Affaire Mila
Jacqueline Eustache-BrinioLes Républicains
Sénatrice — Val-d'Oise
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 30/01/2020M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, vous avez raison d'évoquer cette situation humainement dramatique, au-delà de l'analyse politique que nous devons faire de ce sujet.
Nous pensons à cette jeune femme, Mila, qui a émis une opinion sur les réseaux sociaux et qui fait face à un déferlement de haine à son encontre. Comme vous le savez, deux enquêtes ont été ouvertes sous l'autorité du parquet de Vienne : l'une pour les menaces de mort que Mila a reçues, l'autre pour provocation à la haine raciale. (Exclamations sur les travées du groupe SOCR.)
Mme Laurence Rossignol. Pourquoi ? L'islam n'est pas une race !
M. Christophe Castaner, ministre. Nous laisserons bien évidemment la justice instruire ces deux dossiers. Mais je peux vous garantir, et nous le démontrerons à travers nos actions, au quotidien, qu'il n'existe pas et qu'il n'existera jamais, dans ce pays, sous l'autorité de ce gouvernement, de délit de blasphème. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains.)
La liberté d'expression, dans notre pays, permet à chacune et à chacun de critiquer une religion. La jeune Mila peut parfaitement le faire. Il est inacceptable, insupportable même, que certains, au nom de l'institution qu'ils représentent, aient pu laisser penser que cela était interdit.
Nous devons, pied à pied, lutter contre ces situations, mais nous ne devons pas non plus négliger la protection que nous devons à toutes les religions, tout en refusant les appels à la haine en leur nom. Nous agissons pour préserver cet équilibre en menant le combat contre le communautarisme, contre le repli sur soi ou contre l'islamisme – et je nomme les choses.
Nous devons nous donner les moyens de protéger les plus jeunes, qui utilisent les réseaux sociaux et qui se laissent aussi emporter par une guerre fratricide. On ne saurait refuser la critique d'une religion en invoquant une pseudo-dénonciation de l'islamophobie. C'est consubstantiel à ce que nous sommes, à cette liberté d'expression que je défendrai toujours. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM, ainsi que sur des travées du groupe RDSE.)
M. le président. La parole est à Mme Jacqueline Eustache-Brinio, pour la réplique.
Mme Jacqueline Eustache-Brinio. Monsieur le ministre, dans une France plus fracturée que jamais, dans un climat d'inquiétude et de peur, les propos de Mme la garde des sceaux ce matin, à la radio, ne font que conforter mes doutes et mes interrogations.
Non, madame Belloubet, injurier et critiquer une religion n'est pas une atteinte à la liberté de conscience. Comme nous l'avons fait voilà cinq ans pour Charlie, nous devrions être des millions, au nom de cette liberté, à nous lever pour Mila. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées des groupes SOCR et CRCE.)
Source : senat.fr ↗
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