La question
M. Philippe Schreck alerte Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur l'urgence absolue d'une régulation renforcée du Canis lupus, d'autant que le changement de méthode de comptage au 1er janvier 2025 confirme le manque de fiabilité des données sur les populations de loups prises en compte jusqu'à présent, alors qu'elles conditionnent les décisions publiques en la matière. Dans de nombreux départements, les attaques de loups se multiplient et mettent en danger l'existence même des activités pastorales, avec des pertes de 15 000 animaux chaque année. Un premier bilan officiel au 31 mai 2025 indique au niveau national 815 constats supplémentaires et 2 500 victimes supplémentaires, comparé à la même période en 2024, et en Provence-Alpes-Côte d'Azur, on relève 522 constats supplémentaires et près de 1 500 victimes de plus en seulement cinq mois. Alors que la population lupine dépasse aujourd'hui très largement le seuil de viabilité biologique de 500 loups reconnu par les scientifiques, sa prolifération accroît la pression insupportable sur l'élevage. Les éleveurs ne demandent pas l'aumône : ils ne veulent pas être indemnisés pour nourrir les loups, mais vivre de leur métier et transmettre un savoir-faire ancestral. Ils doivent pouvoir tenir ce prédateur à distance de leur cheptel et être en mesure de le défendre en temps réel. Or les mesures du Plan loup 2024-2029 s'avèrent insuffisantes et soumises au bon vouloir des préfets. Lorsqu'elles sont délivrées, lorsqu'elles ne sont pas conditionnées à des exigences de protection coûteuses et parfois irréalistes, les autorisations de tirs - de défense comme de prélèvement - demeurent trop limitées et bien trop lentes à être mises en œuvre. Les délais de délivrance de 48 h maximum sont bien trop longs face à un carnassier aussi mobile et insatiable, qui a le temps de faire d'autres massacres avant d'en être empêché, s'il l'est... Il lui demande par conséquent : quelles instructions le Gouvernement compte donner aux préfets pour que les tirs de défense puissent être pratiqués de manière immédiate et systématique après une attaque ou préventivement dès qu'un loup est détecté proche des habitations ou des élevages et présente un risque manifeste ; quand le Gouvernement compte relever le seuil de prélèvement - actuellement de 19 % d'une population de loups notoirement sous-estimée - afin d'en ramener leur nombre proche du seuil de viabilité biologique ; quelles mesures compte prendre le Gouvernement afin de passer d'une logique de constat de l'irréparable à une politique de prévention où le loup assurerait son rôle de régulateur de la faune sauvage et où il pourrait être tenu à distance des activités humaines au lieu que celles-ci constituent leur garde-manger.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 18/08/2026
Les attaques par le loup ont un impact conséquent sur l'activité des éleveurs, en termes économiques, mais aussi psychologiques et impliquent une adaptation subie de leurs pratiques agricoles. La population lupine s'est établie à un effectif moyen de 1 082 individus pour l'hiver 2024-2025. Ainsi, elle a connu, durant ces dernières années, une augmentation ainsi qu'une expansion géographique. Cette population dépasse aujourd'hui le seuil des 500 loups sexuellement matûres qui permet d'éviter le risque immédiat d'extinction de la population. Toutefois, une population au-delà de ce seuil ne constitue pas une population dans un état de conservation favorable de l'espèce qui doit être atteint au titre de la directive « Habitats, faune, flore ». Au critère de taille de la population, il convient également de regarder le critère de diversité génétique et de répartition géographique. En effet, il est important de maintenir une diversité génétique afin de préserver le potentiel évolutif de l'espèce et de permettre des connectivités entre les différentes populations européennes. Depuis 2025, en France, l'estimation annuelle de loup est faite grâce à la méthode capture-marquage-recapture (CMR), basée sur un protocole scientifique rigoureux lié aux données génétiques. Cette méthode, reconnue comme la plus fiable en Europe, réduit les marges d'erreur et offre une estimation annuelle unique, contrairement aux anciennes méthodes qui produisaient plusieurs chiffres par an. Elle a été adoptée après une large concertation en 2024 pour répondre aux besoins de fiabilité, lisibilité et transparence. En conséquence de l'augmentation récente de la population de loups, on constate un nombre élevé de dommages aux troupeaux (12 000 animaux prédatés chaque année), en hausse sur les fronts de la colonisation. Dans ce contexte, le loup a fait l'objet d'un reclassement au titre de de la convention de Berne le 7 décembre 2024 (passage de l'annexe II à l'annexe III) et au titre de la directive habitats faune flore (passage de l'annexe IV à l'annexe V). Le Gouvernement français a toujours soutenu cet abaissement du niveau de protection et l'a ensuite traduit concrètement, sous l'égide de la ministre de l'agriculture, via le décret du 23 février 2026 puis au sein de la loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (UPSA). Ainsi, les éleveurs d'ovins et de caprins peuvent accéder à un tir de défense par une simple déclaration (en lieu et place de l'autorisation préalable). De plus, la condition tenant à la mise en place de mesures de protection préalable au tir a été levée. Par ailleurs, l'envoi de la louveterie et le recours aux tirs de prélèvement peut également intervenir auprès d'élevage non-protégés en cas de dommages exceptionnels. Ce sont des avancées majeures. Le plafond de tirs de défense a également été augmenté. Ainsi, en 2026, le plafond de tirs correspond à 21 % de l'estimation nationale (contre 19 % auparavant). En cas d'atteinte du plafond en fin d'année, la possibilité d'augmenter de + 2 % ce plafond est également possible pour ne laisser aucun éleveur sans solution. Dans le cadre de la loi UPSA, la ministre a souhaité consacrer le caractère « non-protégeable » des bovins, ainsi que le fait que la gestion du loup puisse évoluer en fonction de l'intensité de la prédation. La loi UPSA confère également aux éleveurs la capacité de défendre les élevages via l'usage de lunettes à visée thermique. Elle est désormais en cours d'examen par le Conseil constitutionnel. Afin de s'assurer d'une protection la plus efficace, il convient également d'encourager les éleveurs à adopter des mesures de protection susceptibles de diminuer la prédation du loup. À ce titre, la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire a maintenu et renforcé un budget permettant de financer les différents moyens de protection (berger, chiens de protection et parcs électrifiés). Ainsi, l'appel à projets de l'aide à la protection des troupeaux contre la prédation a ouvert dès le 1er janvier 2026 pour permettre aux éleveurs d'ovins et caprins de s'équiper. Cet appel à projets permet également le financement d'analyses de vulnérabilité qui visent à aider les éleveurs dans la mise en œuvre des moyens de protection. Encourager à la protection permettra de réduire la prédation en rendant plus difficile aux loups l'accès aux troupeaux. Enfin, les indemnisations à la suite des prédations sont bien sûr maintenues et permettent d'indemniser tant les pertes directes qu'indirectes. Ces aides financières ont été augmentées d'environ 30 % pour les pertes « directes », début 2024. Concernant les pertes « indirectes », une indemnisation est prévue pour compenser les pertes consécutives à la perturbation du troupeau du fait du stress, de la prise de poids, des avortements ou encore de la baisse de lactation. Le calcul des pertes indirectes a été revu également pour proposer un système d'indemnisation davantage proportionné aux pertes effectivement subies par les éleveurs. Cette revalorisation a fait l'objet de nombreux groupes de travail avec les représentants de la profession agricole.