- Le week-end des 25-26 juillet 2026, un mégafeu parti de Saumos (Gironde) a parcouru 42 000 hectares et provoqué l'évacuation de jusqu'à 220 000 personnes aux portes de Bordeaux.
- Faute d'une flotte suffisante, la France a dû faire venir des Canadair croates et des Air Tractor portugais via le mécanisme européen, et engager pour la première fois un avion militaire A400M comme bombardier d'eau.
- La flotte nationale compte 12 Canadair d'un âge moyen de 26 ans (chiffre donné par le gouvernement lui-même en réponse à une question écrite).
- Depuis octobre 2024, au moins dix questions écrites de députés — surtout du RN, mais aussi du camp présidentiel et de la gauche — ont alerté le gouvernement sur cet état de la flotte.
- À ces questions, le ministère de l'Intérieur a répondu, à plusieurs reprises et presque mot pour mot, que la disponibilité des appareils était « très satisfaisante ».
La polémique sur les Canadair « sacrifiés » en 2024 a une face moins visible que le décret et les votes budgétaires (que nous avons décryptés ici) : celle des questions écrites, cet outil par lequel un député interpelle un ministre et obtient une réponse publiée au Journal officiel. Depuis deux ans, elles s'accumulent sur l'état de la flotte aérienne. La réponse du gouvernement, elle, n'a quasiment pas varié — jusqu'à ce que la réalité, ce week-end en Gironde, tranche à sa place.
Des alertes sur presque tous les bancs
La flotte de Canadair est un sujet que l'Assemblée n'a pas découvert cet été. Dès le 8 octobre 2024, Julien Rancoule (RN, Aude) interrogeait le ministre de l'Intérieur sur « le manque de disponibilité de Canadair durant les mois de juillet et août 2024 ». Sept des dix questions écrites recensées sur le sujet émanent du Rassemblement national — mais pas seulement : le camp présidentiel, avec Jean-Michel Jacques (EPR), et la gauche, avec Claire Lejeune (LFI), ont posé exactement les mêmes. Parmi les premières à tirer la sonnette d'alarme sur les départements qui brûlent aujourd'hui : Edwige Diaz, députée de la Gironde, en juin 2025.
« À la suite des incendies de grande ampleur — 72 000 hectares de végétation ravagés à l'échelle nationale — survenus dans le Sud-Ouest durant l'été 2022 et ayant foncièrement touché les habitants girondins et landais, ceux-ci avaient largement exprimé leur désarroi. »
Question écrite du 17 juin 2025 — lire la question et la réponse du gouvernement →
Un an plus tard, presque jour pour jour, la Gironde et les Landes affrontent un feu deux fois plus vaste qu'en 2022. La question d'Edwige Diaz, comme les autres, n'a reçu qu'une réponse générale renvoyant à une « réflexion stratégique » sur les moyens aériens « à l'horizon 2035 et 2050 ».
La prémonition de l'A400M
Une question sort du lot, avec le recul de ce week-end. Le 22 juillet 2025 — un an, jour pour jour, avant que l'appareil ne soit effectivement engagé —, Jean-Michel Jacques, député macroniste du Morbihan, demandait au gouvernement d'utiliser l'avion militaire A400M comme bombardier d'eau en renfort des Canadair.
« La solution développée par Airbus permet d'équiper l'A400M d'un kit amovible, lui permettant de larguer jusqu'à 20 000 litres d'eau en 10 secondes, contre 6 000 litres pour un Canadair. La question d'utiliser cet aéronef militaire en renfort de la sécurité civile se pose. »
Question écrite du 22 juillet 2025 — lire la question et la réponse du gouvernement →
La réponse type du gouvernement
Le plus frappant n'est pas que les députés aient posé ces questions, mais la manière dont le ministère y a répondu : par un texte quasiment identique, servi à des élus de bords opposés. Claire Lejeune (LFI), qui alertait fin juillet 2025 sur une flotte « de plus en plus insuffisante », a reçu presque mot pour mot la même réponse que Sébastien Chenu (RN) ou Thierry Frappé (RN).
« La capacité opérationnelle des moyens aériens de la sécurité civile apparaît de plus en plus insuffisante. »
Question écrite du 29 juillet 2025 — lire la question et la réponse du gouvernement →
La réponse-type, elle, tenait en une phrase, retrouvée à l'identique dans au moins cinq réponses ministérielles :
Et depuis juin 2026, plus de réponse du tout
La mécanique s'est même grippée. Depuis le 1er juin 2026, quatorze questions écrites touchant à la sécurité civile — le renouvellement des Canadair (Michèle Martinez, RN), le manque de moyens des SDIS (Antoine Villedieu, RN ; Karen Erodi, LFI), le pré-positionnement des moyens aériens (Monique Griseti, RN) — sont restées sans aucune réponse au moment où la Gironde brûlait. Le délai réglementaire de réponse d'un ministre à une question écrite est pourtant de deux mois.
Pour retrouver les questions écrites de votre député, ses votes sur les lois « pompiers » et sa position sur les budgets de la sécurité civile, consultez sa fiche sur NosParlementaires — et notre décryptage complémentaire, « ce que le Parlement a vraiment voté sur la sécurité civile ».