Situation de l'audiovisuel public
P Pierre LaurentCRCE Sénateur — ParisLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 15/12/2017M. Marc-Philippe Daubresse. Quel respect du protocole !
M. Christophe Castaner, secrétaire d'État. Pensiez-vous à un meilleur alibi ?… Celui-ci est parfait ! (Sourires.)
Monsieur le sénateur, je vous invite à interroger sur l'essentiel et non pas sur l'accessoire. L'approche consistant à dire que, sur un budget de 3,5 milliards d'euros, une société publique n'a pas la capacité d'économiser 50 millions d'euros et que cela mettrait en cause le service public de l'audiovisuel est certainement révélatrice d'un mal plus profond quant à la qualité et aux objectifs du service public de l'audiovisuel.
M. Jean-Paul Émorine. Très bien !
M. Christophe Castaner, secrétaire d'État. En effet, 3,5 milliards d'euros, c'est plus que le budget du ministère de la culture ! Dans ces conditions, on peut effectivement demander à l'audiovisuel public de contribuer à l'effort de redressement de nos comptes publics à hauteur de 50 millions d'euros.
On peut aussi considérer que, finalement, tout va bien et qu'il ne faut rien faire. Eh bien non !
Quand on regarde les objectifs assignés au service public – nous sommes tous ici, me semble-t-il, attachés aux ambitions du service public de l'audiovisuel, parce qu'il nous accompagne au quotidien, du matin jusqu'à tard le soir –, on constate qu'il doit relever de nombreux défis : premièrement, reconquérir la jeunesse, qui se détourne des médias traditionnels ; deuxièmement, investir massivement dans la transformation numérique ;…
M. David Assouline. Cela vaut aussi pour le privé !
M. Christophe Castaner, secrétaire d'État. … troisièmement, investir dans les contenus de qualité pour mieux se distinguer parmi une offre abondante ; quatrièmement, et enfin, être le garant d'une information de référence et du pluralisme des opinions, tout en jouant – c'est la différence avec le privé – la carte locale, celle de la proximité, pour faire vivre nos territoires et leur identité.
On peut considérer soit que tout va bien et que les objectifs sont atteints, soit que tel n'est pas le cas et que la qualité de l'offre du service public de l'audiovisuel n'est pas au niveau.
C'est la raison pour laquelle la ministre de la culture ne travaille pas à huis clos, mais réunit régulièrement l'ensemble des dirigeants de société – ce sera de nouveau le cas le 21 décembre prochain – pour évoquer avec eux les projets de réforme et de transformation en profondeur que le Gouvernement portera dans quelques semaines. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche et du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)
Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Laurent, pour la réplique.
M. Pierre Laurent. Monsieur le secrétaire d'État, vos propos rassurants ne me rassurent pas. (Exclamations.) Vous ne l'ignorez pas, les économies demandées à l'audiovisuel public à hauteur de 50 millions d'euros ne sont pas, et de loin, les premières !
Vous dites vouloir sauver le service public, mais, en vérité, vous en faites une cible. Vous le savez très bien, personne ne veut le statu quo, et sûrement pas nous, qui avons beaucoup à dire sur le pluralisme de l'information et la qualité du service public !
Toutefois, c'est toute la télévision française qui est menacée. Avec la révolution numérique et celle des usages, les appétits des GAFA, de Netflix,…
Mme la présidente. Veuillez conclure, mon cher collègue.
M. Pierre Laurent. … et des géants privés de la téléphonie et de la communication peuvent tout engloutir.
Pour sortir de cette situation, l'audiovisuel public…
Mme la présidente. Il faut vraiment conclure, mon cher collègue !
M. Pierre Laurent. … aura besoin de moyens. L'austérité peut tuer le service public ! (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste. – M. Patrick Kanner applaudit également.)
Source : senat.fr ↗
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