- 348 sénateurs siègent au palais du Luxembourg, élus pour 6 ans au suffrage universel indirect par environ 162 000 « grands électeurs » (à 95 % des délégués des conseils municipaux).
- Le Sénat est renouvelé par moitié tous les 3 ans : le prochain scrutin a lieu le 27 septembre 2026 (178 sièges en jeu).
- Avec l'Assemblée nationale, il vote la loi : c'est le bicamérisme. Chaque texte fait la « navette » entre les deux chambres ; en cas de désaccord persistant, l'Assemblée a le dernier mot.
- Il représente constitutionnellement les collectivités territoriales (article 24 de la Constitution).
- Contrairement à l'Assemblée, il ne peut pas être dissous — et son président assure l'intérim en cas de vacance de la présidence de la République.
- Son budget 2026 s'élève à 382,3 millions d'euros de dépenses, dont 353,5 millions de dotation de l'État.
C'est l'une des questions institutionnelles les plus posées par les Français — et l'une des plus anciennes controverses de la République : à quoi sert le Sénat ? L'institution a fait tomber le général de Gaulle en 1969, a été qualifiée d'« anomalie » par un Premier ministre en exercice en 1998, a échappé de peu à une cure d'amaigrissement en 2018-2019, et reste dans le programme de plusieurs partis… au rayon des suppressions. Radiographie chiffrée, à un an du renouvellement de la moitié de ses sièges.
À quoi sert le Sénat ?
Le Sénat est la « chambre haute » du Parlement. Tout projet ou proposition de loi doit être examiné par les deux chambres, dans un aller-retour appelé navette. Concrètement, le Sénat relit, amende, corrige — et parfois bloque. Si les deux assemblées ne s'accordent pas, le gouvernement peut donner le dernier mot à l'Assemblée nationale, sauf pour les révisions constitutionnelles et les lois organiques relatives au Sénat, où l'accord de la chambre haute est obligatoire.
Ce pouvoir de blocage n'a rien de théorique. Le 6 juillet 2026, le Sénat a adopté par 169 voix contre 164 une motion mettant fin à ses débats sur la proposition de loi sur l'aide à mourir — renvoyant le texte à l'Assemblée, comme nous le racontions ici :
Au-delà du vote de la loi, le Sénat contrôle le gouvernement (questions, commissions d'enquête — celle sur l'affaire Benalla en 2018 avait marqué les esprits) et évalue les politiques publiques. Et parce qu'il ne peut pas être dissous, il assure la continuité institutionnelle : pendant la dissolution de juin 2024, il était de fait la seule chambre en état de fonctionner.
Qui siège au Sénat ?
La droite et le centre dominent la chambre haute quasiment sans interruption depuis 1958 — seule la période 2011-2014 a vu une majorité de gauche. Les Républicains forment aujourd'hui, et de loin, le premier groupe :
Le profil sociologique nourrit une partie des critiques : l'âge moyen des sénateurs est de 61,8 ans, 224 des 348 élus (64 %) ont 60 ans ou plus, et seuls 9 ont moins de 40 ans. Le doyen, Alain Chatillon, a 83 ans ; la benjamine, Mathilde Ollivier, 32 ans. Les femmes occupent 134 sièges, soit 38,5 % — contre environ 36 % à l'Assemblée.
Que produit réellement le Sénat ?
L'accusation de « chambre d'enregistrement » ou de club de notables assoupis résiste mal aux données. Sur les trois dernières sessions, les sénateurs ont déposé près de 44 600 amendements, dont 10 661 adoptés — soit près d'un sur quatre (23,9 %) :
Côté assiduité, le taux de participation moyen des sénateurs aux scrutins publics dépasse 90 % dans nos données, sur plus de 330 scrutins par an. Le travail sénatorial pèse aussi sur le fond : nombre de dispositifs finalement promulgués sont issus de la version sénatoriale des textes, affinée en commission mixte paritaire. Pour comparer l'activité individuelle des élus, consultez notre classement du sénateur le plus actif.
Combien coûte le Sénat ?
Le budget 2026 du Sénat s'établit à 382,3 millions d'euros de dépenses (+0,9 % sur un an), financées principalement par une dotation de l'État de 353,5 millions d'euros, stable pour la deuxième année consécutive. Cette enveloppe couvre aussi le jardin du Luxembourg et son musée, gérés par l'institution. Rapporté à la population, le Sénat coûte environ 5,60 euros par habitant et par an.
Chaque sénateur perçoit une indemnité de 7 637 euros brut par mois (environ 5 676 euros net), à laquelle s'ajoutent une avance pour frais de mandat de 6 600 euros mensuels et une enveloppe de 8 403 euros brut pour rémunérer deux à trois collaborateurs. Des montants identiques à ceux des députés — mais régulièrement pointés dans le débat public, pétitions à l'appui.
Pourquoi certains veulent le supprimer
La critique est aussi vieille que la Ve République. Elle tient en trois griefs : le Sénat n'est pas élu directement par les citoyens ; son collège électoral, dominé par les délégués des petites communes, sur-représente la France rurale ; et son renouvellement lent, combiné à l'âge de ses élus, en ferait une chambre structurellement conservatrice, où l'alternance est presque impossible.
Le général de Gaulle a tenté d'en finir le premier : le référendum du 27 avril 1969 proposait de fusionner le Sénat avec le Conseil économique et social pour en faire une chambre purement consultative. Le « non » l'emporte avec 52,41 % des voix — et de Gaulle, qui avait lié son sort au scrutin, démissionne le lendemain. Le Sénat est ainsi la seule institution à avoir « fait tomber » un président de la République.
« Le Sénat est une anomalie parmi les démocraties. »
Trente ans plus tard, la charge de Lionel Jospin — furieux de voir la chambre haute freiner ses réformes — reste la plus célèbre. Emmanuel Macron s'y est frotté à son tour : ses projets de réforme institutionnelle de 2018 puis 2019 prévoyaient de réduire le nombre de sénateurs de 348 à 244, puis à 261. Faute d'accord avec le Sénat lui-même, aucun de ces textes n'a jamais été discuté. La France insoumise, elle, propose toujours dans son programme la suppression pure et simple du Sénat et du CESE, remplacés par une « Assemblée de l'intervention populaire et du long terme ».
Ce que répondent ses défenseurs
Peut-on vraiment supprimer le Sénat ?
C'est le paradoxe final : la Constitution protège le Sénat mieux que toute autre institution. L'article 89 impose que toute révision constitutionnelle soit votée en termes identiques par les deux chambres — le Sénat dispose donc d'un droit de veto sur sa propre disparition. Reste la voie du référendum direct de l'article 11, utilisée par de Gaulle en 1962 et 1969, mais dont la constitutionnalité pour réviser la Constitution est contestée par la quasi-totalité des juristes.
Utile garde-fou pour les uns, anomalie coûteuse pour les autres, le Sénat a survécu à un référendum, à trois Républiques et à tous ses réformateurs. Avant le renouvellement du 27 septembre 2026, retrouvez la fiche détaillée de chacun des 348 sénateurs — votes, amendements, présence — sur NosParlementaires.