Pourquoi ce vote ? Le contexte en 5 points
  • Aucune loi française ne vise expressément l’allaitement. Une mère priée de sortir d’un musée, d’une piscine ou d’un magasin parce qu’elle allaite ne peut invoquer que des motifs voisins (le sexe, la situation de famille), dont l’application à son cas reste discutée.
  • Les affaires se répètent : une mère invitée à quitter le Louvre, une autre renvoyée vers un « espace dédié » à Disneyland Paris, une troisième refoulée des Francofolies de La Rochelle parce qu’elle portait un tire-lait.
  • Depuis 2021, trois propositions de loi ont tenté de combler ce vide. Aucune n’a été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée.
  • La loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, débattue depuis le 1er octobre, a servi de véhicule : la députée Constance de Pélichy (LIOT) y a repris sa proposition sous forme d’amendement.
  • Le texte entier sera soumis au vote solennel le 13 octobre, puis partira au Sénat.

Mardi 6 octobre 2026, l’Assemblée nationale a inscrit l’allaitement parmi les motifs de discrimination du code pénal, du code du travail et du statut de la fonction publique, au même rang que la grossesse. L’amendement de Constance de Pélichy, députée LIOT du Loiret, a été adopté par 182 voix pour et aucune contre, lors de l’examen de la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles.

182
Pour
0
Contre
0
Abstention

Ce que le vote change pour une mère qui allaite

Concrètement, refuser l’entrée d’un lieu ouvert au public, un service ou une embauche à une femme parce qu’elle allaite deviendrait une discrimination nommée par la loi. L’article 225-2 du code pénal punit déjà la discrimination de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, et de cinq ans et 75 000 euros quand le refus est commis dans un lieu accueillant du public ou vise à en interdire l’accès. L’amendement ne crée pas de nouvelle infraction : il ajoute un motif à une liste existante.

C’est une version retravaillée. En commission spéciale, fin septembre, la même députée avait proposé un délit spécifique d’« entrave à l’allaitement », puni de six mois de prison et de 7 500 euros d’amende. La commission l’avait rejeté. Le rapporteur David Taupiac (LIOT) a donné un avis favorable à la nouvelle rédaction en séance.

« Quel est notre tort ? Avoir sorti un sein plutôt qu’un biberon, proposé un téton plutôt qu’une tétine ! »

Séance du 6 octobre 2026, compte rendu de l’Assemblée nationale, en défendant l’amendement n° 734

Constance de Pélichy
Constance de Pélichy
LIOT
Loiret (3)
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Du RN à LFI, aucune voix contre

Les onze groupes de l’Assemblée ont voté pour, ainsi que deux non-inscrits. Avec 54 voix, le RN forme le premier contingent, devant les socialistes (34) et Ensemble pour la République (28). Suivent LFI (15), la Droite républicaine (10), les écologistes (10), LIOT (9), les démocrates (7), l’UDR (5), Horizons (5) et les communistes du groupe GDR (3). L’hémicycle était peu garni : 182 votants sur 577 députés, un mardi après-midi.

En séance, Laure Lavalette (RN, Var) a raconté l’histoire d’Anaïs, à qui un maître-nageur de la piscine du Port-Marchand, à Toulon, a interdit d’allaiter sa fille de 1 an « parce qu’il y avait des enfants ». La mairie avait d’abord invoqué des raisons sanitaires, avant de reculer.

« On peut allaiter sans s’exhiber, mais également montrer un bout de son sein sans que ce soit un problème. »

Séance du 6 octobre 2026, compte rendu de l’Assemblée nationale

Laure Lavalette
Laure Lavalette
RN
Var (2)
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La France insoumise avait déposé un amendement au même objet, porté par Sarah Legrain (Paris). Il est tombé mécaniquement après l’adoption du premier. Clémentine Autain (écologiste) a soutenu le choix de passer par le droit des discriminations plutôt que par un délit : « il est plus facile de reconnaître et, au besoin, de sanctionner les faits lorsqu’ils sont nommés ».

« Il est en revanche tout à fait naturel de respecter le choix des femmes, donc de ne pas les sexualiser lorsqu’elles ne demandent pas à l’être. »

Séance du 6 octobre 2026, compte rendu de l’Assemblée nationale, autrice de l’amendement n° 1029

Sarah Legrain
Sarah Legrain
LFI-NFP
Paris (16)
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Ce que prévoit l’amendement adopté

⚖️
Code pénal
L’article 225-1 cite désormais le fait d’allaiter à côté de la grossesse. Refuser l’accès d’un commerce, d’un musée ou d’une piscine pour ce motif tomberait sous le coup de l’article 225-2.
💼
Code du travail
Une salariée ne pourrait être écartée d’une embauche, sanctionnée ou licenciée parce qu’elle allaite. Un règlement intérieur ne pourrait plus contenir de clause discriminatoire sur ce point.
🏛️
Fonction publique
Même protection pour les agentes publiques, y compris celles des communes de Polynésie française.
📄
Loi de 2008 sur les discriminations
L’allaitement entre dans la définition générale de la discrimination, celle qu’utilisent les juges civils et le Défenseur des droits.
À noter : le gouvernement n’a pas soutenu l’amendement. La ministre Aurore Bergé estime que la « situation de famille », déjà dans la loi, « couvre aussi la situation d’allaitement », et que l’élargissement des « vingt-six critères de discrimination actuels n’est pas forcément ce qui garantira le mieux » leur sanction. Elle s’en est remise à la sagesse de l’Assemblée. Autre limite : l’article 2 de la proposition de loi de Constance de Pélichy, qui affirmait que « toute femme est libre d’allaiter son enfant dans tout lieu, public ou privé ouvert au public », n’a pas été repris.

Trois propositions de loi restées dans les tiroirs

Le sujet n’est pas neuf à l’Assemblée. En juin 2021, la députée Fiona Lazaar proposait un « délit d’entrave à l’allaitement » puni de 1 500 euros d’amende. En décembre 2024, Anne-Laure Blin (Droite républicaine) reprenait cette amende dans une proposition de loi sur l’allaitement maternel en douze articles, cosignée notamment par Constance de Pélichy. Le 15 septembre 2026, celle-ci déposait sa propre proposition de loi, cosignée par 26 députés, des communistes à la Droite républicaine. Aucun de ces textes n’a été débattu en séance.

15 juin 2021
Fiona Lazaar dépose une proposition de loi créant un délit d’entrave à l’allaitement (1 500 euros d’amende). Elle n’est jamais inscrite à l’ordre du jour.
3 décembre 2024
Anne-Laure Blin (DR) dépose une proposition de loi « visant à protéger et à sensibiliser à la pratique de l’allaitement maternel ».
15 septembre 2026
Constance de Pélichy (LIOT) dépose une proposition de loi « visant à garantir la liberté d’allaiter dans l’espace public ».
Fin septembre 2026
En commission spéciale sur la loi intégrale, son amendement créant un délit d’entrave à l’allaitement est rejeté.
6 octobre 2026
En séance, l’amendement réécrit fait de l’allaitement un motif de discrimination : 182 voix pour, 0 contre.
13 octobre 2026
Vote solennel prévu sur l’ensemble de la loi intégrale, avant son examen au Sénat (procédure accélérée).

Pour savoir si votre député était présent et comment il a voté, cherchez son nom dans le scrutin ci-dessus ou consultez la page de la loi intégrale. Le reste du texte est résumé dans notre bilan, article par article.