Conséquences du projet de loi France travail sur les missions locales
Hervé GilléSER
Sénateur — Gironde
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 14/04/2023M. Hervé Gillé. Les missions locales, présidées par les représentants des collectivités territoriales, organisent le service public de l'accompagnement et de l'insertion de tous les jeunes de 16 à 25 ans, sans distinction.
Elles pilotent l'élaboration et la mise en oeuvre d'un projet territorial et partenarial, favorisant l'accès des jeunes à l'autonomie, en partant de leurs ressources.
Elles se sont donc naturellement rendues aux concertations sur le plein emploi organisées par Emmanuel Macron, alors candidat à un second mandat.
Depuis lors, les missions locales attendent un retour. Le rapport du haut-commissaire à l'emploi et à l'engagement des entreprises doit être rendu dans les prochaines semaines. Mais les inquiétudes se font grandissantes. En effet, si les missions locales partagent l'idée d'une coopération renouvelée entre les différents acteurs, elles craignent une mise en concurrence entre leurs entités et celle de France Travail, qui doit succéder à Pôle emploi.
Il serait donc dommageable qu'elles changent d'appellation pour devenir une sorte de Pôle emploi « jeunes » avec une mise sous tutelle !
En effet, les missions locales ne sauraient être réduites à leurs seules missions d'insertion professionnelle. Elles travaillent également sur des problématiques liées au logement, à l'accès aux soins, aux handicaps, aux loisirs, aux mobilités, finalement tous les remparts à l'exclusion sociale. C'est ce qui fait leur originalité, qui est reconnue à l'échelon européen.
Ainsi, l'algorithme d'orientation, comme point d'entrée obligé pour le premier contact dans l'accueil des jeunes, soulève un grand nombre de questions, puisqu'il risque d'entraîner une stigmatisation supplémentaire.
La mixité est un atout qui permet à chacune et à chacun de vivre ensemble et d'avoir pour horizon politique l'égalité des chances. Seul l'entretien-conseil permet de discerner les profils et les problématiques.
Madame la ministre, l'intégration des missions locales dans France Travail provoquera une perte d'identité et un affaiblissement de la singularité de ce réseau. Comment les rassurer ? Quelles garanties pouvez-vous leur donner ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès du ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargée des personnes handicapées. Monsieur le sénateur, vous dites que vous êtes attaché aux missions locales : sachez que le Gouvernement l'est aussi ! Vous avez rappelé leur implication et leur utilité pour aller vers les jeunes les plus éloignés de l'emploi et les accompagner dans leur insertion professionnelle.
Nous partageons votre constat et nous nous réjouissons du travail d'accompagnement de qualité réalisé par les missions locales. De ce fait, elles continueront à jouer ce rôle et pourront devenir « France Travail Jeunes ». Cela aura plus de sens auprès des jeunes que l'expression « mission locale », qui peut leur sembler éloignée, d'un point de vue sémantique.
L'État a, je crois, témoigné de sa confiance aux missions locales, en déployant le contrat d'engagement jeune, en lançant l'appel à projets pour les jeunes dits en rupture, mais également aux jeunes en situation de handicap je peux en témoigner, en tant que ministre chargée des personnes handicapées.
De plus, France Travail Jeunes contribuera, en lien avec France Travail, à élaborer la feuille de route annuelle pour le public jeune dans chaque territoire. Cette feuille de route, coconstruite avec les acteurs concernés, visera à proposer un retour sur les résultats année par année, un diagnostic de la situation du moment et détaillera les objectifs communs en matière de repérage, d'accompagnement et de retour à l'emploi des jeunes.
Elle permettra enfin d'animer l'écosystème de l'insertion local, en décrivant les partenariats à mobiliser et les moyens à y associer.
Les comités France Travail locaux, coprésidés par l'État et les collectivités locales, examineront ensuite ses feuilles de route.
Ce schéma de gouvernance collectif intégrera, sans modifier la contractualisation entre les missions locales et ses financeurs, le conventionnement direct avec l'État et les collectivités.
Ainsi, les organismes France Travail Jeunes pourront prendre l'initiative de projets directement auprès de l'État et des collectivités dans le cadre d'un contrat ou de feuilles de route communes, les piloter et en être les garants.
M. le président. La parole est à M. Hervé Gillé, pour la réplique.
M. Hervé Gillé. Madame la ministre, quand on change de nom, on perd souvent sa culture et son identité...
Aussi, je propose qu'un protocole soit mis en place, afin de discuter et de négocier de l'éventuelle intégration de ces missions dans France Travail. Cela permettrait de rassurer l'ensemble des acteurs.
Source : senat.fr ↗
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