Question écrite
✓ Répondue le 02/07/2026
#23#
Augmentation préoccupante du nombre de cancers de la prostate
Posée le 30/10/2025 • Ministère interrogé : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées
Anne-Sophie Romagny UC
Sénatrice — Marne
La question
Mme Anne-Sophie Romagny attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur l'augmentation préoccupante du nombre de cancers de la prostate, qui constitue le premier cancer masculin en France.
Chaque année, ce sont en effet 60 000 nouveaux cas qui sont diagnostiqués, entraînant environ 12 800 décès. Souvent silencieuse, cette maladie est fréquemment détectée à un stade avancé, ce qui nécessite des traitements lourds et coûteux, tels que des chimiothérapies dont le coût varie entre 5 000 et 20 000 euros, ou des hormonothérapies pouvant atteindre 30 000 euros par an.
Pourtant, un dépistage précoce par dosage du PSA (Prostatic Spécific Antigen), à partir de 50 ans, ne coûte que 6,70 euros et pourrait éviter ces traitements lourds. Selon une étude publiée dans la revue The Lancet, le nombre de cas pourrait même doubler d'ici 2040.
Actuellement, aucune politique de prévention spécifique n'est mise en oeuvre pour le cancer de la prostate, alors qu'en 2023, d'après le Système national des données de santé (SDN), le coût global de cette maladie a atteint 2,7 milliards d'euros, touchant 565 300 patients.
Contrairement aux campagnes de sensibilisation dédiées au cancer du sein, au cancer colorectal ou au cancer du poumon, aucune action nationale ne cible le cancer de la prostate.
Elle souhaiterait donc savoir si le Gouvernement envisage de lancer une campagne nationale de sensibilisation et de faciliter l'accès au dépistage par PSA pour les hommes dès 50 ans, en particulier ceux présentant des facteurs à risque.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 02/07/2026
Avec plus de 50 000 nouveaux cas et plus de 8 000 décès annuels, le cancer de la prostate est, chez l'homme, le premier cancer en termes d'incidence et le troisième en termes de mortalité. Le dépistage du cancer de la prostate repose sur un test de dosage de l'Antigène spécifique de prostate (PSA) associé à un toucher rectal. La valeur prédictive positive en population d'un taux élevé de PSA est faible ce qui expose à un nombre élevé d'investigations invasives inutiles, à la fois douloureuses et à risque de générer des complications sérieuses (infections, hospitalisations…). De plus, la décision médicale de mise en place d'un traitement doit faire l'objet d'une analyse individuelle de la balance bénéfice / risque. En effet, le cancer de la prostate est le plus souvent d'évolution lente et les traitements du cancer de la prostate sont grevés d'un taux élevé de séquelles invalidantes (incontinence, impuissance…), qui méritent d'être considérés si le cancer n'est pas agressif. Pour ces raisons, le dépistage du cancer de la prostate fait l'objet de débats au sein de la communauté médicale et scientifique internationale et il n'a pas encore été démontré que le dépistage du cancer de la prostate soit associé à un bénéfice significatif en termes de réduction de la mortalité tout comme il n'est pas possible aujourd'hui d'émettre de recommandations particulières visant à prévenir le développement du cancer de la prostate. En effet, les évaluations et recommandations des agences d'évaluation et des autorités sanitaires, publiées en France et au niveau international, sont, depuis plusieurs années, concordantes et considèrent qu'en l'état actuel des connaissances, il n'y a pas lieu de mettre en place de programme de dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA (et/ou toucher rectal) ni de recommander cette pratique. Elles concluent également qu'une information éclairée du patient, sur l'ensemble de la démarche de dépistage et ses conséquences, par le médecin, est nécessaire avant qu'un homme ne décide ou non de faire un dosage et ce, dans le cadre d'un dépistage individuel. La question du dépistage des cancers de la prostate agressifs fait quant à elle l'objet d'un Programme d'actions intégrées de recherche de haut niveau (PAIR), soutenu par l'Institut national du cancer (INCa), la ligue nationale contre le cancer et la Fondation ARC. L'ambition de ce PAIR est de pouvoir « dépister de façon plus précise, en connaissant mieux les personnes à risque élevé, avec de nouveaux outils de dépistage, de nouvelles technologies moins invasives, plus facilement acceptables, et plus fiables que les tests actuels ». Dans ce contexte, il n'est pas prévu à ce jour d'engager de campagne nationale d'incitation au dépistage du cancer de la prostate à l'instar des campagnes nationales réalisées pour l'incitation au dépistage du cancer du sein ou du cancer colorectal. Néanmoins, l'INCa développe de nombreux outils et contenus d'information du grand public sur le cancer de la prostate et le dépistage individuel (rubriques du site cancer.fr, brochure d'information grand public sur le dépistage du cancer de la prostate). Enfin, la stratégie décennale de lutte contre le cancer 2021-2030 prévoit de renforcer la recherche dans le domaine des dépistages notamment pour développer de nouveaux programmes de dépistage, comme celui du cancer de la prostate. Les résultats des études sont suivis par l'INCa et, le cas échéant, une nouvelle saisine de la haute autorité de santé pourrait être proposée en vue d'actualiser la recommandation de 2012 sur le dépistage du cancer de la prostate.
Source : senat.fr ↗
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