Qui a voté contre la taxe Zucman ? Le vendredi 16 octobre 2026, pendant l'examen du budget 2027, l'Assemblée nationale a rejeté par 70 voix contre 35 l'impôt plancher de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros. Ont voté contre : les 37 députés du Rassemblement national présents, 12 députés Ensemble pour la République, 6 Démocrates, 5 Droite républicaine, 3 Horizons, 2 UDR, 2 non-inscrits et 3 des 4 élus Liot présents. Ont voté pour : 16 insoumis, 8 socialistes, 8 écologistes, 2 communistes et une élue Liot. Aucune abstention. C'est le partage du 31 octobre 2025, quand la même taxe avait été rejetée par 228 voix contre 172 dans un hémicycle plus rempli.
- L'« impôt plancher de 2 % sur les ultrariches », dit taxe Zucman, garantirait que les foyers dont le patrimoine dépasse 100 millions d'euros paient chaque année au moins 2 % de ce patrimoine en impôts. Environ 1 800 foyers seraient concernés ; le rendement est disputé, 15 à 20 milliards selon ses promoteurs, autour de 5 milliards selon les travaux cités par ses opposants.
- Elle n'existe pas en droit français. Adoptée une fois par l'Assemblée (proposition de loi écologiste, 20 février 2025, 116 voix contre 39), rejetée par le Sénat le 12 juin 2025, elle a été écartée du budget 2026 le 31 octobre 2025 par 228 voix contre 172.
- Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, ne la contient pas. La gauche l'a redéposée par amendements après l'article 4 (socialistes, insoumis, écologistes, communistes) : rejetée en commission des finances le 8 octobre, puis en séance le 16 octobre 2026 par 70 voix contre 35.
- Le PS en a fait la première recette de son contre-budget présenté le 16 septembre 2026 par Estelle Mercier et Sandrine Runel : 15 milliards d'euros attendus, sur 39,5 milliards de recettes nouvelles.
- La seule taxe sur le patrimoine votée par cette législature est la taxe sur les holdings patrimoniales de la loi de finances 2026 (20 % sur les actifs « somptuaires » logés dans des holdings). L'UDR veut l'abroger, les écologistes et les Démocrates l'élargir.
- Le vote solennel sur la première partie du budget, annoncé au 20 octobre, a été reporté au mardi 3 novembre ; le texte partira ensuite au Sénat, qui avait écarté la taxe Zucman du budget 2026.
16 octobre 2026 : qui a voté contre la taxe Zucman dans le budget 2027
La gauche avait déposé quatre versions de la taxe après l'article 4 du projet de loi de finances pour 2027, qui ne la contient pas. Chacun des groupes auteurs a demandé un scrutin public, et les trois votes ont donné le même résultat : l'amendement n° 2566 d'Éric Coquerel (LFI) et son identique n° 3931 de Nicolas Sansu (communistes) rejetés par 70 voix contre 35 (scrutin n° 8859), celui de Mickaël Bouloux (socialistes, n° 471) par 68 voix contre 35, les deux élus UDR n'ayant pas pris part au vote (scrutin n° 8860), et celui d'Eva Sas (écologistes, n° 38) par 70 voix contre 35 (scrutin n° 8861). Les quatre textes sont identiques sur le fond : un impôt « plancher » qui garantit que les foyers dont le patrimoine net dépasse 100 millions d'euros paient chaque année au moins 2 % de ce patrimoine, tous impôts personnels confondus.
Un carré par député ayant voté, dans son groupe au moment du vote (ventilation officielle de l'Assemblée). Source : scrutin n° 8859.
Les 70 députés qui ont voté contre (scrutin n° 8859, 16 octobre 2026)
- RN (37) : Maxime Amblard, Philippe Ballard, Théo Bernhardt, Emmanuel Blairy, Anthony Boulogne, Nathalie Da Conceicao Carvalho, Catherine Dellong Meng, Nicolas Dragon, Alexandre Dufosset, Emmanuel Fouquart, Laurence Gardet, Benoit Gilhet, Antoine Golliot, Florence Goulet, Julien Guibert, Michel Guiniot, Marine Hamelet, Katiana Levavasseur, Julien Limongi, Alexandre Loubet, David Magnier, Claire Marais-Beuil, Patrice Martin, Michèle Martinez, Lisette Pollet, Julien Rancoule, Béatrice Roullaud, Sophie-Laurence Roy, Anaïs Sabatini, Alexandre Sabatou, Emeric Salmon, Anne Sicard, Jean-Philippe Tanguy, Gabriel Tomatis, Cyril Tribuiani, Antoine Villedieu, Frédéric-Pierre Vos
- EPR (12) : Élisabeth Borne, Jean-René Cazeneuve, Marc Ferracci, Jean-Luc Fugit, Guillaume Kasbarian, Daniel Labaronne, Amélia Lakrafi, Vincent Ledoux, Denis Masséglia, Paul Midy, Christophe Mongardien, Liliana Tanguy
- DEM (6) : Sabine Gervais, Emmanuel Mandon, Éric Martineau, Jean-Paul Mattei, Sophie Mette, Louise Morel
- DR (5) : Lionel Duparay, Philippe Juvin, Corentin Le Fur, Nicolas Ray, Nicolas Tryzna
- LIOT (3) : Joël Bruneau, Valérie Létard, Laurent Mazaury
- HOR (3) : Benoît Blanchard, Félicie Gérard, François Jolivet
- NI (2) : Philippe Bonnecarrère, Daniel Grenon
- UDR (2) : Christelle D'Intorni, Gérault Verny
Les 35 députés qui ont voté pour (scrutin n° 8859, 16 octobre 2026)
- LFI (16) : Nadège Abomangoli, Shéhérazade Bentorki, Carlos Martens Bilongo, Gabrielle Cathala, Éric Coquerel, Perceval Gaillard, Zahia Hamdane, Maxime Laisney, Aurélien Le Coq, Sarah Legrain, Claire Lejeune, Antoine Léaument, Nathalie Oziol, Jean-Hugues Ratenon, Arnaud Saint-Martin, Ersilia Soudais
- SOC (8) : Christian Baptiste, Mickaël Bouloux, Dorine Bregman, Jérôme Guedj, Florence Herouin-Léautey, Estelle Mercier, Jacques Oberti, Christine Pirès Beaune
- ECOS (8) : Karim Ben Cheikh, Benoît Biteau, Arnaud Bonnet, Alexis Corbière, Charles Fournier, Benjamin Lucas-Lundy, Sébastien Peytavie, Eva Sas
- GDR (2) : Emmanuel Maurel, Marcellin Nadeau
- LIOT (1) : Audrey Abadie-Amiel
Le vote s'est tenu un vendredi, avec 105 votants sur 577 députés : les chiffres sont petits, mais les positions sont celles de 2025, sans une défection dans les groupes qui ont voté. Le seul groupe partagé est Liot : Audrey Abadie-Amiel a voté pour, Joël Bruneau, Laurent Mazaury et Valérie Létard contre. Les deux non-votants sont la présidente de l'Assemblée et le président de séance, qui par usage ne votent pas. Contre la taxe, le rapporteur général Philippe Juvin (Droite républicaine) a invoqué un risque d'inconstitutionnalité, parce qu'elle viserait des capitaux « qui ne sont pas liquides » ; Jean-Paul Mattei (Démocrates), qui y a « toujours été opposé », a fait valoir qu'un actionnaire devrait puiser dans la trésorerie de son entreprise pour la payer. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a donné un avis défavorable.
Le Rassemblement national a défendu sa propre formule dans la même séance du 16 octobre : un « impôt sur la fortune financière » qui remplacerait l'impôt sur la fortune immobilière, aux taux et seuils de l'ancien ISF, présenté par Jean-Philippe Tanguy (n° 666). Il a été rejeté par 53 voix contre 34 (scrutin n° 8864) : 31 députés RN, deux insoumis et un non-inscrit pour, tous les autres groupes contre, les deux élus UDR s'abstenant. Les ISF « climatiques » de la gauche ont connu le sort de la taxe Zucman, par exemple celui d'Eva Sas (n° 54), rejeté par 70 voix contre 35 (scrutin n° 8858).
« Vous dormirez peut-être bien cette nuit en vous disant que vous êtes plus robespierriste que Robespierre, mais les milliardaires riront, ils partiront, et nous n’aurons que nos yeux pour pleurer. »
En amont, la commission des finances avait rejeté le 8 octobre les quatre amendements Zucman déposés pour la gauche par Eva Sas (I-CF18), Mickaël Bouloux (I-CF364), Éric Coquerel (I-CF1275) et Nicolas Sansu (I-CF1847). Les votes de commission ne sont pas nominatifs : on connaît le sort des amendements, pas le vote de chaque député. Sur la taxe sur les holdings patrimoniales, l'amendement d'abrogation d'Éric Ciotti (UDR) n'a pas été défendu en commission, celui d'Eva Sas pour la renforcer a été rejeté et celui de Jean-Paul Mattei pour y réintégrer la trésorerie a été retiré ; la séance n'a pas encore examiné ces articles. La contribution différentielle sur les hauts revenus, impôt minimal de 20 % sur les revenus au-delà de 250 000 euros, continue de s'appliquer.
La taxe Zucman n'est donc toujours pas en vigueur, et le gouvernement de Sébastien Lecornu ne l'avait pas inscrite dans son budget 2027. Le rapport de forces n'a pas bougé depuis le premier budget qui l'a examinée : le 31 octobre 2025, les députés l'avaient rejetée par 228 voix contre 172, les quatre groupes de gauche pour sans une défection, le Rassemblement national (88 voix), Ensemble pour la République, la Droite républicaine, Horizons, les Démocrates et l'UDR contre. Deux versions de repli, un ISF climatique et un « impôt minimum » à 3 % au-delà de 10 millions, avaient été rejetées dans la foulée par la même majorité. Voici le détail de ces votes, puis du seul vote favorable, en février 2025.
31 octobre 2025 : quatre versions, quatre rejets
Le vote de référence est l'amendement n° 2359 de Boris Vallaud et ses identiques déposés par La France insoumise, les écologistes et les communistes, examinés en priorité après l'article 3 du projet de loi de finances pour 2026 : l'impôt plancher de 2 % au-delà de 100 millions d'euros de patrimoine, tel que le propose l'économiste Gabriel Zucman. Il a été rejeté par 228 voix contre 172 et 6 abstentions (scrutin n° 3300).
Un carré par député ayant voté, dans son groupe au moment du vote (ventilation officielle de l'Assemblée). Source : scrutin n° 3300.
Deux blocs, presque sans fissure. Pour : 61 socialistes, 60 insoumis, 33 écologistes, 12 communistes, soit 166 des 172 voix, complétées par 5 élus Liot et un non-inscrit. Contre : les 88 députés RN présents, 60 Ensemble pour la République (3 abstentions), 28 Droite républicaine, 21 Horizons, 18 Démocrates (2 abstentions), 5 UDR. Le groupe Liot est le seul à se partager, 5 voix pour et 5 contre. Dans la même séance, trois autres versions ont connu le même sort : l'ISF climatique défendu en commun par la gauche (amendement Philippe Brun, 173 voix contre 233), celui d'Eva Sas assorti du plancher Zucman (167 contre 233), et l'« impôt minimum sur les très hauts patrimoines » des socialistes, 3 % au-delà de 10 millions d'euros hors biens professionnels, défendu par Estelle Mercier (171 contre 228).
« Nous ne demandons ni la spoliation ni la confiscation, mais la justice fiscale, au nom des principes républicains ! »
Les opposants ont fait porter le débat sur deux points. Le rendement d'abord : les 20 milliards d'euros annuels avancés par Gabriel Zucman ont été contestés jusque dans l'hémicycle, Charles Sitzenstuhl (EPR) citant des travaux qui ramènent le gain pour le déficit structurel « à 5 milliards d'euros, et non 20 ». Le droit ensuite : parce qu'elle taxerait un stock de patrimoine, y compris des titres d'entreprise qui ne produisent aucun revenu disponible, la taxe exposerait certains contribuables à un impôt supérieur à leurs revenus, ce que le Conseil constitutionnel qualifie de confiscatoire.
« Si ces amendements étaient adoptés, le Conseil constitutionnel censurerait les dispositions, qu'il jugerait confiscatoires. »
La seule taxe votée : les holdings, par 207 voix contre 185
Le même 31 octobre, l'Assemblée a adopté la seule imposition nouvelle du patrimoine de la législature, la taxe sur les actifs non professionnels des holdings patrimoniales (article 3 du PLF 2026), mais dans une version recentrée par le rapporteur général Philippe Juvin (DR) : l'amendement n° 3052 rectifié, adopté par 207 voix contre 185 (scrutin n° 3290), a limité l'assiette aux biens somptuaires (yachts, bijoux, chevaux, vins, logements mis à disposition) et exclu la trésorerie. Cette fois, c'est le RN (94 voix), EPR (61), la Droite républicaine (23), Horizons (20) et l'UDR (6) qui ont formé la majorité, contre la gauche unanime et les 17 Démocrates présents. L'article 3 ainsi réécrit a ensuite été adopté par 224 voix contre 10, la gauche s'abstenant en bloc (scrutin n° 3294). La mesure figure dans la loi de finances du 19 février 2026, validée par le Conseil constitutionnel, avec de premiers effets pour les exercices clos à partir du 31 décembre 2026.
Un carré par député ayant voté, dans son groupe au moment du vote (ventilation officielle de l'Assemblée). Source : scrutin n° 3290.
« La gauche essaie de faire dériver le débat sur la fameuse taxation des ultrariches, comme si elle défendait par anticipation la taxe Zucman. En réalité, quand on parle des holdings, ce n'est pas vraiment le sujet. »
Février 2025 : le seul vote favorable, et l'abstention du RN
La taxe Zucman n'a été adoptée qu'une fois, le 20 février 2025, lors de la niche parlementaire des écologistes : la proposition de loi d'Eva Sas a recueilli 116 voix pour, 39 contre et 31 abstentions (scrutin n° 881), dans un hémicycle clairsemé et contre l'avis du gouvernement. Les 116 voix venaient toutes de la gauche (38 écologistes, 37 insoumis, 36 socialistes, 5 communistes). Le Rassemblement national, qui votera contre en octobre, s'était alors abstenu, 28 voix sur 28 ; EPR (16), Démocrates (9), Horizons (7), UDR (4) et Droite républicaine (3) votaient déjà contre. Le détail groupe par groupe de ce vote est dans notre article de l'été. Le Sénat a rejeté le texte le 12 juin 2025, par 188 voix contre 129 ; la navette s'est arrêtée là.
Un carré par député ayant voté, dans son groupe au moment du vote (ventilation officielle de l'Assemblée). Le RN s'est abstenu en bloc. Source : scrutin n° 881.
Ce qui existe, ce qui a été rejeté
Chronologie
Pour vérifier comment votre député a voté le 16 octobre 2026 ou le 31 octobre 2025, utilisez la recherche des widgets ci-dessus, la liste nominative en tête de page ou sa fiche sur NosParlementaires. Le calendrier du budget 2027 et le report du vote au 3 novembre sont dans notre page de suivi du vote du budget 2027 ; le rendement de la CDHR, dans le bilan du rapport Juvin ; le vote de février 2025 groupe par groupe, dans notre détail du scrutin.