Pourquoi ce vote ? Le contexte en 6 points
  • La proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir, portée par le député Olivier Falorni, ouvre un droit à l'aide à mourir pour les patients majeurs atteints d'une affection grave et incurable engageant le pronostic vital.
  • Issue des travaux lancés après la Convention citoyenne sur la fin de vie, la réforme a connu un parcours chaotique : son examen a été interrompu à deux reprises, par la dissolution de 2024 puis par la chute du gouvernement Bayrou.
  • L'Assemblée nationale l'a adoptée trois fois : en première lecture le 27 mai 2025 (296 pour, 193 contre), en deuxième lecture le 25 février 2026 (299 pour, 226 contre), puis en nouvelle lecture le 30 juin 2026 (295 pour, 232 contre).
  • Le Sénat, lui, a rejeté l'ensemble du texte en première lecture (janvier 2026), puis supprimé son article clé en deuxième lecture (mai 2026). La commission mixte paritaire du 2 juin a échoué.
  • La question préalable est une motion de procédure : votée avant la discussion des amendements, elle met fin à l'examen du texte. Voter « pour » la motion, c'est voter contre la poursuite du débat.
  • Après ce rejet, le gouvernement a confirmé que le dernier mot reviendrait à l'Assemblée nationale, avec une lecture définitive prévue le 15 juillet.

Cinq voix. Mardi 7 juillet, le Sénat a adopté par 169 voix contre 164 la question préalable opposée à la proposition de loi sur l'aide à mourir, défendue par la rapporteure Christine Bonfanti-Dossat (LR) au nom de la commission des affaires sociales. En refusant d'examiner le texte en nouvelle lecture, la chambre haute acte son troisième rejet — et renonce définitivement à peser sur la réforme : c'est la version votée par les députés le 30 juin qui sera soumise au vote définitif de l'Assemblée nationale, le 15 juillet.

169
Pour la question préalable
164
Contre
11
Abstentions

La droite fait bloc, le centre se divise

Le camp du rejet repose presque entièrement sur le groupe Les Républicains : 126 de ses sénateurs ont voté la question préalable, contre 3 voix opposées et 1 abstention. À lui seul, le groupe LR fournit les trois quarts des 169 voix de la motion. L'Union centriste, elle, se fracture : 38 sénateurs centristes ont voté pour, mais 15 ont voté contre et 4 se sont abstenus — un tiers du groupe a refusé de suivre la ligne du rejet.

La rapporteure Christine Bonfanti-Dossat a assumé une motion déposée « non pour finir le débat, mais pour refuser d'en être la caution », qualifiant le texte des députés de « texte extrême » et fustigeant « l'imprécision » de ses critères d'accès.

« Ce texte conduira à légaliser l’assistance au suicide et à l’euthanasie pour un nombre extraordinairement élevé de nos concitoyens. »

Christine Bonfanti-Dossat
Christine Bonfanti-Dossat
LR
Lot-et-Garonne

Une gauche unanime, rejointe au-delà de ses rangs

Face à elle, l'opposition à la motion dépasse largement la gauche. Les 63 socialistes votants ont voté contre, comme les 18 communistes du groupe CRCE-Kanaky, les 16 écologistes et les 16 sénateurs du RDSE. Mais s'y ajoutent 18 des 20 votants du groupe Les Indépendants — pourtant classé à droite —, 11 des 19 sénateurs macronistes du RDPI, 15 centristes, 4 non-inscrits et même 3 Républicains. Une coalition hétéroclite, du PCF à des élus de droite, qui échoue à 5 voix près.

« Derrière les reports, les promesses non tenues, les postures idéologisées, il y a des hommes et des femmes en souffrance, des personnes pour qui les soins palliatifs ne sont pas une solution et qui demandent seulement à partir dignement. »

Marie-Pierre de La Gontrie
Marie-Pierre de La Gontrie
SER
Paris

De 59 voix d'écart à 5 : l'opposition sénatoriale s'érode

Le résultat serré du 7 juillet raconte une érosion. En première lecture, le 28 janvier 2026, le Sénat avait rejeté l'ensemble du texte par 181 voix contre 122 — 59 voix d'écart. En deuxième lecture, le 11 mai, l'article 2, qui crée le droit à l'aide à mourir, était encore supprimé par 151 voix contre 118. Cette fois, 5 voix seulement séparent les deux camps : le camp du rejet est passé de 181 à 169 voix en six mois, quand les partisans de la poursuite du débat progressaient de 122 à 164.

C'est cette impasse interne que résume Olivier Henno, orateur du groupe centriste, dont une partie des membres souhaitait pourtant que le Sénat écrive sa propre version du texte — comme l'y avait invité son président Gérard Larcher.

« Le point d’équilibre au sein de cette assemblée est introuvable. Le résultat est connu, l’addition des contraires a déjà abouti par deux fois au rejet de l’article 2, véritable clef de voûte de ce texte. »

Olivier Henno
Olivier Henno
UC
Nord

Ce que prévoit le texte qui sera voté le 15 juillet

🩺
Un droit encadré
Le texte ouvre un droit à l'aide à mourir aux patients majeurs atteints d'une affection grave et incurable engageant le pronostic vital, dont les souffrances sont réfractaires aux traitements.
💊
L'auto-administration comme règle
Le patient s'administre lui-même la substance létale. Un médecin ou un infirmier ne peut intervenir que s'il n'en est plus physiquement capable.
⚖️
Ce que voulait le Sénat
La majorité sénatoriale défendait une « aide médicale à mourir » restreinte aux pronostics vitaux engagés à court terme — une version bien plus étroite, jamais conciliée avec celle des députés.
🗳️
Le dernier mot aux députés
Après l'échec de la commission mixte paritaire, le gouvernement a donné le dernier mot à l'Assemblée : la lecture définitive est prévue le 15 juillet, sur le texte adopté le 30 juin.
À noter : en votant la question préalable, la majorité sénatoriale renonce aussi à amender le texte. Le Sénat aurait pu tenter d'imposer sa version restrictive en nouvelle lecture ; en refusant le débat, il laisse intacte la copie des députés — celle-là même que ses orateurs jugent « extrême » — qui sera votée telle quelle le 15 juillet.

Le parcours du texte

27 mai 2025
L'Assemblée nationale adopte la proposition de loi Falorni en première lecture : 296 pour, 193 contre.
28 janvier 2026
Le Sénat rejette l'ensemble du texte en première lecture : 181 contre, 122 pour.
25 février 2026
L'Assemblée rétablit son texte et l'adopte en deuxième lecture : 299 pour, 226 contre.
11 mai 2026
En deuxième lecture, le Sénat supprime l'article 2, cœur du texte : 151 voix contre 118.
2 juin 2026
Échec de la commission mixte paritaire : députés et sénateurs actent leur désaccord.
30 juin 2026
L'Assemblée adopte le texte en nouvelle lecture : 295 pour, 232 contre, le RN seul grand bloc opposé.
7 juillet 2026
Le Sénat adopte la question préalable par 169 voix contre 164 et met fin à son examen du texte.
15 juillet 2026 (prévu)
Lecture définitive à l'Assemblée nationale : les députés voteront le texte du 30 juin, sans possibilité pour le Sénat d'y revenir.

Comment votre sénateur a-t-il voté sur la question préalable ? Chaque position est enregistrée sur les fiches de NosParlementaires — et le parcours complet de la proposition de loi, scrutin par scrutin, y est retracé depuis mai 2025, à l'Assemblée comme au Sénat.