Port du voile
Jacqueline Eustache-BrinioLes Républicains
Sénatrice — Val-d'Oise
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 17/10/2019La laïcité est on ne peut plus moderne ; elle nous est très utile : dans la société d'aujourd'hui, en effet, nous avons besoin d'une République une, de citoyens égaux. Ce point est très important – c'est ce qui nous différencie d'autres pays, y compris de pays voisins. La société anglaise, par exemple, est une société communautariste, avec les dangers que cela représente.
Oui, vous avez raison, donc : la République et la laïcité sont nos outils d'organisation.
Sur le sujet particulier que vous évoquez, qui n'est pas le seul sujet à traiter, tant s'en faut, en matière de laïcité – beaucoup de gens insistent sur celui-là de manière privilégiée, alors que d'autres sont plus importants (Mme Patricia Schillinger applaudit.) –, on doit d'abord éviter la confusion. Je retrouve mélangées, dans le débat public, des choses très différentes.
D'abord, il y a la radicalisation, contre laquelle le Gouvernement lutte. C'est un sujet très important, sur lequel le Président de la République s'est exprimé en des termes fermes, vous le savez.
Ensuite, il y a la lutte contre le communautarisme, ce dont je viens de parler : l'enjeu républicain d'une société de citoyens égaux veillant en particulier à l'égalité entre les hommes et les femmes.
Enfin, il y a la laïcité, qui s'applique évidemment à toutes les religions et qui est notre bien précieux, parce qu'elle nous permet à tous de vivre ensemble. L'école est la matrice de cette laïcité, et nous devons à chaque enfant, dans sa vie quotidienne, la neutralité politique et religieuse.
La question des sorties scolaires est un enjeu hybride, parce qu'il y va de l'enfant en dehors de l'école, mais dans un cadre qui, en effet, est scolaire. Je l'ai dit, nous ne souhaitons pas une loi, parce qu'une loi créerait plus de problèmes que de solutions : elle serait contre-productive, y compris eu égard à l'enjeu républicain qui consiste à scolariser tous les enfants et à faire en sorte que tous les parents se sentent bienvenus à l'école de la République. En revanche, je l'ai dit aussi, et c'est le sens de l'expression que j'ai utilisée, le voile n'est pas souhaitable. Nous ne souhaitons pas que ce soit un élément qui puisse être interprété comme du prosélytisme dans ces sorties scolaires.
Mme Éliane Assassi. Ce n'est pas ça, le prosélytisme !
M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Et nous sommes capables de mettre en œuvre cette exigence concrètement. (MM. Jean Bizet et Bruno Sido s'exclament.)
Tout cela me rappelle un adage latin, qui nous vient de la République romaine : in medio stat virtus.
M. le président. Il va falloir conclure !
M. Jean-Michel Blanquer, ministre. On peut traduire « virtus » de deux façons : c'est la vertu, mais c'est aussi le courage. (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM, RDSE et Les Indépendants.)
M. le président. La parole est à Mme Jacqueline Eustache-Brinio, pour la réplique.
Mme Jacqueline Eustache-Brinio. Je n'ai rien entendu de très concret, mais je ne peux pas croire que, aujourd'hui, vous puissiez rater une occasion de faire montre d'une réelle volonté de lutter contre les velléités de l'islamisme en France, alors que deux Français sur trois sont prêts à soutenir la proposition de loi interdisant le port du voile pendant les sorties scolaires. Franchement, je trouve qu'il y a là un manque de courage ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Source : senat.fr ↗
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