Augmentation des délais de reversement de la taxe d'aménagement aux communes et EPCI
Posée le 21/11/2024 • Ministère interrogé : Économie, finances et industrie
Daniel Fargeot UC
Sénateur — Val-d'Oise
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 12/02/2025
M. Daniel Fargeot. Depuis la réforme de septembre 2022, le reversement du produit de la taxe d'aménagement aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) est devenu plus long et imprévisible. Désormais entièrement géré par la direction générale des finances publiques (DGFiP), son calendrier est complexe et l'introduction d'un nouveau fait générateur perturbe les prévisions budgétaires et la gestion de trésorerie des collectivités.
Prenons l'exemple d'un projet immobilier de moins de 5 000 mètres carrés. Le premier paiement intervient 90 jours après l'achèvement des travaux, mais au sens fiscal, c'est-à-dire lorsque le propriétaire déclare le bien habitable, et non plus selon la logique urbanistique d'avant la réforme. Cette déclaration peut intervenir six ans après l'octroi du permis de construire.
Si le montant de la taxe dépasse 1 500 euros, un second paiement intervient six mois plus tard, soit neuf mois après la fin des travaux. Pour les grandes opérations, le versement s'étale sur trois échéances : un acompte de 50 % au neuvième mois, un versement de 35 % au dix-huitième mois et le solde à la fin des travaux.
Ce n'est pas tout : les délais de reversement du produit de la taxe d'aménagement aux collectivités ne sont pas définis. Dans certains cas, il faut attendre jusqu'à six mois entre l'encaissement par l'État et le reversement aux communes. Résultat : des tensions de trésorerie, l'incapacité pour l'ordonnateur à établir un budget primitif sincère, faute de pouvoir anticiper les recettes, et une capacité d'investissement réduite dans des projets structurants.
Avant la réforme, le calendrier était bien plus clair : 50 % de la taxe étaient appelés à douze mois et le solde était versé vingt-quatre mois après l'autorisation d'urbanisme. Aujourd'hui, le nouveau système complique la gestion pour les collectivités, sans même garantir de meilleurs délais.
Madame la ministre, d'autres solutions permettraient-elles de mieux concilier les intérêts des collectivités locales et les impératifs de l'administration centrale ? Un calendrier clair est-il envisageable ? Un retour à l'ancien système, plus lisible et prévisible pour les collectivités, serait-il une option ?
La simplification que nous recherchons tous ne doit pas se faire au détriment de l'efficacité globale. Les collectivités ont besoin de réponses précises, car, à ce rythme, elles risquent d'attendre le versement du produit de la taxe d'aménagement aussi longtemps que dure un mandat municipal.
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Nathalie Delattre, ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée du tourisme. Monsieur le sénateur Daniel Fargeot, le transfert de la gestion de la taxe d'aménagement à la DGFiP s'est accompagné du report de la date d'exigibilité de celle-ci. Cette date est dorénavant calée sur la réalisation définitive des travaux.
Un système d'acompte a été créé, permettant de neutraliser les effets sur les ressources des collectivités, notamment pour les grands projets dont la construction s'étale sur plusieurs années.
Le décalage de calendrier évite l'émission de taxes pour des projets abandonnés, qui induisaient auparavant une annulation de taxation a posteriori et le reversement des sommes indûment perçues.
Afin d'optimiser les délais, la liquidation de la taxe s'appuie sur la dématérialisation du processus déclaratif, la création d'un référentiel des délibérations des collectivités locales et l'automatisation du calcul des taxes d'urbanisme.
Des dysfonctionnements opérationnels ont pu être observés à l'ouverture de ces services. La dématérialisation a en effet suscité des interrogations de la part des usagers et a abouti à des erreurs, ralentissant ainsi la liquidation des taxes.
Afin d'éviter l'envoi de titres de paiement erronés, la DGFiP a mis en oeuvre un système de vérification préalable, qui freine les envois et les paiements associés.
Un plan d'action pour améliorer la lisibilité du processus déclaratif a donc été élaboré et un parcours rénové est proposé depuis le 3 février dernier. En parallèle, la DGFiP a commencé à sécuriser les déclarations pour 2024 et à relancer les contribuables susceptibles de devoir payer leur taxe alors qu'ils n'ont pas encore rempli leur déclaration.
Bien que le reversement du produit des taxes d'urbanisme soit décalé, les collectivités bénéficieront bien de la recette générée par l'achèvement des constructions.
En 2024, il a été néanmoins constaté une diminution des montants collectés, liée à la baisse du nombre d'autorisations d'urbanisme, à la réduction de l'assiette taxable, aux changements de processus et aux paiements reportés à l'achèvement des travaux.
Enfin, la DGFiP a rencontré des difficultés de mise en oeuvre en 2025. Il n'empêche que les redevables sont identifiés et que les taxes dues seront encaissées et reversées aux collectivités.
Source : senat.fr ↗
Autres questions de Daniel Fargeot
Rémunération des absences des fonctionnaires de police détenteurs d'un mandat local
Question écrite • 11/06/2026
Gel de l'indexation des allègements de charges sociales
Question au Gouvernement • 28/05/2026
Violences contre les élus
Question au Gouvernement • 02/04/2026
Majoration de la part régionale de la taxe de séjour en Ile-de-France
Question orale sans débat • 04/12/2025