Attaques contre le vivre-ensemble
J Jérôme DurainSER Sénateur — Saône-et-LoireLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 17/10/2019Le droit est posé depuis longtemps : c'est l'article X de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et c'est la loi de 1905, qui prévoit deux principes extrêmement exigeants, celui de la neutralité absolue des pouvoirs publics et des agents publics et celui de la liberté de nos concitoyens à croire ou à ne pas croire et à exercer leur culte dans le respect de la loi. Ces principes ne sont pas des petites choses ! Ils sont au cœur de la façon dont nous avons choisi de vivre, et nous y sommes attachés ! Bien entendu, sur ces principes, il arrive que nous ayons des différences d'appréciation.
Nous avons déjà fait évoluer le cadre juridique. En 2004, le Parlement a choisi d'aller plus loin en matière de laïcité, en interdisant le port de signes religieux distinctifs, en l'occurrence du voile, dans les enceintes scolaires : à l'école, au collège et au lycée. Cette loi a été jugée constitutionnelle. C'est donc un principe qui nous oblige. Mais cette loi n'a pas dit que le voile était interdit à l'université, elle n'a pas dit que le voile était interdit lorsque des parents accompagnent bénévolement, volontairement, une sortie scolaire. (Exclamations sur des travées du groupe Les Républicains.)
M. Philippe Pemezec. Dommage !
M. Olivier Paccaud. Il faut changer la loi !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Mesdames, messieurs les sénateurs, je rappelle la loi, et la jurisprudence constante qui s'y applique ne dit pas autre chose. (Mêmes mouvements sur les mêmes travées.) Or il me semble que rappeler la loi de façon précise dans l'hémicycle du Sénat n'est pas inutile et certainement pas critiquable ! (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM, RDSE, Les Indépendants, SOCR et CRCE, ainsi que sur des travées du groupe UC.)
Ce qu'une loi a fait, une autre loi peut le défaire,…
Mme Catherine Troendlé. Bien sûr !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. … dans le respect de la Constitution et des principes à valeur constitutionnelle.
J'ai bien compris qu'un certain nombre d'entre vous portait l'idée d'une modification de la loi ; le Parlement aura vocation à en débattre.
La boussole ayant été définie – c'est le droit tel qu'il est aujourd'hui –, le cap me semble devoir être celui de la lutte contre la radicalisation et contre le communautarisme.
M. Victorin Lurel. Et contre le racisme !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Or il me semble que, en matière de lutte contre la radicalisation et le communautarisme, il y a des choses incroyablement plus efficaces à faire, incroyablement plus productives, que de légiférer sur l'interdiction du voile lors des sorties scolaires. (Vifs applaudissements sur les travées des groupes LaREM, RDSE, Les Indépendants, SOCR et CRCE, ainsi que sur des travées du groupe UC.)
Je me permets, ce faisant, d'exprimer ma ligne : faire en sorte, suivant ce que le Sénat a proposé par la voie d'une proposition de loi portée par Mme la sénatrice Gatel, d'exercer un contrôle beaucoup plus strict sur les écoles hors contrat au moment de leur création (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM, RDSE, Les Indépendants et SOCR, ainsi que sur des travées du groupe UC.) ; faire en sorte aussi, grâce à la loi portée par M. le ministre de l'éducation nationale, d'exercer un contrôle beaucoup plus strict sur les enfants déscolarisés, sur les raisons de leur déscolarisation et sur le contenu de l'éducation qu'ils reçoivent à domicile. Voilà des sujets bien plus importants, bien plus porteurs, que ne l'est la proposition de loi qui a été évoquée !
Voici ma position : lutte contre la radicalisation, lutte politique contre le communautarisme, lutte à tous les instants, soutien aux enseignants, création des instruments nécessaires. Telle est la position du Gouvernement, la boussole que nous avons choisie, le cap que nous suivons ! (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM, RDSE, Les Indépendants et SOCR, ainsi que sur des travées des groupes UC et CRCE.)
M. le président. La parole est à M. Jérôme Durain, pour la réplique.
M. Jérôme Durain. Il y a ce que vous avez dit, monsieur le Premier ministre ; il y a aussi une forme de racisme, qu'il faut dissiper.
Des vents mauvais soufflent sur notre société. Il faut dissiper la confusion, apaiser les tensions et ramener tous nos concitoyens vers la République. (Applaudissements sur les travées des groupes SOCR et CRCE.)
Source : senat.fr ↗
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