Question écrite ✓ Répondue le 27/08/2026 #23#

Mise en péril du droit au séjour pour raisons médicales

Posée le 12/03/2026 • Ministère interrogé : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées

Anne Souyris

Anne Souyris GEST

Sénatrice — Paris

La question

Mme Anne Souyris attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées concernant les défaillances constatées dans les processus d'attribution du droit au séjour pour raisons médicales. Instauré par la loi n°98-349 du 11 mai 1998 relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France et au droit d'asile, le droit au séjour pour raisons médicales permet à des personnes étrangères résidant en France depuis au moins un an d'obtenir un titre de séjour lorsque l'accès à un traitement approprié n'est pas garanti dans leur pays d'origine. Le 18 décembre 2025, le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS) a adopté à l'unanimité un avis, suivi de recommandations, au sujet de la nécessaire amélioration du dispositif. La loi n° 2016-274 du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France a réformé le droit au séjour pour raisons médicales, initialement pensé comme un dispositif essentiel de santé publique, pour finalement l'inscrire dans une politique de contrôle migratoire. Effectivement, cette réforme a redéfini les modalités de l'évaluation médicale des demandes de titre de séjour pour raisons médicales et en a transféré la compétence, jusque-là exercée par les médecins des agences régionales de santé (ARS), à un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Depuis cette réforme, le nombre de recours ainsi que le nombre d'avis favorable attribués ont très fortement diminué. En 2022, nous comptions seulement 22 600 bénéficiaires. Il est également constaté une chute du nombre de renouvellements attribués : ils étaient 23 942 en 2016 contre 8 710 en 2024. Il est particulièrement inquiétant que le ministère de la santé, pourtant compétent en la matière, ne réagisse pas. C'est en effet lui qui fixe par arrêté les orientations générales pour encadrer la pratique des médecins de l'OFII, ainsi que l'animation du réseau de ces médecins. Pour autant, jamais les orientations générales n'ont été réactualisées. L'avis du CNS souligne de nombreuses autres défaillances : les évaluations ne sont pas individualisées, les sources documentaires mobilisées sont opaques et le principe du contradictoire n'est souvent pas respecté. Enfin les dysfonctionnements de la plateforme de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) constituent une véritable entrave à l'accès aux droits. De nombreuses personnes se retrouvent donc en rupture de droits conduisant à une précarité administrative fortement préjudiciable pour leur santé. Elle souhaiterait savoir ce qu'elle compte faire concernant ces défaillances. Notamment, compte-t-elle se saisir de ses compétences pour mettre à jour les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions ? Elle souhaiterait savoir si la direction générale de la santé ne pourrait pas jouer un rôle dans l'évaluation du dispositif, dans la réévaluation des orientations générales et dans l'accompagnement du réseau des médecins de l'OFII ?

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 27/08/2026

La procédure dite « Etrangers malades » permet à des personnes étrangères malades résidant habituellement en France de demander un titre de séjour pour soins lorsque leur état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si elles sont originaires d'un pays dans lequel l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé ne leur permettent pas de bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Depuis le 1er janvier 2017, le service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est compétent pour émettre un avis médical, reposant sur une évaluation individuelle des pathologies et des possibilités de traitement effectif dans le pays d'origine, la décision finale relevant du préfet. Conformément à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII est chargé de rédiger un rapport annuel au Parlement. En 2024, 22 328 demandes de titres de séjour pour soins ont été enregistrées, soit une baisse significative de 10,2 % par rapport à 2023. La tendance est à la diminution progressive et marquée du nombre de demandeurs au cours des dernières années. De plus, le nombre moyen d'avis favorables rendus par l'OFII transmis au préfet en 2024 connaît une légère hausse, soit un taux de 64,3 % contre 63,1 % en 2023. Enfin, en 2024, 3 150 premiers titres de séjour « étranger malade » ont été délivrés, soit une baisse de 1,1 % par rapport à 2023 (3 186). Le ministère de la santé reste le garant de cette procédure « étrangers malades », notamment lors des nombreux débats ayant eu lieu lors de projets de loi de financement de la sécurité sociale, en portant au cours des années précédentes une position claire consistant au maintien de cette procédure. La direction générale de la santé est également en lien constant avec la direction générale des étrangers en France et l'OFII pour porter à la connaissance de ces interlocuteurs les dispositifs de prévention et de dépistage mis à la disposition des personnes qu'elles accueillent. En 2026, le ministère reconduit ses partenariats avec les associations ayant pour missions l'accompagnement des personnes migrantes (La CIMADE, le COMEDE, Médecins du Monde, Primo Levi, la fédération des acteurs de la solidarité et la fédération nationale des associations solidaires d'action avec les Tsiganes et les gens du voyage) en subventionnant des projets et des actions envers ces personnes. De plus, le ministère est engagé avec l'agence nationale de formation des professionnels de santé pour proposer des offres de formations aux personnels hospitaliers sur la thématique de la santé des migrants, afin de les sensibiliser à cette population et de les accompagner dans leur prise en charge.

Source : senat.fr ↗

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