Cyberattaques contre les PME
Angélique RancRN
Députée — Aube (3)
La question
Mme Angélique Ranc interroge M. le ministre d'État, ministre de l'intérieur, sur les cyberattaques, qui touchent de plus en plus de petites et moyennes entreprises. Ces attaques peuvent aller de l'usurpation bancaire aux piratages par mel, en passant par des cryptages de données avec demande de rançon. Au niveau local, selon une enquête auprès des entrepreneurs aubois présentée dans la 50e note de conjoncture économique de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de l'Aube, 23 % des répondants affirment avoir subi une cyberattaque en 2024. Le problème n'est pas nouveau : à Nogent-sur-Seine, par exemple, l'entreprise Saipol, du groupe Avril, avait déjà subi une attaque par ransomware le 1er novembre 2021, occasionnant un sinistre de 7,1 millions d'euros. Mais ce sont désormais les petites et moyennes entreprises qui sont les cibles privilégiées des pirates, les grandes entreprises étant aujourd'hui plus susceptibles de perfectionner leur système de protection. Au niveau national, selon la 8e édition du rapport Hiscox sur la gestion des cyber-risques, c'est 46 % des entreprises françaises interrogées qui ont subi au moins une cyberattaque au cours de l'année 2024 et 67 % qui ont signalé une hausse de ces attaques. À nouveau, l'on observe une majorité de petites et moyennes entreprises prises pour cibles. Elle souhaiterait donc savoir quelles mesures il compte prendre afin de protéger les petites et moyennes entreprises contre le risque cyber dans l'Aube et plus globalement sur le territoire national.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 01/09/2026Depuis l'élaboration du plan ministériel relatif à la lutte contre les cyber-menaces en 2014 et la création en 2016 de la délégation ministérielle aux industries de sécurité et à la lutte contre les cybermenaces (DMISC), la lutte contre la cybercriminalité figure au rang des priorités du ministère de l'intérieur. Pour répondre efficacement à cette menace croissante, plusieurs dispositifs et mesures ont été mis en place au sein du ministère, qui se fondent sur une organisation structurée. Le décret n° 2023-1084 du 23 novembre 2023 confère au commandement du ministère de l'intérieur dans le cyberespace (COMCYBER-MI), structure ministérielle, la compétence en matière de prévention et de lutte contre la cybercriminalité, sans préjudice des compétences des services d'enquête des forces de sécurité intérieure. Ce cadre réglementaire permet à cette structure de donner des orientations claires, notamment sur les actions contre l'hameçonnage, à l'attention des unités spécialisées en cyber de la gendarmerie et de la police nationales. Sur le plan opérationnel, le décret n° 2023-1083 du 23 novembre 2023 confie à l'Office anti-cybercriminalité (OFAC) de la direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) le rôle de coordination et d'animation opérationnelle dans la lutte contre la lutte contre la cybercriminalité. Cet office central est également le point de contact central à l'international. L'OFAC dispose d'un maillage de 11 antennes et de 8 détachements. La police nationale est engagée de longue date dans le domaine, notamment avec la plateforme PHAROS mise en place en 2009 et gérée par l'OFAC. La police nationale dispose également de plus de 15 000 personnels formés aux investigations sur internet, dont les enquêteurs sous pseudonyme. Plus de 8 000 agents sont par ailleurs formés aux investigations techniques, dont les investigateurs en cybercriminalité (plus de 600). En gendarmerie, ces missions de coordination opérationnelle du dispositif cybergend sont assurées par l'unité nationale cyber (UNCyber) et ses 20 antennes du centre de lutte contre la criminalité numérique (AC3N). La gendarmerie est engagée dans ce domaine depuis les années 90, tant sur le plan de la connaissance technique du milieu, de la prévention que des investigations. Elle dispose ainsi aujourd'hui d'un réseau fort de plus de 10 000 enquêteurs numériques, répartis sur l'ensemble du territoire national, y compris en outre-mer - parmi lesquels plus de 1 100 enquêteurs formés aux enquêtes sous pseudonyme (ESP) - et de militaires hautement qualifiés, dont 325 enquêteurs en technologies numériques (NTECH) et 248 enquêteurs spécialisés cryptoactifs (FINTECH), présents sur l'ensemble du territoire national. Le COMCYBER-MI collabore étroitement avec l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) pour renforcer la résilience des infrastructures numériques françaises face aux cybermenaces. Cette coopération inclut des actions de sensibilisation auprès du public et des entreprises, visant à prévenir les attaques de « phishing » et d'autres formes de cybercriminalité. Des dispositifs de prévention ciblés pour les victimes potentielles de « phishing » ont également été mis en œuvre. En effet, les services du ministère de l'intérieur, guidés par les orientations du COMCYBER-MI, mènent diverses actions de prévention. En matière de prévention, le dispositif « RECyM » de la police nationale a été lancé en 2018 par l'office anti-cybercriminalité (OFAC) de la direction nationale de la police judiciaire (DNPJ). Le réseau des experts cyber-menaces (RECyM) est composé de réservistes civiques et opérationnels de la police nationale qui, en tant que professionnels issus des secteurs public et privé, agissent au service des collectivités territoriales et du tissu économique local pour promouvoir une meilleure prise en compte des risques cyber et contribuer ainsi au renforcement de la posture nationale de cybersécurité. Les missions du RECYM consistent à : sensibiliser aux risques cyber les entreprises de taille intermédiaire, PME, etc. ; et les collectivités. ; diffuser les bonnes pratiques en matière d'hygiène cyber ; accompagner en cas de cyberattaque ; promouvoir le dépôt de plainte des victimes de cyberattaque. En 2025, les plus de 100 réservistes du RECyM ont œuvré sur l'ensemble du territoire national en menant des actions de sensibilisation au bénéfice de plus de 2 000 entreprises et collectivités territoriales. Au sein de la gendarmerie nationale, l'unité nationale cyber (UNCyber) joue aussi un rôle essentiel dans la prévention et la sensibilisation à la cybercriminalité, en particulier face aux menaces d'hameçonnage, qui prennent plusieurs formes. Durant le « Cyber Mois » d'octobre 2025, cette unité a intensifié ses efforts pour alerter le public sur ces attaques de plus en plus sophistiquées. À travers de courtes vidéos pédagogiques diffusées sur les réseaux sociaux, elle a prodigué des conseils pratiques pour sécuriser les données des particuliers. En illustrant des scénarios réalistes, l'UNCyber a contribué à sensibiliser un large public aux comportements à adopter face à ces menaces, promouvant ainsi une vigilance numérique indispensable pour se protéger efficacement des cyberattaques. Par ailleurs, les deux brigades numériques (BNUM), rattachées à la compagnie numérique de l'UNCyber, permettent aux citoyens de signaler les cyberattaques. Afin de renforcer la posture de cybersécurité des petites structures, un nouveau dispositif, "MonAideCyber", a été lancé en partenariat avec l'ANSSI et la gendarmerie. Il permet un diagnostic gratuit, simple et adapté aux très petites et petites et moyennes entreprises, collectivités territoriales ou associations souhaitant évaluer leur niveau de protection et améliorer leur cybersécurité. Le ministère de l'intérieur a également lancé fin 2024 la plateforme « 17Cyber », commune à la police et à la gendarmerie nationales. Ce guichet unique est destiné à toutes les victimes d'infractions numériques : particuliers, entreprises et collectivités. Disponible 24h/24 et 7j/7, il permet aux victimes de comprendre rapidement en répondant à quelques questions, à quel type de menace ils sont confrontés et ainsi, recevoir des conseils personnalisés en fonction de l'atteinte subie. Il convient aussi de souligner la mise à disposition de conseils via l'application "MaSécurité", application commune à la police et à la gendarmerie nationales, également disponible 24h/24 et 7j/7. La plateforme PERCEVAL de la gendarmerie nationale pour les fraudes bancaires, est également essentielle pour le suivi renforcé des tentatives d'hameçonnage grâce à des procédures de signalement simples pour les utilisateurs. De même, la plateforme PHAROS, gérée par l'Office anti-cybercriminalité (OFAC), traite l'ensemble des signalements de contenus illicites sur internet, tandis que la plateforme THESEE de l'OFAC est disponible pour plusieurs types d'escroqueries commises sur internet par un auteur inconnu. Il convient de rappeler sur un plan plus général que les victimes d'escroquerie, personnes physiques ou morales, peuvent solliciter la plateforme téléphonique « Info Escroqueries » gérée par la DNPJ. Toutes les unités de gendarmerie et de police saisies de faits de cybercriminalité bénéficient de l'appui des enquêteurs spécialisés de l'office anti-cybercriminalité (OFAC), ou de l'appui de services placés au sein de la préfecture de police (brigade de lutte contre la cybercriminalité - BL2C) et pour la gendarmerie de l'UNCyber. Ces moyens permettent de retracer les sources des courriels frauduleux et d'identifier les cybercriminels. Ainsi, face à ces multiples enjeux et aidée de divers outils et plateforme, une évaluation permanente de la menace cyber permet d'assurer une veille continue et d'adapter rapidement les stratégies de défense aux évolutions des cyberattaques. À cet égard, le centre d'analyse et de regroupement des cybermenaces (CECYBER) du COMCYBER-MI est une structure clé dans la lutte contre la cybercriminalité en France et l'anticipation des menaces auxquelles les entreprises sont ou seront potentiellement exposée
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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