans.
- Il traite de « charlatans » ceux qui promettent un retour à 60 ans et critique l'idée de Gabriel Attal, patron de Renaissance, de supprimer l'âge légal.
- Édouard Philippe n'est pas député. À l'Assemblée, son camp, c'est le groupe Horizons & indépendants : 32 députés au moment du vote de la suspension, 36 aujourd'hui.
Édouard Philippe veut aller au-delà de la réforme de 2023. Ses députés ont été les plus fermes du bloc central pour la défendre. Le 12 novembre 2025, le groupe Horizons est le seul de l'ancienne majorité à voter en bloc la suppression de la suspension : 29 voix pour l'amendement de Nathalie Colin-Oesterlé, puis 29 voix contre l'article. Renaissance, dans le même temps, s'abstenait à 67 voix. Un mois plus tard, pourtant, 25 députés Horizons se sont abstenus sur le budget de la Sécurité sociale qui contenait la suspension. Ce budget a été adopté à 15 voix près.
12 novembre 2025 : Horizons, seul groupe du bloc central à voter contre
Le vote a lieu en première lecture du budget de la Sécurité sociale pour 2026, sur l'article 45 bis ajouté par le gouvernement. Avant de voter l'article, l'Assemblée examine les amendements qui veulent le supprimer, dont celui de Nathalie Colin-Oesterlé (Horizons, Moselle). Ils sont rejetés par 266 voix contre 70. Les 70 voix pour viennent presque toutes de trois groupes : Horizons (29), la Droite républicaine (25) et l'UDR d'Éric Ciotti (14). Renaissance ne donne qu'une voix et le MoDem aucune. Les deux groupes se partagent entre abstentions et votes contre.
L'article est ensuite adopté par 255 voix contre 146. Le RN fournit 112 voix, les socialistes 67. Horizons vote contre à 29 voix, avec une abstention, celle de Vincent Thiébaut. Chez Renaissance, 67 députés s'abstiennent, 5 votent contre et 3 votent pour. Le MoDem donne 18 abstentions, 11 voix pour et une contre. La Droite républicaine se divise : 25 contre, 9 abstentions, 8 pour.
« Ce décalage de la réforme des retraites a un coût réel pour les finances publiques. Il fragilise d’une façon regrettable nos comptes sociaux. C’est un renoncement, au nom de la stabilité – et même un reniement. »
Le 5 décembre, en nouvelle lecture, les socialistes, le RN et le gouvernement rétablissent l'article supprimé entre-temps par le Sénat. Horizons vote encore contre, à 14 voix sur 15 votants.
Le vote des trois groupes du bloc central, scrutin par scrutin
| Scrutin | Horizons | Renaissance (EPR) | MoDem |
|---|---|---|---|
| 31 oct. 2024 : proposition de loi RN d'annulation des réformes (rejetée) | 19 contre | 58 contre | 17 contre |
| 5 juin 2025 : résolution GDR d'abrogation (adoptée) | 7 contre | 11 contre | 11 contre |
| 12 nov. 2025 : amendement de suppression de la suspension (rejeté) | 29 pour | 1 pour, 7 contre, 63 abst. | 16 contre, 16 abst. |
| 12 nov. 2025 : article 45 bis, la suspension (adopté) | 29 contre, 1 abst. | 3 pour, 5 contre, 67 abst. | 11 pour, 1 contre, 18 abst. |
| 5 déc. 2025 : rétablissement de la suspension (adopté) | 14 contre, 1 abst. | 7 pour, 5 contre, 33 abst. | 6 pour, 10 contre, 8 abst. |
| 16 déc. 2025 : budget de la Sécu, vote définitif (adopté) | 9 pour, 25 abst. | 91 pour | 36 pour |
Source : décomptes officiels de l'Assemblée nationale, groupe du député à la date du vote.
16 décembre : l'abstention qui fait passer le budget
Le vote final porte sur tout le budget de la Sécurité sociale, pas seulement sur les retraites. Le 16 décembre 2025, le texte est adopté définitivement par 247 voix contre 232, avec 90 abstentions. Horizons n'apporte que 9 voix pour : 25 de ses députés s'abstiennent et aucun ne vote contre. Le calcul est simple. Avec ces 25 voix contre, le total des opposants serait passé à 257, soit plus que les 247 voix pour, et le texte aurait été rejeté. La suspension a donc été définitivement adoptée avec l'abstention de la majorité du groupe d'Édouard Philippe.
Dans le camp opposé, le RN, qui avait fourni 112 voix à la suspension en novembre, vote contre le budget à 123 voix. Les socialistes, qui avaient obtenu la suspension, votent pour à 64 voix. Marine Le Pen avait donné sa ligne le 12 novembre.
« Nous serons les seuls à être cohérents : en attendant son abrogation, nous allons voter pour suspendre la réforme Borne – injuste socialement et inefficace économiquement. »
65 ans : un seul amendement en deux ans, et il ne venait pas d'Horizons
Aucun amendement d'un député Horizons ne propose de porter l'âge légal à 65 ans ou la durée de cotisation à 45 ans depuis le début de la législature, en juillet 2024. Nous avons passé en revue le dispositif des plus de 120 000 amendements de la législature enregistrés dans notre base. Un seul demande 65 ans. Il est signé Éric Woerth (Renaissance, Oise) et a été déposé fin octobre 2024 sur la proposition de loi du RN. Son exposé juge « évidemment nécessaire d'envisager dans les prochaines années à nouveau un recul de l'âge légal ». L'amendement est tombé sans être mis aux voix.
Les députés Horizons ont surtout défendu la réforme existante. Contre la proposition de loi de La France insoumise d'abrogation de la retraite à 64 ans, examinée le 28 novembre 2024, le groupe dépose 166 des 997 amendements de séance. Les autres viennent surtout de Renaissance (354), de la Droite républicaine (259) et du MoDem (193). Le débat s'arrête à minuit sans vote sur l'article 1er. Parmi ces amendements, plusieurs de Nathalie Colin-Oesterlé et d'Henri Alfandari proposent de garder 64 ans pour certaines professions : hauts fonctionnaires, professions libérales, chercheurs, artistes. Ils ont été rejetés ou retirés.
La capitalisation, deuxième pilier du projet d'Édouard Philippe, n'a laissé qu'une trace au Parlement. Henri Alfandari demandait au gouvernement un rapport sur « l'instauration progressive d'une part de capitalisation obligatoire ». Son amendement n'a jamais été examiné. Félicie Gérard (Horizons, Nord) a aussi fait adopter en séance, sur le budget 2026, un assouplissement du plafond de déduction du plan d'épargne retraite. Il reprend son rapport avec Charles de Courson sur la fiscalité de l'épargne retraite.
La ligne d'Édouard Philippe se distingue aussi de celle de Renaissance. Le 12 novembre 2025, dans la même séance, Gabriel Attal présentait un système « débarrassé de l'âge légal de départ, où seule jouera la durée de cotisation ». Édouard Philippe le juge désormais financièrement intenable. À gauche, les écologistes et les socialistes ont voté la suspension. La France insoumise a voté contre : elle voulait l'abrogation.
« La réforme des retraites de 2023 a jeté des millions de personnes dans la rue pendant de nombreuses semaines – un nombre jamais vu depuis 1968. »
Pour voir comment votre député a voté sur la suspension, cherchez son nom dans le widget ci-dessus ou ouvrez sa fiche. Les amendements de chaque député sur le budget de la Sécurité sociale pour 2026 sont aussi détaillés, par exemple ceux de Nathalie Colin-Oesterlé. Pour tous les débats sur le sujet : recherche « retraites ».