Procédure à suivre pour l'élu afin d'obtenir un financement de sa formation
Lauriane JosendeLes Républicains
Sénatrice — Pyrénées-Orientales
La question
Mme Lauriane Josende appelle l'attention de Mme la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation sur les difficultés d'application du droit à la formation des élus locaux résultant d'une divergence apparente entre la doctrine administrative de la direction générale des collectivités locales (DGCL) et une récente décision juridictionnelle.
Le droit à la formation des élus locaux constitue une dépense obligatoire pour les collectivités territoriales en application des dispositions des articles L. 2123-12 et suivants du code général des collectivités territoriales. Afin de préciser les modalités de mise en oeuvre de ce droit, la DGCL a publié un guide relatif à la formation des élus locaux en août 2023. Ce guide indique expressément que, même si la dépense présente un caractère obligatoire, l'élu ne peut engager sous sa propre signature une dépense de formation au nom ou pour le compte de la collectivité. Il précise qu'avant toute inscription, l'élu doit solliciter l'accord préalable de l'ordonnateur afin que celui-ci autorise l'engagement de la dépense, puis qu'en cas d'accord un contrat ou une convention doit être conclu entre la collectivité et l'organisme de formation. Selon ce document, la prise en charge financière est donc subordonnée à une autorisation préalable de la collectivité et à une relation contractuelle entre celle-ci et l'organisme de formation. Il prévoit ainsi que l'élu doit obtenir l'autorisation de l'ordonnateur avant de s'inscrire à une formation et qu'un contrat doit ensuite être conclu entre la collectivité et l'organisme de formation.
Or, par un jugement du 30 juin 2026, le tribunal administratif de Montpellier a retenu une solution susceptible de soulever des interrogations quant aux modalités concrètes de financement des formations des élus. Dans cette affaire, le tribunal a considéré qu'une association de formation avait été régulièrement subrogée dans les droits au remboursement de l'élu au moyen d'une convention de mandat conclue directement entre l'élu et l'association. Il en a déduit que cette association pouvait obtenir de la commune le remboursement du coût de la formation, alors même que la collectivité n'était pas partie à cette convention de mandat. Le tribunal a notamment jugé qu'une convention signée entre l'élu et l'organisme de formation avait régulièrement subrogé ce dernier dans les droits au remboursement de l'élu.
Cette décision apparaît susceptible de créer une insécurité juridique pour les collectivités territoriales. En effet, si l'interprétation retenue devait être généralisée, un organisme de formation pourrait obtenir le remboursement direct d'une formation sur le fondement d'un mandat ou d'une subrogation consentis par l'élu, alors même qu'aucune convention n'aurait été conclue avec la collectivité et que celle-ci n'aurait pas nécessairement autorisé préalablement l'engagement de la dépense dans les conditions recommandées par la DGCL et en violation des règles de la comptabilité publique.
Elle souhaiterait ainsi savoir si le Gouvernement confirme que l'accord préalable de l'ordonnateur constitue une condition indispensable à la prise en charge financière d'une formation par la collectivité et si cet accord doit nécessairement intervenir avant l'inscription de l'élu à la formation. Elle lui demande également de préciser si un organisme de formation peut valablement obtenir le paiement direct de ses prestations sur le fondement d'une convention de mandat ou de subrogation conclue uniquement avec l'élu bénéficiaire, sans convention préalable signée par la collectivité. Enfin, elle souhaiterait connaître les mesures que le Gouvernement envisage afin de sécuriser juridiquement les modalités de financement des formations des élus locaux et d'harmoniser la doctrine administrative avec les solutions dégagées par les juridictions administratives.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 22/10/2026Le droit à la formation des élus locaux constitue un élément essentiel de l'exercice des mandats locaux, dont la portée a été réaffirmée par la loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local. Ce droit s'exerce soit au titre du droit individuel à la formation des élus locaux (DIFE), géré par la Caisse des dépôts et consignations, soit par la prise en charge directe sur le budget de la collectivité ou de l'établissement public de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre. En application des articles L. 2123-12 et suivants du code général des collectivités territoriales (CGCT), le financement des formations liées à l'exercice du mandat constitue une dépense obligatoire. L'organe délibérant en fixe les orientations et vote les crédits correspondants, dans la limite d'un plafond compris entre 2 % et 20 % du montant total des indemnités de fonction. Ces formations, dispensées par des organismes agréés, ouvrent droit au remboursement des frais d'enseignement, de déplacement et de séjour, ainsi qu'à la compensation des pertes de ressources subies dans la limite de 21 jours par mandat. L'engagement d'une telle dépense relève des règles de la comptabilité publique. Un élu ne disposant pas de la qualité d'ordonnateur ne peut engager financièrement la collectivité. L'accord préalable de l'ordonnateur est donc requis avant toute inscription, afin de vérifier l'éligibilité de la formation, la disponibilité des crédits et de conclure, le cas échéant, la convention requise avec l'organisme. Le jugement du tribunal administratif de Montpellier du 30 juin 2026 ne remet pas en cause cette exigence. La juridiction s'est limitée à rappeler qu'une commune ne peut opposer à un élu un « crédit individuel annuel » non prévu par la loi pour refuser une formation alors que les crédits globaux ne sont pas épuisés. S'agissant de la convention de mandat conclue entre l'élu et l'organisme, le tribunal a seulement admis que la subrogation permettait à l'organisme de recevoir directement le paiement. Cette modalité de règlement ne dispense pas l'élu d'obtenir l'accord préalable de la collectivité et ne crée aucun droit automatique à la prise en charge. Le Gouvernement confirme ainsi que l'accord préalable de l'ordonnateur demeure une condition indispensable à la prise en charge financière d'une formation. Une convention de mandat conclue sans cet accord ne saurait lier la collectivité.
Source : senat.fr ↗
Autres questions de Lauriane Josende
Avenir de la liaison Perpignan-Orly face à la hausse de la fiscalité aérienne
Procédure à suivre pour l'élu afin d'obtenir un financement de sa formation
Suppression anticipée de la dotation d'accompagnement à la gestion des aides non surfaciques du FEADER
Suites de l'abandon du projet d'interdiction de la publicité pour les dispositifs médicaux d'optique remboursés