Avenir du modèle français du handisport
Julien GuibertRN
Député — Nièvre (2)
La question
M. Julien Guibert appelle l'attention de Mme la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, sur les conséquences du développement des politiques d'inclusion dans le sport sur l'équilibre et la pérennité du handisport en France. À la suite de la dynamique impulsée notamment par les Jeux paralympiques et les politiques publiques en faveur de l'inclusion, de plus en plus de clubs sportifs dits « valides » développent des sections ou dispositifs d'accueil pour les personnes en situation de handicap. Cette évolution répond à une aspiration légitime à une pratique sportive partagée et décloisonnée. Toutefois, les fédérations spécialisées, en particulier la Fédération française handisport et la Fédération française du sport adapté, alertent sur les effets collatéraux de cette transformation. Selon leurs retours de terrain, une part croissante des pratiquants se tourne vers les clubs généralistes proposant une offre inclusive, au détriment des clubs historiquement dédiés au handisport. À titre indicatif, la Fédération française handisport regroupe environ 35 000 licenciés et plus de 1 400 clubs, tandis que la Fédération française du sport adapté en compte près de 65 000. Or plusieurs structures locales font état d'une baisse de leurs effectifs ou d'un ralentissement de leur progression. Cette évolution, bien que compréhensible, soulève des enjeux majeurs. D'une part, les clubs spécialisés disposent d'une expertise technique, médicale et éducative spécifique, construite sur plusieurs décennies, qui ne peut être immédiatement reproduite dans les structures généralistes. D'autre part, ces clubs jouent un rôle essentiel dans l'accueil des publics les plus éloignés de la pratique sportive, notamment les personnes présentant des handicaps lourds ou nécessitant un accompagnement renforcé. Par ailleurs, ce phénomène fragilise le modèle économique des associations handisport, dont l'équilibre repose en partie sur le nombre de licenciés, les subventions associées et la reconnaissance institutionnelle de leur rôle. À terme, c'est la structuration même du mouvement handisport qui pourrait être remise en cause, avec un risque de dilution des compétences et d'inégalités accrues dans la qualité de l'encadrement proposé. Plusieurs rapports et contributions du mouvement sportif ont déjà mis en lumière la nécessité de mieux articuler les logiques d'inclusion et de spécialisation, afin d'éviter une opposition contre-productive entre ces deux approches pourtant complémentaires. Dans ce contexte, il lui demande quelles mesures elle entend prendre pour garantir un développement équilibré du sport inclusif, préserver et valoriser le rôle des fédérations et clubs handisport, sécuriser leurs financements et assurer à l'ensemble des personnes en situation de handicap un accès à une pratique sportive adaptée à la diversité de leurs besoins.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 22/09/2026Le développement de la pratique sportive des personnes en situation de handicap constitue une priorité du Gouvernement, renforcée par l'héritage des jeux Olympiques et Paralympiques de Paris (JOP) 2024 et inscrite au cœur de la stratégie nationale Sport et handicap 2030. Cette ambition repose sur un principe simple : permettre à chaque personne en situation de handicap de pratiquer une activité physique ou sportive dans la structure qui répond le mieux à ses attentes, ses besoins et son niveau d'autonomie. Dans cette perspective, le ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative vise à développer l'offre inclusive de tous les clubs, affiliés à toutes les fédérations sportives. Mais cette démarche ne saurait se faire au détriment des fédérations spécialisées, dont l'expertise est reconnue et demeure indispensable. La Fédération française handisport et la Fédération française du sport adapté jouent un rôle essentiel dans l'accompagnement des pratiquants, la formation des encadrants, le développement des disciplines adaptées, l'accès à la compétition ainsi que l'accueil des personnes présentant les situations de handicap les plus complexes. Leur savoir-faire constitue un atout majeur pour l'ensemble du mouvement sportif. Leurs effectifs ne sont pas en danger. Si certains clubs locaux enregistrent des baisses d'effectifs depuis le transfert de délégations parasportives, au niveau national, la Fédération française handisport (hors période covid) ne cesse de voir ses licenciés augmenter, passant de 27 000 licenciés en 2017 à plus de 33 000 licenciés en 2024. Selon l'INJEP (Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire), la Fédération française handisport est la 2e fédération à avoir connu la plus grande augmentation de licenciés au sortir des JOP 2024 (+ 21 % entre novembre 2023 et novembre 2024 contre + 5 % en moyenne). La stratégie nationale Sport et Handicap 2030 repose précisément sur une logique de complémentarité entre les fédérations spécialisées et les fédérations sportives ordinaires, afin de favoriser des parcours de pratique adaptés et évolutifs. Elle prévoit notamment de renforcer les coopérations entre les acteurs, de développer les passerelles entre les établissements médico-sociaux et les clubs affiliés aux fédérations sportives et de mieux accompagner les structures dans la mise en œuvre d'une offre de pratique de qualité. L'État continue pleinement son engagement aux côtés des deux fédérations historiques du parasport. Le ministère met à leur disposition 44 cadres d'État (conseillers techniques sportifs) exerçant des missions de développement du parasport ou d'accompagnement de la performance (soit 3,48 M€ par an). Via l'Agence nationale du sport (ANS), elles bénéficient du financement de 22 des 45 emplois sportifs qualifiés nationaux dédiés exclusivement au parasport, afin de contribuer au développement de la pratique sportive pour les publics en situation de handicap. L'ANS soutient financièrement la Fédération française handisport et la Fédération française du sport adapté, respectivement à hauteur de 5,7 M€ et 1,7 M€ annuels via les contrats de développement et contrats de performance. Les projets de leurs clubs affiliés, comités départementaux et ligues régionales sont soutenus à hauteur de près de 2 M€ annuels pour chaque fédération, via les plans sportifs fédéraux favorisant l'accès à la pratique, la formation des encadrants et l'accompagnement des pratiquants. Les clubs et comités en particulier handisport bénéficient largement de l'enveloppe de 2,5 M€, gérée par l'ANS, destinée à l'achat de matériel et de véhicules adaptés. En 2025, dans le cadre de l'appel à projets Impact 2024 « aide humaine dans le parasport », les deux fédérations ont obtenu une aide de 40 000 € chacune pour mettre en place des dispositifs d'accompagnement humain pour les personnes les moins autonomes dans leur pratique sportive. Le Gouvernement demeure attentif à l'évolution des modèles économiques des fédérations sportives spécialisées. Le ministère reste à l'écoute des fédérations concernées afin d'identifier les leviers permettant de préserver leur expertise et d'assurer un développement harmonieux du sport inclusif sur l'ensemble du territoire en lien avec les fédérations homologues. L'objectif poursuivi n'est pas d'opposer fédérations sportives ordinaires et fédérations spécialisées, mais de garantir leur complémentarité, afin que chaque personne en situation de handicap puisse librement choisir un sport et avoir la possibilité de le pratiquer au plus près de chez elle.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
Autres questions de Julien Guibert
Services d'urgence prioritaires
Conditions particulièrement tardives du rétablissement du Pass'Sport
Diminution de la prise en charge des soins dentaires par l'assurance maladie
Accès aux soins en dermatologie et développement de la médecine esthétique