Situation en Nouvelle-Calédonie
Posée le 23/05/2024 • Ministère interrogé : Premier ministre
Claude Malhuret Les Indépendants
Sénateur — Allier
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 23/05/2024
M. Gabriel Attal, Premier ministre. Monsieur le président Malhuret, les violences qui secouent la Nouvelle-Calédonie depuis plus d'une semaine désormais sont d'une très grande gravité. Si la situation s'améliore peu à peu, elle reste tendue et fragile.
En quelques jours, des quartiers entiers ont été ravagés, des bâtiments détruits, des magasins pillés. En quelques jours, des dizaines de personnes ont été blessées. Deux gendarmes qui accomplissaient leur mission ont perdu la vie. Ils portaient l'uniforme de la République et étaient engagés pour une mission claire, la plus noble de toutes : faire respecter les lois de la République. Je veux leur rendre ici hommage, saluer leur courage et leur bravoure et dire toute la solidarité de la Nation à leurs proches.
Quatre personnes ont perdu la vie à l'occasion des émeutes. Je veux avoir aussi un mot pour leurs familles. Je ne me résoudrai jamais à ce que des jeunes perdent la vie dans une spirale de violence comme celle que nous avons connue.
Monsieur Malhuret, face à cette situation, notre première priorité est évidemment de rétablir l'ordre et de garantir le retour au calme. Nous avons immédiatement réagi. Le Président de la République a présidé trois conseils de défense et de sécurité nationale. À sa demande, l'état d'urgence a été déclaré. Un couvre-feu a été instauré. Les rassemblements ont été interdits. Comme vous l'avez rappelé, nous avons également suspendu l'accès à un réseau social en Nouvelle-Calédonie.
J'ai présidé cinq cellules interministérielles de crise pour suivre la situation au plus près et prendre les décisions qui s'imposent. Un pont aérien a notamment été mis en place, qui a permis de déployer sur place, en quelques jours seulement, un millier de membres des forces de sécurité intérieure supplémentaires, ce qui porte, à l'heure où nous parlons, à 2 700 personnes les forces présentes sur place. Les renforts continuent à arriver. Il y aura plus de 3 000 policiers et gendarmes en Nouvelle-Calédonie dans les prochaines heures, soit le double d'avant le déclenchement de cette crise.
Le ministre de l'intérieur et des outre-mer et moi-même sommes pleinement mobilisés. Vous m'interrogez sur les conditions de sécurité sur place actuellement. Des opérations d'ampleur ont été menées : 90 barrages ont été dégagés et 306 émeutiers ont été interpellés. Le garde des sceaux a pris une circulaire pour demander une réponse pénale de la plus grande fermeté. Des mandats de dépôt sont prononcés. Nous souhaitons que des condamnations interviennent, car nous ne pouvons pas tolérer et accepter un tel déchaînement de violence, qui ne peut rester impuni.
La situation sur place reste évidemment encore difficile pour beaucoup d'habitants de la Nouvelle-Calédonie. Il faut continuer à agir pour lever les barrages restants, pour prendre le contrôle de l'ensemble des quartiers de Nouméa et, plus largement, des villes de l'agglomération de Nouméa.
Un enjeu est extrêmement central pour les habitants de la Nouvelle-Calédonie : celui de la vie quotidienne, notamment l'approvisionnement en denrées alimentaires et l'accès aux soins. Sur ce sujet, beaucoup a été fait ces derniers jours pour garantir un circuit de distribution alimentaire.
Nous avons très régulièrement fait le point avec le haut-commissaire. La Nouvelle-Calédonie dispose de stocks de denrées pour plusieurs semaines, mais le réseau de distribution a été considérablement fragilisé : des routes ont été bloquées ; des magasins ont été pillés et détruits. Le haut-commissariat, avec le soutien des forces de sécurité intérieure, a pris de nombreuses mesures pour garantir un circuit de distribution et d'approvisionnement qui se déploie progressivement.
Il y a ensuite l'enjeu de la reconstruction pour aller de l'avant. Le ministre de l'économie et des finances a rencontré ce matin en visioconférence - pour avancer rapidement - l'ensemble des forces économiques, notamment les assureurs et les banquiers.
Nous restons sur le qui-vive et nous le resterons, tant que le calme ne sera pas parfaitement rétabli, tant que la vie normale n'aura pas repris.
Ces émeutes sont une remise en cause directe de ce qui est le plus nécessaire à l'archipel : la capacité à vivre ensemble, la capacité pour toutes les communautés de Nouvelle-Calédonie d'écrire un destin commun, dans le respect des uns et des autres. Ce vivre ensemble, c'est ce qui a guidé les accords de Matignon et de Nouméa. C'est ce qui guide encore aujourd'hui notre action.
Je veux saluer ici la responsabilité de l'ensemble des élus et des forces politiques de Nouvelle-Calédonie qui, conjointement, ont appelé au calme parce qu'il n'y a pas de dialogue possible quand il y a violence.
Or, l'histoire de la Nouvelle-Calédonie nous l'a appris, des avancées immenses sont possibles dès lors que le dialogue se noue. C'est dans cet esprit que le Président de la République se rend sur place et arrivera en Nouvelle-Calédonie dans quelques heures.
Vous m'interrogez sur le sens de son déplacement. Le Président de la République se déplace pour engager une discussion qui devra permettre à un accord politique global d'émerger. Il est accompagné d'un groupe de contact. Il sera ainsi au contact de l'ensemble des forces vives de la Nouvelle-Calédonie, politiques, économiques, coutumières, mais aussi celles de la jeunesse et de la société civile. Grâce aux personnalités qui l'accompagnent et qui resteront sur place le temps qu'il faudra, nous parviendrons à faire émerger un accord politique global.
C'est la seule voie possible pour atteindre ce que le Président de la République avait appelé lui-même de ses voeux il y a un an en Nouvelle-Calédonie, dans le cadre d'un discours important : le chemin du pardon et le chemin de l'avenir, en faveur duquel nous nous sommes engagés. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées du groupe INDEP.)
Source : senat.fr ↗
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