Difficultés rencontrées par la filière française du cuir
Sandra DelannoyNI
Députée — Nord (3)
La question
Mme Sandra Delannoy appelle l'attention de M. le ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat sur les difficultés rencontrées par la filière française du cuir face à certaines évolutions réglementaires et structurelles. La filière cuir française constitue un secteur d'excellence reconnu, reposant sur un savoir-faire artisanal et industriel historique. Elle regroupe près de 12 000 entreprises et 170 000 salariés, pour un chiffre d'affaires d'environ 30 milliards d'euros, dont une part significative à l'export. Elle participe également à la valorisation d'une matière issue de la biomasse animale, les peaux provenant de l'élevage destiné à l'alimentation humaine, transformées par le travail des tanneurs et mégissiers en un matériau durable. Or plusieurs enjeux réglementaires et économiques fragilisent aujourd'hui l'amont de cette filière. D'une part, dans le cadre des dispositifs de responsabilité élargie du producteur (REP) et des politiques publiques en faveur de l'économie circulaire, le cuir ne bénéficie pas d'une reconnaissance adaptée à ses caractéristiques. Issu d'une matière naturelle et durable, il se distingue pourtant clairement des matériaux pétrosourcés. De plus, le cuir présente des propriétés intrinsèques de longévité, de réparation et de valorisation qui favorisent la prolongation de la durée de vie des produits. Pourtant, les opérations de transformation ou de réutilisation du cuir ne sont aujourd'hui ni reconnues comme relevant pleinement de l'upcycling, ni clairement identifiées dans les cadres existants de valorisation des matières. Cette situation crée une ambiguïté réglementaire : le cuir n'est ni considéré comme un déchet, ni pleinement reconnu comme une matière biosourcée valorisée dans les politiques publiques d'économie circulaire, alors même qu'il contribue à éviter le gaspillage d'une ressource issue de la biomasse. D'autre part, la filière est confrontée à un défi croissant de transmission des savoir-faire. Les métiers du cuir, notamment dans la tannerie, la mégisserie, la maroquinerie ou la réparation, reposent largement sur un apprentissage auprès de professionnels expérimentés. Or les structures de formation spécialisées restent peu nombreuses et ces métiers demeurent relativement méconnus du grand public, ce qui complique le renouvellement des compétences et la transmission des savoir-faire. Dans ce contexte, la filière appelle à une meilleure reconnaissance de la nature biosourcée du cuir et de sa contribution à l'économie circulaire, ainsi qu'à un accompagnement public renforcé pour soutenir la formation et l'attractivité des métiers. Elle souhaiterait donc savoir : si le Gouvernement envisage de clarifier la place du cuir dans les dispositifs liés à la responsabilité élargie du producteur et dans les politiques d'économie circulaire, afin de mieux prendre en compte ses caractéristiques de matériau durable, réparable et valorisable ; si une reconnaissance officielle du cuir comme matériau biosourcé est à l'étude, afin de sécuriser son cadre d'usage et ses allégations environnementales ; et quelles mesures pourraient être mises en œuvre pour soutenir la transmission des savoir-faire et le développement des formations aux métiers du cuir, afin d'assurer la pérennité de cette filière d'excellence et de ses emplois sur les territoires.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 08/09/2026La filière française du cuir s'inscrit dans un contexte de transformation, caractérisé par des évolutions réglementaires relatives à la transition environnementale des entreprises, aux besoins d'adaptation de la filière aux nouveaux modes de production (transition numérique), à la nécessité de renforcer la compétitivité des nombreuses TPE et PME de la filière, ainsi que par des enjeux structurants en matière de transmission des savoir-faire et d'attractivité des métiers. Afin d'accompagner au mieux l'adaptation du secteur à ces mutations et assurer la compétitivité et la pérennité des entreprises du secteur cuir, le ministre chargé de l'industrie a signé en 2024 un contrat d'objectif et de performance ambitieux pour la période 2024-2027 avec le Centre technique du cuir (CTC), Comité professionnel de développement économique de la filière cuir. Le CTC accompagne les entreprises de la filière, regroupant tanneries-mégisseries et les secteurs de la maroquinerie, de la ganterie et de la chaussure, pour leur permettre d'évoluer vers un mode de production plus responsable, de maintenir et développer des compétences techniques sur le territoire, d'intégrer les opportunités de l'industrie du futur dans leur processus de production, ainsi que de développer leur présence sur les marchés internationaux via des aides financières directes. En matière de responsabilité environnementale, le CTC conduit des actions concrètes de recherche et développement visant à concevoir des matériaux innovants et à mieux maitriser la fin de vie des déchets en cuir, notamment grâce au développement de nouveaux agents de tannage. Le CTC mène également une réflexion, en collaboration avec l'éco-organisme de la filière à responsabilité élargie des producteurs textile, linge de maison et chaussures (REP TLC), pour valoriser au mieux les produits durables via une évaluation de la durabilité des chaussures ainsi que le développement de débouchés de recyclage. De plus, dans le cadre de la refonte en cours de la filière REP TLC, et chaussures, le Gouvernement est engagé pour l'élaboration de mesures d'accompagnement efficaces permettant de soutenir le déploiement de la collecte, du tri et d'exutoires propres à la filière cuir et notamment au secteur de la chaussure. Le Gouvernement est également pleinement mobilisé pour accompagner la transmission des savoir-faire d'excellence et renforcer l'attractivité des métiers d'art, dont ceux de la filière cuir. Dans le cadre de son dispositif « Cuir et savoir faire », le CTC propose des prestations de formation et accompagne financièrement le déploiement de formations internes au sein des entreprises de la filière, et notamment principalement des TPE/PME Cette mesure permet d'aider directement les entreprises à transmettre leurs savoir-faire. Plus de 400 actions de formation ont été soutenues dans le cadre de ce programme depuis sa création en 2019. De même, le label Entreprise du patrimoine vivant (EPV) constitue un levier structurant. Créé en 2005, ce label d'État distingue des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d'excellence. Il valorise notamment des entreprises de la filière cuir (tannerie, maroquinerie, ganterie), contribuant ainsi à leur visibilité et à leur attractivité, y compris auprès des jeunes en formation. Il participe également à la reconnaissance de métiers rares et à la transmission des compétences. Une cartographie en ligne permet d'identifier facilement les entreprises labellisées. En parallèle, le Gouvernement soutient des initiatives visant à structurer et renforcer l'offre de formation dans les métiers d'art, notamment dans le cadre de la Stratégie nationale en faveur des métiers d'art. L'ensemble de ces actions témoigne de l'attention portée par le Gouvernement à la préservation et au développement des filières d'excellence françaises, dont la filière cuir constitue un pilier important.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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