Rapport législatif
Assemblée nationale
Les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste
Déposé le 10/12/2025
Recommandations
- Recommandation n° 1 : Caractériser juridiquement les actes constitutifs de séparatisme et d’entrisme islamistes afin de lutter efficacement contre ces phénomènes.
- Recommandation n° 2 : Interdire formellement aux ministres du culte de diffuser des consignes électorales dans les lieux de culte.
- Recommandation n° 3 : Transformer l’avis simple du préfet sur les projets de construction ou d’extension de lieux de culte en un avis conforme, lequel pourra refuser, sous le contrôle du juge, d’autoriser le projet s’il constate l’existence d’une menace grave pour l’ordre public, (notamment si ce projet est susceptible de porter une atteinte grave aux principes et valeurs de la République).
- Recommandation n° 4 : Engager la réflexion sur l’ajout, parmi les motifs de dissolution des associations et groupements de faits définis à l’article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure, de la violation délibérée et d’une particulière gravité de certains principes de la République, en ce qu’elle constituerait une atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État. Étendre par ailleurs le champ de ces dispositions aux sociétés commerciales.
- Recommandation n° 5 : Créer une procédure spécifique relative à la dévolution des biens d’une association dissoute sur le fondement de l’article L. 212-1 du CSI, afin de s’assurer que les actifs ne puissent être dévolus à une personne morale ayant pour objet de perpétuer les agissements de la personne morale dissoute.
- Recommandation n° 6 : Renforcer le dispositif de gel des avoirs, d’une part, en élargissant ses motifs pour le rendre applicable aux individus faisant l’apologie du terrorisme ou appelant à la discrimination ou à la haine et, d’autre part, en introduisant un mécanisme administratif de gel des avoirs en cas de suspension temporaire d’un fonds de dotation.
- Recommandation n° 7 : Renforcer le contrôle des subventions versées aux associations, en assurant plus de transparence sur les subventions allouées par les collectivités et en permettant au préfet de se substituer à l’autorité attributive pour faire cesser le versement d’une subvention à une association dont les actes porteraient une atteinte d’une particulière gravité aux principes républicains.
- Recommandation n° 8 : Adapter les techniques de renseignement à la réalité de la menace islamiste en précisant la portée de la finalité relative à « la prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions » pour couvrir les faits de séparatisme ou d’entrisme (5° du a) de l’article L. 811-3 du CSI et obliger les plateformes à mettre en œuvre les mesures techniques nécessaires afin de permettre aux services de renseignement d’accéder, le cas échéant, au contenu crypté des messageries.
- Recommandation n° 9 : Renforcer le soutien public au développement de la recherche sur l’islam et l’islamisme, notamment en soutenant davantage l’Institut français d’islamologie (IFI).
- Recommandation n° 10 : Mobiliser la statistique publique pour renforcer la connaissance de l’islamisme.
- Recommandation n° 11 : Prévoir l’intégration d’un rapport établi par les services de renseignement sur la menace que représente l’islamisme politique au sein du rapport bisannuel sur les ingérences étrangères.
- Recommandation n° 12 : Conforter la place des préfets comme premiers acteurs de la sensibilisation des élus par l’organisation régulière d’échanges avec l’ensemble des élus du territoire sur les questions de laïcité, de séparatisme et d’entrisme.
- Recommandation n° 13 : Institutionnaliser au moins un ou deux échanges bilatéraux annuels sur les questions liées à l’islamisme politique entre le préfet et les maires concernés par cette problématique sur leur territoire.
- Recommandation n° 14 : Sensibiliser les collectivités territoriales à l’obligation de nommer un référent laïcité et confier à ces derniers une mission de recensement des atteintes à la laïcité pour enrichir le suivi au niveau national.
- Recommandation n° 15 : Former les décideurs publics locaux aux enjeux liés à l’islamisme et la laïcité, en associant le CNFPT et les associations d’élus, et formaliser un référentiel sur ces questions avec des situations de référence permettant d’identifier les problèmes et les éventuelles solutions à leur apporter.
- Recommandation n° 16 : Renforcer les interactions entre les services de renseignement et le Parlement, en instaurant notamment un débat annuel sur l’état des menaces pesant sur notre pays.
- Recommandation n° 17 : Prévoir un débat parlementaire, au titre de l’article 50-1 de la Constitution, sur l’islamisme politique et ses manifestations de séparatisme et d’entrisme.
- Recommandation n° 18 : Au sein de chaque parti ou mouvement politique national :
- – renforcer les procédures de sélection et de contrôle des candidats et encadrer plus strictement les investitures locales et nationales ;
- – élaborer des chartes incluant explicitement l’interdiction de toute complaisance à l’égard d’acteurs promouvant des valeurs contraires aux valeurs et principes de la République, et prévoir des actions pour y mettre un terme rapidement en cas de manquements.
- Recommandation n° 19 : Renforcer le contrôle des structures d’accueil collectif des mineurs :
- – élargir les critères de l’accueil collectif de mineurs sans hébergement pour que soient soumises à leur réglementation certaines écoles coraniques ;
- – prévoir une obligation de déclaration des cours d’enseignement religieux ;
- – mettre en place un contrôle d’honorabilité des encadrants.
- Recommandation n° 20 : renforcer l’évaluation de la progression des apprentissages dans le cadre de l’enseignement scolaire dans les établissements hors contrat et à distance en cas de manquements.
- Recommandation n° 21 : Intensifier la sensibilisation aux questions relatives à l’antisémitisme et au racisme au sein des établissements d’enseignement supérieur et s’assurer qu’une formation soit dispensée aux étudiants lorsque des dérives ont été constatées.
- Recommandation n° 22 : Procéder à l’harmonisation des règles des fédérations sportives encadrant le port de signes religieux lors des compétitions sportives.
- Recommandation n° 23 : Renforcer les contrôles d’honorabilité pour les associations sportives.
- Recommandation n° 24 : Relancer le groupe de travail « Influenceurs islamistes en ligne » et en confier le pilotage au SG‑CIPDR.
- Recommandation n° 25 : Faire de la modération sur les plateformes numériques une priorité nationale afin de lutter contre la prolifération de contenus faisant l’apologie du terrorisme et incitant à la haine.
- Recommandation n° 26 : Conduire une grande campagne de sensibilisation à ces contenus, notamment à destination des jeunes et communiquer largement sur l’existence de deux plateformes de signalement.
- Recommandation n° 27 : Produire un discours d’influence positive afin de promouvoir les valeurs de la République face aux revendications islamistes, notamment sur les réseaux sociaux.
- Recommandation n° 28 : Renforcer la lutte contre les actes anti-musulmans et les actes antisémites en communiquant largement sur les dispositifs de signalement.
- Recommandation n° 29 : Introduire clairement la mention d’actes antireligieux dans le prochain plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine.
- Recommandation n° 30 : Renforcer les contrôles en amont et en aval de l’attribution de subventions européennes.
- Recommandation n° 31 : Harmoniser les législations européennes sur la dissolution des associations et le gel de leurs avoirs lorsqu’elles poursuivent des actions contraires aux valeurs européennes.
- Recommandation n° 32 : Mettre en œuvre des groupes de travail au niveau de la Commission européenne sur les manifestations non-violentes de l’islamisme politique que sont le séparatisme et l’entrisme.
Sommaire
- Avant-propos du président
- Introduction
- Partie I – L’islamisme politique en France : la diffusion d’une idéologie qui met en péril les principes de la république
- I. Depuis les années 1960, l’islamisme politique s’est progressivement implanté en France
- A. L’islamisme politique : une idéologie fondée sur l’exacerbation d’une pratique religieuse au service d’un projet politique
- B. L’implantation des mouvements islamistes en France : le cas des Frères musulmans et des salafistes
- II. Quand la violence islamiste s’abat sur la France : Depuis les années 2010, une menace islamiste marquée par les actes terroristes et l’aggravation d’un phénomène séparatiste
- A. Attaquer la République pour s’en prendre aux valeurs qu’elle représente : le temps des attentats
- B. Une menace toujours élevée mais en constante évolution : vers la prédominance d’une menace endogène et l’affirmation d’une menace séparatiste
- III. L’islamisme en France aujourd’hui : des écosystèmes séparatistes et des stratégies d’entrisme via des relais d’influence
- A. Des écosystèmes séparatistes aux revendications identitaires
- B. Une stratégie d’entrisme incarnée par les Frères musulmans
- C. Les relais d’influence des mouvements islamistes auprès de certaines organisations ou publics
- I. Depuis les années 1960, l’islamisme politique s’est progressivement implanté en France
- PARTIE II – Les liens entre des responsables politiques et des mouvances islamistes : un enjeu majeur pour la République
- I. Au niveau local, des élus de toutes les sensibilités politiques en première ligne face à la menace islamiste
- A. Des élus locaux peu outillés face aux revendications d’acteurs associatifs, cultuels ou d’influence
- B. Des phénomènes d’entrisme susceptibles de concerner tous les partis et qui pourraient avoir des conséquences lors des prochaines élections municipales
- II. Au niveau national, le jeu dangereux de représentants politiques avec les mouvances islamistes
- A. Des coalitions militantes fondÉes sur des convergences idÉologiques et des logiques opportunistes
- B. Depuis le 7 octobre 2023, des liens plus visibles dans le cadre de la dÉfense de la cause palestinienne
- III. Les interrogations que soulÈve la proximitÉ affichÉe de certains Élus de la France insoumise avec des individus propageant l’idÉologie islamiste
- A. Une stratégie électorale de captation du « vote musulman »
- B. Une stratégie qui a pu conduire des Élus de La France insoumise À des signes de complaisance, voire de soutien actif À des individus proches des mouvements islamistes
- I. Au niveau local, des élus de toutes les sensibilités politiques en première ligne face à la menace islamiste
- Partie III – Lutter avec davantage de fermetÉ contre le sÉparatisme et l’entrisme et tenir un discours clair de dÉfense des valeurs de la rÉpublique
- I. MalgrÉ un cadre juridique dÉsormais parmi les plus robusteS en Europe, les pouvoirs publics ne sont pas encore pleinement outillÉs pour lutter contre l’islamisme
- A. Au cours des derniÈres annÉes, les pouvoirs publics se sont dotÉs de nouveaux outils pour lutter contre le terrorisme et le sÉparatisme islamistes
- B. Les limites des outils en vigueur face À une menace en constante évolution
- II. Un sursaut collectif est urgent pour engager la lutte contre l’islamisme dans une nouvelle phase
- A. L’action publique doit gagner en efficacitÉ Face À une menace qui se dÉveloppe
- B. Mieux connaître et faire connaître la menace
- C. Combattre une idÉologie contraire À nos valeurs par des actions positives concrÈtes
- I. MalgrÉ un cadre juridique dÉsormais parmi les plus robusteS en Europe, les pouvoirs publics ne sont pas encore pleinement outillÉs pour lutter contre l’islamisme
- Conclusion
- Liste des recommandations
- Examen du rapport
- Liste des personnes auditionnées
- Liste des personnes rencontrées lors du déplacement auprès des institutions européennes du 3 décembre
- Annexe : Changements de la composition de la commissIon d’enquête intervenus au cours de ses travaux
- Contributions des membres de la commission d’enquête
- Contribution du groupe La France insoumise
- Contribution du groupe Rassemblement national
- Contribution du groupe de La Droite républicaine
- Contribution de Mme Caroline Yadan, vice-présidente de la commission d’enquête, députée des Français établis hors de France
- Contribution de Mme Constance Le Grip, députée des Hauts-de-Seine
- Comptes rendus des auditions menées par la commission d’enquête
- 1. Audition, à huis clos, de M. Bernard Rougier, professeur des universités (8 octobre 2025)
- 2. Audition, à huis clos, de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), ministère de l’Intérieur (15 octobre 2025)
- 3. Audition, à huis clos, de MM. François Gouyette et Pascal Courtade, auteurs d’un rapport remis au ministre de l’Intérieur sur l’islamisme politique en France (15 octobre 2025)
- 4. Audition, ouverte à la presse, de M. Omar Youssef Souleimane, journaliste (16 octobre 2025)
- 5. Audition, à huis clos, de la Direction nationale du renseignement territorial (DNRT), ministère de l’Intérieur (16 octobre 2025)
- 6. Audition, à huis clos, de M. Nicolas Lerner, directeur général de la Sécurité Extérieure (21 octobre 2025)
- 7. Audition, ouverte à la presse, de Mme Nora Bussigny, journaliste (21 octobre 2025)
- 8. Audition, à huis clos, de M. Antoine Magnant, directeur du service à compétence nationale de TRACFIN (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins), au ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique (21 octobre 2025)
- 9. Audition de M. Vincent Ploquin-Duchefdelaville, directeur adjoint de la Direction des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère de l’Intérieur et de M. Étienne Apaire, secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) (22 octobre 2025)
- 10. Audition, ouverte à la presse, de Mme Florence Bergeaud‑Blackler, chargée de recherche au CNRS (22 octobre 2025)
- 11. Audition de M. Emmanuel Razavi, reporter (28 octobre 2025)
- 12. Audition de M. Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation pour l’islam de France (FIF) (28 octobre 2025)
- 13. Audition, à huis clos, de M. Hugues Bricq, Directeur du renseignement (DRPP) à la préfecture de police de Paris (29 octobre 2025)
- 14. Audition de M. Olivier Roy, professeur au Robert Schumann Centre for Advanced Studies de l’European University Institute de Florence (Italie) (29 octobre 2025)
- 15. Audition, à huis clos, de M. Laurent Bonnefoy, chercheur au CERI (30 octobre 2025)
- 16. Audition, à huis clos, de M. Alexandre Brugère, préfet des Hauts-de-Seine, M. Julien Charles, préfet de Seine-Saint-Denis, Mme Corinne Simon, préfète de police déléguée pour la préfecture des Bouches-du-Rhône, M. Pierre-André Durand, préfet de Haute-Garonne et M. Antoine Guérin, préfet pour la défense et la sécurité délégué pour la préfecture d’Auvergne Rhône-Alpes (4 novembre 2025)
- 17. Audition de Mme Jacqueline Eustache-Brinio, sénatrice (4 novembre 2025)
- 18. Table ronde, à huis clos, réunissant M. Christophe Arminjon, maire de Thonon, M. François Astorg, maire d’Annecy, M. Christian Dupessey, maire d’Annemasse, Mme Stéphanie Guiraud-Chaumeil, maire d’Albi, M. Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis, Mme Véronique Lecauchois, maire de Saint-Julien-en-Genevois et M Éric Piolle, maire de Grenoble (4 novembre 2025)
- 19. Audition, à huis clos, de M. Cédric Brun, conseiller régional (5 novembre 2025)
- 20. Audition conjointe, à huis clos, de journalistes réunissant M. Erwan Seznec, rédacteur en chef adjoint du service société du Point et M. Jules Laurans, rédacteur en chef de Frontières (5 novembre 2025)
- 21. Audition, ouverte à la presse, de M. Philippe Baptiste, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace (6 novembre 2025)
- 22. Table ronde, à huis clos, réunissant M. Éric Chevallier, ambassadeur de France en Égypte, M. François Delattre, ambassadeur de France en Allemagne, M. Patrick Maisonnave, ambassadeur de France en Arabie Saoudite et Mme Hélène Tréheux-Duchêne, ambassadrice de France au Royaume-Uni (6 novembre 2025)
- 23. Audition, à huis clos, de M. Nicolas Roche, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) (6 novembre 2025)
- 24. Audition, ouverte à la presse, de M. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur (18 novembre 2025)
- 25. Audition, ouverte à la presse, de M. François Kraus, directeur de pôle Opinion, pôle « Actualités et politique » à l’IFOP (Institut français d’opinion publique), accompagné de Mme Mathilde Tchounikine, chargée d’études (18 novembre 2025)
- 26. Audition, ouverte à la presse, de M. Vincent Tiberj, professeur des universités, Sciences Po Bordeaux (26 novembre 2025)
- 27. Audition, ouverte à la presse, de Mme Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti Les Écologistes (2 décembre 2025)
- 28. Audition, ouverte à la presse, de M. Jean-Luc Mélenchon (6 décembre 2025)
- 29. Audition, ouvert à la presse, de M. Gérald Darmanin, garde des Sceaux, ministre de la Justice (6 décembre 2025)
Ce rapport porte sur un texte suivi par NosParlementaires. Voir le texte suivi →