Rapport d'information Assemblée nationale

La prise en charge des urgences psychiatriques

Déposé le 11/12/2024

Recommandations

  1. Recommandation n° 1 : Donner un nouveau souffle à la feuille de route santé mentale et psychiatrie permettant de répondre efficacement au triple enjeu de dégradation de la santé mentale des Français et de hausse des besoins de soins psychiatriques, à la saturation du système de soins psychiatrique et à l’embolisation des services d’urgences dans un cadre budgétaire contraint.
  2. Recommandation n° 2 : Mieux outiller les médecins généralistes, qui sont souvent le premier recours pour les troubles psychiques, par des formations et par des outils d’aide à la prise en charge de la souffrance psychique.
  3. Recommandation n° 3 : Renforcer les moyens humains et financiers des centres médico-psychologiques (CMP), afin qu’ils puissent assurer des soins ambulatoires de proximité et la coordination des parcours de soins.
  4. Recommandation n° 4 : Développer une offre spécifique au traitement des troubles psychiques associés à l’addiction, renforçant le lien entre les structures d’addictologie et les structures de soins psychiatriques.
  5. Recommandation n° 5 : Simplifier l’organisation territoriale des soins psychiatriques de secteur et les dispositifs de coordination existants, en concentrant et en pérennisant les moyens sur les structures garantissant un accès effectif aux soins pour la population.
  6. Recommandation n° 6 : Se donner les moyens d’accompagner durablement les personnes les plus vulnérables, notamment en généralisant les équipes mobiles et en impliquant davantage les acteurs de proximité.
  7. Recommandation n° 7 : Limiter les passages non pertinents aux urgences en augmentant l’offre de consultations non programmées (centres d’accueil et de crise, plages de consultations en soins non programmés, etc.).
  8. Recommandation n° 8 : Formaliser au niveau national un parcours de prise en charge des urgences psychiatriques, commun à tous les territoires, clair et gradué impliquant la généralisation de la compétence psychiatrique à l’ensemble des services d’accès aux soins (SAS).
  9. Recommandation n° 9 : Améliorer les conditions de prise en charge par les services d’urgences : conditions d’accueil et de transport adaptées et contenantes, présence de personnels expérimentés et formés à la psychiatrie, meilleure prise en compte de la volonté du patient pour limiter le recours à la contention dans les urgences, etc.
  10. Recommandation n° 10 : Limiter la durée de séjour des patients en attente d’hospitalisation aux urgences en garantissant un accès suffisant à des lits d’hospitalisation psychiatrique en aval des urgences, y compris à travers la création de lits dédiés au sein des unités d’hospitalisation de courte durée (UHCD), en particulier pour les patients mineurs, pour lesquels il importe de renforcer les capacités d’accueil et de prise en charge de la crise suicidaire.
  11. Recommandation n° 11 : Systématiser le suivi post-urgences des patients et suivre cet indicateur dans le cadre de la démarche qualité.
  12. Recommandation n° 12 : Garantir un quota de lits de service public en psychiatrie dans les établissements privés afin de fluidifier la filière d’aval des urgences et d’éviter une concentration excessive des prises en charge dans le secteur public.
  13. Recommandation n° 13 : Modifier les dispositions réglementaires relatives à la permanence des soins des établissements de santé (PDSES) et au nouveau régime des autorisations en psychiatrie, pour favoriser une participation plus équitable à la prise en charge des patients.
  14. Recommandation n° 14 : Mettre en œuvre les recommandations issues des Assises de la pédiatrie et de la santé de l’enfant de 2024.
  15. Recommandation n° 15 : Renforcer sensiblement les moyens de la médecine scolaire et associer les établissements scolaires à une politique de prévention et de repérage précoce des troubles psychiques et réinterroger le rattachement de la médecine scolaire au ministère de l’éducation nationale.
  16. Recommandation n° 16 : Garantir une offre de soins pédopsychiatriques homogène et adaptée aux besoins sur tout le territoire, comprenant des possibilités d’évaluation en urgence ou en soins non programmés, et mener un diagnostic approfondi et partagé sur l’usage croissant des psychotropes.
  17. Recommandation n° 17 : Développer et pérenniser les mesures ciblées sur les enfants protégés.
  18. Recommandation n° 18 : Faire de la santé mentale et de la psychiatrie périnatales un axe de la grande cause nationale.
  19. Recommandation n° 19 : Adapter rapidement l’offre de formation à la pénurie de professionnels constatée sur le terrain : qu’il s’agisse des psychiatres comme des autres professionnels de la santé mentale, par une augmentation des effectifs en formation initiale et continue, un développement de passerelles, la hausse du nombre d’infirmiers en pratique avancée et création de nouvelles mentions etc. Pour la rapporteure Sandrine Rousseau, cet objectif impose, concernant les infirmiers, d’expérimenter un accès dérogatoire aux instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi).
  20. Recommandation n° 20 : Déstigmatiser les métiers de la psychiatrie et renforcer leur attractivité au moyen d’une campagne de communication, de stages obligatoires et de la création d’un institut hospitalo-universitaire (IHU) en psychiatrie.
  21. Recommandation n° 21 : Commanditer un audit sur les conditions de travail en psychiatrie et, dans le même temps, améliorer celles-ci par des rémunérations revalorisées, par une simplification administrative des hospitalisations sous contrainte ou encore par une meilleure appréhension des situations de violence et d’agressivité.
Sommaire
  • Avant-propos
  • Synthèse
  • Partie I : Si la notion d’urgence ne fait pas consensus en psychiatrie, l’urgence devient le point d’entrée dans le parcours de soins
    • I. En psychiatrie, la notion d’urgence, vaste et discutée, admet des modalités de prise en charge très variées
      • A. La prise en charge psychiatrique en urgence s’inscrit dans un cadre juridique imprécis
      • B. La prise en charge de l’urgence s’inScrit dans le cadre global de l’organisation des soins psychiatriques
      • C. Il n’existe pas de parcours type d’un patient pris en charge en urgence psychiatrique
    • II. La dégradation des indicateurs de santé mentale depuis 2020 se traduit dans les passages aux urgences
      • A. Une dégradation de la santé mentale de la population est observée depuis
      • B. La croissance de l’activité d’urgence psychiatrique est notamment induite par le fort niveau de recours des jeunes gens et, en particulier, des jeunes femmes
      • C. Une croissance marquée des passages aux urgences et des hospitalisations pour sevrage, en particulier pour les patients Âgés de 40 à 59 ans
    • III. Les services d’urgences deviennent par dÉfaut le point d’entrÉe dans les soins psychiatriques et sont rÉguliÈrement saturÉs
      • A. L’effondrement des capacités d’hospitalisation publiques en psychiatrie n’est pas compensé par l’essor du secteur privé lucratif
      • B. En amont, l’offre de soins psychiatriques est insuffisante et trop complexe, ce qui incite les patients à se tourner vers les urgences
      • C. EN aval, le manque de lits retarde les transferts de patients, ce qui embolise les urgences
    • IV. La prison, marquée par la surreprésentation des troubles psychiatriques, est un autre point d’entrée dans les soins
      • A. La prévalence des troubles psychiatriques chez les détenus est significativement supérieure au reste de la population et s’aggrave en détention
      • B. Les soins psychiatriques en milieu pénitentiaire sont régis par des services spécifiques
      • C. La psychiatrie est mal appréhendée par la justice, ce qui accroît la proportion de malades en détention
      • D. Les lieux de privation de liberté deviennent un point d’entrée dans les soins psychiatriques
  • Partie II : Les dysfonctionnements constatés dans la prise en charge en urgence traduisent une crise profonde de la psychiatrie
    • I. La prise en charge en urgence est insatisfaisante, y compris dans des établissements à la qualité de soins reconnue
      • A. Les prises en charge sont davantage liées aux moyens disponibles qu’à des standards de qualité
      • B. La prise en charge aux urgences est associée à une expérience de la violence pour patients et professionnels
      • C. Les contraintes de l’ensemble du secteur convergent vers les urgences, induisant contournements et pratiques abusives
    • II. Le recours croissant aux urgences nuit à la qualité du parcours de soins en psychiatrie
      • A. Le passage par les urgences marque un retard de prise en charge et ne garantit pas l’accès aux soins
      • B. En dépit d’un cadre strict, les soins psychiatriques sans consentement ainsi que l’isolement et la contention sont en hausse tendanCielle depuis
    • III. La crise actuelle invite À reconsidÉrer l’Évolution des moyens financiers et humains dÉvolus À la psychiatrie
      • A. Les effets de la rÉforme du financement de la psychiatrie comme de la hausse des dÉpenses sont À relativiser
      • B. Un lien manifeste entre les difficultÉs d’accÈs aux soins et l’Évolution en trompe-l’œil de la dÉmographie mÉdicale
    • IV. Conjuguant les difficultÉs de la psychiatrie et du secteur de l’enfance, la pÉdopsychiatrie est sinistrÉe
      • A. Une offre de soins trÈs insuffisante, affectÉe par des inÉgalitÉs entre les territoires
      • B. Un parcours de soins et une gouvernance inadaptÉs
      • C. Affaibli par des structures dÉfaillantes et par une demande extrÊmement dynamique, l’accÈs aux soins pÉdopsychiatriques est en pÉril
  • Partie III : Face À cette situation alarmante, pour mieux prÉvenir et prendre en charge les urgences, une action publique ambitieuse est impÉrative
    • I. Un nécessaire nouveau souffle des politiques publiques en matière de santÉ mentale et de psychiatrie
      • A. Depuis 2018, l’action publique nationale suit la feuille de route de la santÉ mentale et de la psychiatrie
      • B. Pour une nouvelle impulsion en faveur de la psychiatrie À l’occasion de la grande cause nationale annoncÉe par le Premier ministre
    • II. Une offre de soins À restructurer et À soutenir pour mieux prÉvenir et prendre en charge les urgences psychiatriques
      • A. Renforcer l’offre de soins de proximitÉ pour prÉvenir l’urgence psychiatrique
      • B. Structurer un vÉritable parcours de prise en charge psychiatrique d’urgence limitant les passages aux urgences
      • C. L’amÉlioration de l’offre de soins nÉcessite une contribution plus Équitable du secteur privÉ
      • D. Un sursaut attendu pour la pÉdopsychiatrie et la santÉ mentale des jeunes
      • E. La formation et l’attractivitÉ de la filiÈre sont dÉterminantes pour l’avenir de la psychiatrie
  • Liste des propositions
  • Travaux de la commission
  • ANNEXE N° 1 : LISTE DES PERSONNES ENTENDUES PAR LES RAPPORTEURES
  • Annexe N° 2 : dÉplacements effectuÉs par la mission
  • ANNEXE N°3 : MESURES DE LA FEUILLE DE ROUTE SANTÉ MENTALE ET PSYCHIATRIE

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