Démographie médicale dans l'Ain
P Patrick ChaizeLes Républicains Sénateur — AinLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 06/11/2020M. Patrick Chaize. Alors que le département de l'Ain compte 6,9 médecins généralistes pour 10 000 habitants, contre 8,9 à l'échelon national, et qu'il connaît une croissance forte et continue de sa population, la situation de la démographie médicale y est plus que préoccupante. Ce département figure en effet parmi les moins dotés en médecins et en professionnels de santé. Cette situation se dégrade malheureusement d'année en année. La densité de médecins généralistes y est en effet la neuvième plus faible, celle de médecins spécialistes la septième.
Accéder facilement aux professionnels de santé est particulièrement crucial pour les soins de premier recours. Ce constat n'épargne pas les spécialistes en accès direct, tels que les gynécologues et les ophtalmologues, leurs activités étant de ce fait reportées sur les médecins généralistes, déjà surchargés. Les kinésithérapeutes et les orthophonistes sont de même concernés.
Parmi les raisons évoquées pour expliquer cette situation figure la proximité des deux métropoles que sont Lyon et Genève. Ces villes universitaires, qui comptent de nombreux établissements hospitaliers, seraient privilégiées par les médecins, malgré les efforts consentis par le conseil régional, le conseil départemental de l'Ain – il mène pourtant une politique volontariste en faveur de l'installation de médecins –, les communautés de communes, les communes et l'assurance maladie.
Force est de constater que les sérieux problèmes de démographie médicale dans l'Ain constituent l'un des facteurs importants de renoncement aux soins. À titre d'illustration, les collectes de sang sont annulées par manque de médecins ! C'est là un fait pour le moins marquant. Ces renoncements aux soins sont évidemment encore plus prononcés avec la crise sanitaire, qui impacte fortement notre département.
Au-delà des dispositifs incitatifs, quelle politique de lutte contre la désertification médicale le Gouvernement entend-il mettre en œuvre afin de mettre fin aux difficultés alarmantes de raréfaction et de répartition inégale des professionnels de santé dans les territoires ?
Mme le président. La parole est à M. le secrétaire d'État.
M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Monsieur le sénateur Patrick Chaize, le zonage arrêté en 2018 confirme les chiffres d'une densité médicale faible dans le département de l'Ain. La baisse est régulière depuis 2010. C'est pour cette raison que, en plus du département et de la région, qui font des efforts à cet égard, l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, en lien avec l'assurance maladie, travaille notamment à la structuration des soins de premier recours en s'appuyant entre autres outils sur le déploiement de la stratégie « Ma Santé 2022 », laquelle a fait l'objet de débats dans cet hémicycle. Cette démarche répond tant aux enjeux du territoire qu'aux demandes de la jeune génération de professionnels de santé. Qu'ils soient généralistes, spécialistes, infirmiers, kinésithérapeutes ou autres, ils sont nombreux à vouloir avant tout un exercice coordonné et la possibilité travailler en pluriprofessionnalité.
L'ARS travaille depuis plusieurs années en ce sens en accompagnant des projets de maisons de santé professionnelles et de centres de santé, en proposant aux jeunes médecins une offre diversifiée et des conditions d'exercice attractives. Il en résulte que l'Ain, avec trente maisons de santé professionnelles réparties sur le territoire, regroupant plus d'un quart des médecins généralistes du département, est aujourd'hui le département qui en compte le plus grand nombre.
Par ailleurs, plusieurs centres de santé médicaux ont vu le jour ces dernières années à Gex et à Bourg-en-Bresse, et d'autres sont en projet pour apporter une offre médicale et paramédicale la plus complète possible.
La structuration de l'offre de soins de premier recours passe également par le déploiement des communautés professionnelles territoriales de santé, les fameuses CPTS, qui, on le sait, permettent de créer des passerelles entre la ville et l'hôpital.
Enfin, l'ARS continue à œuvrer pour faire découvrir ce beau département aux futurs médecins généralistes et leur permettre de nouer les contacts qui faciliteront leur installation. L'agence régionale de santé a ainsi cofinancé deux séminaires de formation à la maîtrise de stage à Bourg-en-Bresse, le dernier ayant eu lieu cette année. La pratique professionnelle diversifiée que peut offrir un département semi-rural comme l'Ain nous semble être un levier d'action à mobiliser.
Ces efforts seront poursuivis, soyez-en convaincu, afin de permettre d'enrayer au maximum les inégalités d'accès aux soins pour la population. Vous savez que c'est une préoccupation du Gouvernement.
Mme le président. La parole est à M. Patrick Chaize, pour la réplique.
M. Patrick Chaize. Je vous remercie, monsieur le secrétaire d'État, mais, en fait, vous n'avez fait que partager le constat, lequel est effectivement alarmant. Vous l'avez dit, beaucoup d'efforts sont faits, des solutions sont mises en œuvre, mais le résultat n'est pas au rendez-vous. Il faut, je pense, passer à la vitesse supérieure et trouver le moyen de faire revenir les médecins dans nos territoires ruraux de façon urgente.
Source : senat.fr ↗
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