- Le dimanche 27 septembre 2026, 2 843 grands électeurs du Bas-Rhin, pour l'essentiel des délégués des conseils municipaux élus en mars, désignent cinq sénateurs au scrutin de liste à la proportionnelle.
- Sept listes sont en lice. Deux sont classées « divers droite » par la préfecture et menées par deux sénatrices sortantes du même groupe, Les Républicains : Elsa Schalck et Laurence Muller-Bronn.
- En 2020, la droite et le centre avaient emporté quatre des cinq sièges avec deux listes : celle de Claude Kern (UDI-LR, 838 voix, 2 sièges), sur laquelle était élue Elsa Schalck, et celle d'André Reichardt (LR, 715 voix, 2 sièges), sur laquelle était élue Laurence Muller-Bronn. Le cinquième siège revenait à l'écologiste Jacques Fernique.
- Depuis, Claude Kern ne se représente pas, et André Reichardt a démissionné en 2025 : son siège est revenu à Marc Séné, qui figurait sur sa liste. Celui-ci est aujourd'hui numéro deux d'Elsa Schalck.
- Laurence Muller-Bronn conduit une liste qui se revendique de Nouvelle Énergie, le mouvement de David Lisnard, avec deux maires de l'Eurométropole, Yves Sublon (Eschau) et Murielle Fabre (Lampertheim).
- Face à elles : l'écologiste sortant Jacques Fernique, une liste PS-centre menée par Pernelle Richardot, la liste LFI du député Emmanuel Fernandes, une liste RN et une liste centriste d'Alice Morel.
Dimanche, dans le Bas-Rhin, deux sénatrices du groupe Les Républicains se disputeront les mêmes grands électeurs. Or sur les 1 575 scrutins publics organisés au Sénat depuis leur élection commune en septembre 2020, Elsa Schalck et Laurence Muller-Bronn ont exprimé exactement la même position 1 487 fois, soit 94,4 % des votes. Elles ne se sont retrouvées franchement l'une contre l'autre, l'une votant pour et l'autre contre, que 44 fois en six ans. Ce qui les sépare dimanche est une affaire d'alliances locales, pas de votes. Mais les rares scrutins où elles ont divergé dessinent deux profils distincts : sur le covid, les retraites ou la Sécurité sociale, c'est Laurence Muller-Bronn qui quitte la ligne du groupe ; sur l'IVG, c'est Elsa Schalck.
Deux listes, un groupe
La scission tient d'abord à l'histoire de 2020. Les deux sénatrices ont été élues sur deux listes différentes : Elsa Schalck en deuxième position derrière le centriste Claude Kern, Laurence Muller-Bronn derrière le LR André Reichardt. Six ans plus tard, Claude Kern s'arrête. Elsa Schalck, secrétaire départementale des Républicains, reprend la tête d'une liste LR-UDI baptisée « L'Alsace au Sénat » et y place en deuxième position Marc Séné, l'ancien colistier d'André Reichardt entré au Sénat en octobre 2025, puis l'UDI Isabelle Dollinger, qui prend la place laissée par Claude Kern, et l'ancien député Laurent Furst, maire de Molsheim. Laurence Muller-Bronn, qui n'appartient pas à ce regroupement, part avec sa propre liste, « Une nouvelle énergie pour l'Alsace au Sénat ».
Au Sénat, rien n'a changé : toutes deux siègent toujours au groupe Les Républicains. Et leurs votes se ressemblent autant que ceux de deux sénateurs LR pris au hasard. Le chiffre de 94,4 % se situe même un peu en dessous de la médiane des binômes LR élus en 2020 ou avant (96,5 %) : 15 % seulement des paires de sénateurs du groupe votent moins souvent ensemble. Marc Séné, lui, a voté comme Elsa Schalck dans 330 scrutins sur 337 depuis son arrivée (97,9 %), et comme Laurence Muller-Bronn dans 321 (95,3 %).
Position identique = même vote (pour, contre, abstention ou non-participation). Marc Séné siège depuis le 1er octobre 2025 : 337 scrutins seulement. Médiane calculée sur les binômes de sénateurs LR en exercice depuis 2020 ou avant.
L'écart avec l'écologiste Jacques Fernique, troisième sortant candidat, donne l'échelle : il n'a voté comme l'une ou l'autre que dans moins d'un scrutin sur cinq. Entre les deux sénatrices LR, la différence ne se lit pas dans la moyenne. Elle se lit dans la discipline de groupe : sur les 1 575 scrutins, Elsa Schalck s'est écartée 36 fois de la position majoritaire des Républicains (2,3 %), Laurence Muller-Bronn 66 fois (4,2 %), près de deux fois plus.
Covid, retraites, Sécurité sociale : là où Laurence Muller-Bronn quitte la ligne
Les écarts de Laurence Muller-Bronn tombent sur une poignée de grands textes. Pendant la crise sanitaire, elle vote contre le texte de juillet 2021 qui étend le pass sanitaire, sur lequel Elsa Schalck s'abstient, puis contre la loi instaurant le pass vaccinal, le 12 janvier 2022, que sa collègue vote avec la grande majorité du groupe LR. Elle a ensuite interrogé le gouvernement à quatre reprises, entre décembre 2022 et juin 2024, sur la vaccination anti-covid, les données de mortalité selon le statut vaccinal ou le contrôle des lots de vaccins à ARNm.
Sur la réforme des retraites de 2023, elle s'abstient sur l'article 7 qui repousse l'âge légal à 64 ans, que le groupe vote à une large majorité. Le 16 mars 2023, sur le texte final issu de la commission mixte paritaire, elle vote contre, avec cinq autres sénateurs de son groupe selon notre base. Elsa Schalck vote pour, avec la grande majorité du groupe. Le texte est adopté par 193 voix contre 114.
Même schéma le 26 novembre 2025 : sur l'ensemble du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, Laurence Muller-Bronn est l'une des deux seules voix contre du groupe LR dans notre base, quand Elsa Schalck vote pour. Les rôles s'inversent parfois : sur la loi d'urgence agricole de juillet 2026, votée par la quasi-totalité du groupe, c'est Elsa Schalck qui s'abstient, et Laurence Muller-Bronn qui vote pour.
L'IVG, seule vraie singularité d'Elsa Schalck
La divergence la plus nette d'Elsa Schalck avec son groupe date du 19 octobre 2022. Ce jour-là, le Sénat rejette par 172 voix contre 139 une proposition de loi constitutionnelle visant à inscrire l'interruption volontaire de grossesse dans la Constitution. Selon le relevé officiel du Sénat, seules deux sénatrices LR votent pour : Annick Petrus et Elsa Schalck. Laurence Muller-Bronn vote contre, avec 133 autres membres du groupe. Quinze mois plus tard, le 28 février 2024, les deux Alsaciennes voteront pour le projet de loi constitutionnel sur la liberté de recourir à l'IVG, adopté par 267 voix contre 50.
Deux mandats, le même terrain alsacien
Les deux sénatrices n'ont pas le même style de travail. Laurence Muller-Bronn, membre de la commission des affaires sociales, a déposé 346 amendements en premier auteur, dont 49 adoptés ; Elsa Schalck, à la commission des lois, 91, dont 50 adoptés. Elsa Schalck a en revanche posé davantage de questions au gouvernement (99 contre 69) et cosigné plus de rapports (11 contre 5). Sur l'Alsace, leurs combats se recoupent. Au printemps 2026, Elsa Schalck interpelle le ministre de l'éducation sur la pénurie de professeurs d'allemand.
« En 2024, près de 54 % des postes d'enseignement d'allemand ont été non pourvus. Cette réalité a une portée particulière en Alsace »
Question orale du 30 avril 2026 sur la pénurie de professeurs d'allemand. Source : base NosParlementaires / data.senat.fr.
Sept semaines plus tard, dans l'hémicycle, Laurence Muller-Bronn plaide pour l'enseignement de l'alsacien lui-même, exclu selon elle des dispositifs ouverts aux autres langues régionales depuis une circulaire rectorale de 1982.
« Avec plus de 600 000 locuteurs, c'est l'Alsace ! Or savez-vous quelle langue régionale n'est, paradoxalement, pas enseignée par l'éducation nationale au même titre que les autres langues ? L'alsacien ! »
Question d'actualité au gouvernement, séance publique du Sénat, 18 juin 2026. Source : base NosParlementaires / data.senat.fr.
Cinq sièges, sept listes : ce qui se joue dimanche
À la proportionnelle, la division peut coûter cher à la droite, ou lui permettre d'aller chercher un siège de plus. Jacques Fernique, élu en 2020 avec 532 voix, prête à la liste d'Elsa Schalck l'ambition de faire le « grand chelem » des cinq sièges. Il sort affaibli des municipales de mars, qui ont fait perdre Strasbourg aux écologistes, et affronte à gauche la liste socialiste-centriste de Pernelle Richardot, adjointe de Catherine Trautmann, et celle du député insoumis Emmanuel Fernandes. La liste RN de Jean-François Delanoue, suppléant du député Théo Bernhardt, part de 84 voix en 2020. La centriste Alice Morel, maire de Bellefosse, complète l'offre.
« Les communes rurales vont faire la différence »
Propos rapportés par Rue89 Strasbourg, 21 juillet 2026. Le sortant écologiste rappelle que Strasbourg ne pèse que 9 % des grands électeurs du département.
Les sept listes et tous leurs candidats sont sur notre page sénatoriales du Bas-Rhin. Votes, amendements et questions : consultez les fiches d'Elsa Schalck, de Laurence Muller-Bronn, de Marc Séné et de Jacques Fernique, et retrouvez les autres départements où tout peut basculer dans notre tour de France des sièges.