Protection des élèves de l'enseignement français à l'étranger du harcèlement et des violences sexuelles
Mélanie VogelGEST
Sénatrice — Français établis hors de France (Série 2)
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 19/07/2023Mme Mélanie Vogel. Monsieur le ministre, voilà quelques mois, j'ai eu à Barcelone une discussion très difficile avec les parents d'une élève - des parents angoissés et très en colère -, qui me faisaient part des faits d'agression sexuelle et de pédocriminalité dont avait été victime leur petite fille à l'école maternelle française de Barcelone.
Ces faits, ils les avaient confiés au proviseur, l'alertant d'un comportement qu'il avait trouvé inquiétant. Puis, quelques mois plus tard, quand la parole de leur fille s'est libérée et que les faits en question ont été décrits plus précisément, ils ont porté plainte.
Pendant ces mois, il ne s'est rien passé à l'école. Une fois leur plainte déposée, c'est la police catalane qui est intervenue directement au sein de l'établissement pour arrêter l'individu en question.
Rien n'a donc été fait entre le moment où ils ont signalé les premiers faits et le moment où la police a agi. Pendant ces mois, peut-être d'autres crimes ont-ils été commis, faisant d'autres victimes. Puisque cet homme travaillait à l'école française de Barcelone depuis plusieurs années, on peut l'imaginer.
Ces faits ne sont pas isolés : 13 % des collégiens, en France, déclarent avoir été victimes d'agressions sexuelles, et l'enseignement français à l'étranger ne fait sans doute pas exception.
Le droit local catalan, ma foi, par comparaison avec celui d'autres pays, est plutôt performant. Pourtant, des parents se sont mobilisés, ont parlé, sans qu'il y ait de réaction adéquate.
Que fallait-il ? Il fallait des formations, des protocoles, des procédures. Comme c'est trop souvent le cas dans notre réseau, on ne peut pas laisser les familles à la merci d'une réaction adéquate, ou non, du corps enseignant.
Le ministre Pap Ndiaye s'est engagé à apporter un certain nombre d'améliorations. Aussi, monsieur le ministre, j'aimerais savoir ce qui sera fait pour que, à l'avenir, de tels faits fassent l'objet d'un traitement différent.
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Madame la sénatrice Vogel, vous le savez, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) relaie les priorités éducatives du ministère de l'éducation et de la jeunesse, en veillant notamment à prendre en compte l'ensemble des contextes locaux, notamment juridiques.
À ce titre, la prévention et le traitement des agressions et des violences sexuelles dans les établissements d'enseignement français à l'étranger font l'objet de la même vigilance qu'en France.
C'est pourquoi, bien que le programme pHARe de prévention du harcèlement ne puisse être imposé dans des établissements qui ne s'insèrent pas dans le même contexte administratif et le même contexte juridique que sur le territoire national, l'AEFE n'admet aucune tolérance face à ces situations inacceptables et agit pour renforcer les dispositifs en vigueur.
Tout d'abord, la détection et la prévention des abus sexuels s'intègrent au même titre que le harcèlement ou toute violence ou toute discrimination à l'école dans les parcours citoyens et les parcours éducatifs de santé que les établissements doivent mettre en place dans le cadre de leur projet éducatif.
Ensuite, la prévention des situations de violence ou de harcèlement est pensée dans le cadre de la formation générale de l'élève et peut, du reste, faire l'objet de partenariats structurés avec le monde professionnel ou associatif local, dont l'expertise complète souvent celle des enseignants.
En outre, une attention particulière est accordée à la parole des élèves sur le sujet. À cet égard, de nouvelles exigences seront introduites dans les critères d'homologation dès l'année scolaire 2023-2024.
Enfin, chaque année, les plans régionaux de formation qui sont proposés dans les différentes zones géographiques de l'AEFE intègrent des actions de formation relatives à ces questions, à destination du personnel d'encadrement, des enseignants, des équipes éducatives de santé et des personnels administratifs, techniques, ouvriers, sociaux, de santé et de service (Atoss).
Afin de renforcer le dispositif à l'échelle du réseau et de mieux accompagner les équipes d'encadrement, l'AEFE a travaillé à un protocole complet et précis à destination de l'ensemble des établissements du réseau à travers le monde pour déclencher une réaction homogène en cas de signalement de fait à caractère sexuel émanant d'élèves ou de leur famille. Ce protocole sera appliqué dès la rentrée prochaine.
Source : senat.fr ↗
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