Pourquoi ce vote ? Le contexte en 5 points
  • Une fois par an, chaque groupe d'opposition fixe l'ordre du jour de l'Assemblée pendant une journée, appelée « niche ». Celle du Rassemblement national avait lieu jeudi 8 octobre 2026.
  • Le premier texte de la journée était une proposition de résolution d'Anchya Bamana, députée RN de Mayotte. Une résolution n'a aucune force juridique : elle « invite » le gouvernement à agir.
  • Son article unique demandait à l'État de mobiliser « sans délai » tous ses moyens contre l'« urgence sanitaire » de l'eau en outre-mer, « le cas échéant en suppléant les défaillances locales ».
  • Le constat n'est contesté par personne : choléra à Mayotte en 2024 (221 cas recensés par Santé publique France), réseau de Guadeloupe qui perd six à sept litres d'eau sur dix, environ 15 % des Guyanais sans accès à l'eau potable, chiffres cités à la tribune.
  • L'eau relève des intercommunalités depuis la loi NOTRe de 2015. L'État finance, via le plan Eau DOM lancé en 2016, mais ne gère pas les réseaux.

L'Assemblée nationale a rejeté jeudi 8 octobre, par 160 voix contre 156, la proposition de résolution du RN visant à garantir un accès continu à l'eau potable dans les territoires ultramarins. Quatre voix d'écart, et un fait qui a pesé : sur les quinze députés d'outre-mer qui ont voté, treize ont voté contre. Seuls les deux élus RN d'outre-mer présents, Anchya Bamana et Joseph Rivière (La Réunion), ont voté pour.

156
Pour
160
Contre
6
Abstentions

Quatre voix d'écart

Le scrutin public, demandé par le RN, a réuni 322 votants pour 316 suffrages exprimés. La majorité était fixée à 159 voix : il en a manqué trois au texte. Les 120 députés RN présents ont tous voté pour, comme les 17 députés UDR d'Éric Ciotti, 15 députés Droite républicaine et 4 députés Horizons. En face, la gauche a voté contre en bloc (53 LFI, 46 socialistes, 21 écologistes, 8 GDR), rejointe par 25 députés EPR, 5 LIOT, 1 MoDem et 1 Horizons. Cinq MoDem et un Horizons se sont abstenus.

Deux mises au point ont été enregistrées après le vote : Anthony Boulogne (RN) indique qu'il voulait voter pour, Cyrille Isaac-Sibille (MoDem) qu'il voulait s'abstenir. Elles ne changent pas le résultat officiel, et même comptées, elles auraient donné 157 voix contre 159.

Les élus d'outre-mer, premiers opposants

L'outre-mer compte 27 députés. Treize ont voté contre : Jean-Victor Castor (GDR, Guyane), Mereana Reid Arbelot (GDR, Polynésie), Émeline K/Bidi (GDR, La Réunion), Frédéric Maillot (GDR, La Réunion), Karine Lebon (GDR, La Réunion), Jean-Hugues Ratenon (LFI, La Réunion), Perceval Gaillard (LFI, La Réunion), Philippe Naillet (SOC, La Réunion), Elie Califer (SOC, Guadeloupe), Christian Baptiste (SOC, Guadeloupe), Max Mathiasin (LIOT, Guadeloupe), Jiovanny William (SOC, Martinique), Béatrice Bellay (SOC, Martinique). Deux ont voté pour, les deux RN. Les douze autres n'ont pas pris part au vote.

Le premier orateur ultramarin à prendre la parole, le socialiste guadeloupéen Elie Califer, a annoncé le vote de son groupe en reprochant au texte de « remplace[r] l'action par la déclaration ». Il a rappelé que, « depuis 2022, aucun texte consacré aux territoires d'outre-mer n'avait été inscrit dans une niche parlementaire du Rassemblement national ».

« Je comprends la démarche engagée par Mme Bamana, élue d’un territoire qui souffre terriblement, comme le mien. Malheureusement, le texte, s’il était adopté, ne nous ferait pas progresser. »

Séance du 8 octobre 2026, compte rendu officiel

Elie Califer
SOC
Guadeloupe (4)
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À sa suite, les élus ultramarins ont décliné le même argument : le droit existe déjà. Émeline K/Bidi (GDR, La Réunion) a rappelé que, depuis 2022, le code de la santé publique prévoit que toute personne bénéficie « au moins d'un accès quotidien » à l'eau potable. « Nous sommes contre cette résolution précisément parce que nous sommes pour le droit à l'eau », a-t-elle résumé. Karine Lebon (GDR, La Réunion) a demandé si le texte allait « apporter une seule goutte d'eau à un seul citoyen ultramarin ».

Pour Max Mathiasin (LIOT, Guadeloupe), qui avait entendu le matin même Guadeloupe La 1ère et LCI annoncer le vote d'un texte « pour qu'il y ait enfin de l'eau dans nos territoires », l'enjeu était aussi la réception du vote sur place : « nous ne nous laisserons pas avoir par une proposition de résolution ». Les élus guadeloupéens, dont Christian Baptiste (SOC), défendent une autre voie, votée par le congrès des élus de Guadeloupe : une opération d'intérêt national, pour que l'État s'engage directement dans le chantier de l'eau de l'île.

Deux orateurs de gauche ont aussi mis en cause la cohérence du RN. Jean-Hugues Ratenon (LFI, La Réunion) a affirmé que le RN avait proposé 50 millions d'euros pour l'eau au budget 2026, quand LFI en demandait 500 millions par an. Émeline K/Bidi a relevé que la résolution évoquait le droit à l'eau des « citoyens français et des populations ultramarines », et y a vu une conception du droit « à travers la nationalité ».

Ce que défendait le RN

Anchya Bamana, ancienne maire de Sada, a présenté un texte de « volonté » : pas de recentralisation de la politique de l'eau, mais l'usage par l'État des outils qu'il possède déjà (gestion de crise par le préfet, contrôle sanitaire des agences régionales de santé, ingénierie du plan Eau DOM, crédits de l'Office français de la biodiversité). Elle avait interrogé le gouvernement à deux reprises cette année sur la situation à Mayotte, sur les coupures d'eau en avril et sur le manque d'eau en mars.

« Cette question n’appartient à aucun camp politique. Depuis des années, elle mobilise des parlementaires issus de sensibilités différentes. »

Séance du 8 octobre 2026, compte rendu officiel

Anchya Bamana
RN
Mayotte (2)
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En explication de vote, Yoann Gillet (RN) a averti les députés qui s'apprêtaient « par sectarisme » à voter contre qu'ils devraient « répondre de [leur] trahison devant [leurs] électeurs ». Marine Le Pen a dénoncé après le vote, dans un communiqué cité par Outre-mer La 1ère, des parlementaires qui « ont fait preuve du plus aveugle sectarisme ».

La droite et Horizons pour, les macronistes contre

Le camp présidentiel s'est divisé. Le groupe EPR a voté contre : Corinne Vignon a reproché au texte de ne contenir « aucun chiffre » et de proposer que l'État se substitue aux collectivités « au mépris de la Constitution », qui garantit leur libre administration. Pierre Cazeneuve (EPR) a assumé de refuser au RN « la satisfaction de remporter ce vote ». Le MoDem s'est surtout abstenu.

Horizons a fait l'inverse. Jean-Michel Brard, ancien président du syndicat d'eau de Loire-Atlantique, a jugé qu'« une résolution n'a pas de portée normative », mais que son groupe ne pouvait « que voter en faveur » du texte.

« L’accès à l’eau potable est un droit, et ce qui va de soi à Pornic doit aller de soi à Mamoudzou et à Pointe-à-Pitre. »

Séance du 8 octobre 2026, compte rendu officiel

Jean-Michel Brard
HOR
Loire-Atlantique (9)
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La Droite républicaine a aussi voté pour, par la voix d'Eric Liégeon. Mais seuls 15 de ses 47 députés ont pris part au vote. La ministre des outre-mer, Naïma Moutchou, a reconnu que les réponses n'étaient « pas encore à la hauteur des besoins », tout en estimant que le texte n'indiquait pas « comment accélérer concrètement l'exécution des projets engagés ».

📜
Ce que demandait le texte
Un article unique : que l'État mette en œuvre « sans délai » tous ses moyens pour garantir « un accès effectif et immédiat » à l'eau potable, en suppléant si besoin les collectivités défaillantes.
⚖️
Ce qui existe déjà
Depuis la transposition de la directive européenne sur l'eau potable, fin 2022, le code de la santé publique garantit un accès « au moins quotidien » à l'eau potable.
🏗️
Qui gère l'eau
Les intercommunalités, depuis la loi NOTRe. Le préfet peut se substituer à elles en cas de crise sanitaire, mais pas reprendre durablement le service sans loi.
💶
Ce qu'il faudrait investir
2,36 milliards d'euros pour les six territoires du plan Eau DOM, selon la Cour des comptes (2025), chiffre cité en séance par Émeline K/Bidi.

Une niche sans aucun texte adopté

Le rejet de la résolution sur l'eau a ouvert une journée sans victoire pour le RN. La résolution sur la commande publique a été rejetée par 187 voix contre 151, celle visant à refonder l'espace Schengen par 199 voix contre 144, celle sur l'entrée au Panthéon d'Olympe de Gouges, de l'abbé de l'Épée et de la Mahoraise Zéna M'Déré par 158 voix contre 133. La proposition de loi supprimant les zones à faibles émissions n'a pas été votée avant minuit, heure à laquelle la journée réservée prend fin. Avant cette niche, le RN n'avait fait adopter aucune loi lors de ses deux niches précédentes.

À noter : adoptée, la résolution n'aurait rien changé juridiquement. Une résolution de l'article 34-1 de la Constitution n'oblige pas le gouvernement. Le débat a surtout porté sur la portée politique d'un tel vote, à six mois d'une élection présidentielle, et non sur le constat de la crise de l'eau, partagé de tous les bancs.
2016
Lancement du plan Eau DOM, qui accompagne les collectivités ultramarines dans la gestion de l'eau.
29 avril 2021
Loi portée par Justine Benin sur la gestion de l'eau en Guadeloupe.
Fin 2022
Le droit à un accès quotidien à l'eau potable entre dans le code de la santé publique.
2023
Crise de l'eau à Mayotte : l'État organise des distributions avec l'appui des armées.
2024
Épidémie de choléra à Mayotte (221 cas), puis passage du cyclone Chido en décembre.
8 octobre 2026
La résolution d'Anchya Bamana est rejetée par 160 voix contre 156, premier vote de la niche RN.

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