Pourquoi ce vote ? Le contexte en 5 points
  • Quand un CDI prend fin par un licenciement, une rupture conventionnelle ou une mise à la retraite, l’indemnité versée au salarié échappe aujourd’hui aux cotisations sociales jusqu’à deux plafonds annuels de la Sécurité sociale, soit 96 120 euros en 2026, avec des règles différentes pour la CSG et l’impôt.
  • Le gouvernement veut ramener cette exonération à un seul plafond (48 060 euros en 2026), commun aux cotisations et à la CSG-CRDS. Selon le rapporteur général, la mesure rapporterait 440 millions d’euros à la Sécurité sociale en 2027.
  • Les indemnités sont très concentrées : 10 % des salariés concernés touchent près de 79 % des sommes versées, et l’indemnité moyenne était de 11 053 euros en 2024, selon le rapport de la commission des affaires sociales.
  • La rupture conventionnelle ne cesse de progresser : 515 000 ont été signées en 2024, selon la Dares. Depuis septembre, les droits au chômage qui suivent ont aussi été réduits (notre article).
  • Le même plafond est prévu pour l’impôt sur le revenu dans le budget de l’État, examiné à part. Le budget de la Sécurité sociale, lui, est en séance jusqu’au vote solennel du 27 octobre (notre calendrier).

L’Assemblée nationale a adopté mercredi soir, par 100 voix contre 27, l’article du budget de la Sécurité sociale pour 2027 qui abaisse l’exonération sociale des indemnités de rupture à un plafond de la Sécurité sociale. Le RN a fourni près de la moitié des voix favorables (47), avec les socialistes (13), le camp présidentiel et la Droite républicaine. La France insoumise, les écologistes et un député communiste ont voté contre. Quelques minutes plus tôt, la suppression de l’article n’avait échoué qu’à trois voix (51 pour, 54 contre), grâce à l’abstention de 61 députés RN.

100
Pour
27
Contre
1
Abstention

Le RN pouvait faire tomber l’article, il s’est abstenu

Trois amendements identiques demandaient de supprimer l’article : ceux de Corentin Le Fur (Droite républicaine), de Damien Maudet (La France insoumise) et d’Éric Ciotti (UDR). Ils ont réuni les insoumis (21), les écologistes (15), le groupe UDR (7), trois socialistes et trois élus de la Droite républicaine. En face, le camp présidentiel, LIOT et 13 socialistes ont voté contre. Le RN s’est abstenu à 61 contre une voix pour : s’il avait voté la suppression, elle passait par 112 voix contre 54.

Le groupe de Marine Le Pen a ensuite tenté de protéger les licenciements. Deux amendements de Gaëtan Dussausaye (n° 643 et n° 639) voulaient que le plafond ne puisse jamais être inférieur à l’indemnité de licenciement due par la loi ou la convention collective, car une indemnité élevée « peut résulter de plusieurs décennies d’ancienneté », selon leur exposé. Soutenus par le RN et l’UDR, ils ont été rejetés par 61 voix contre 84 et 59 contre 81. Le RN a voté l’article malgré tout.

« Nous proposons d’exonérer intégralement les indemnités transactionnelles versées en réparation d’un préjudice moral, corporel ou professionnel, notamment à la suite de faits de harcèlement ou de discrimination […]. »

Commission des affaires sociales, 14 octobre 2026 (compte rendu dans le rapport de la commission).

Christophe Bentz
Christophe Bentz
RN
Haute-Marne (1)
Voir la fiche →

Les socialistes avec le gouvernement, le reste de la gauche contre

Le vote coupe la gauche en deux. Les 13 socialistes présents ont voté l’article, comme ils l’avaient défendu sur le volet fiscal : leur amendement au budget de l’État (n° 502) conservait le nouveau plafond, qui « exonère d’effort supplémentaire plus de 95 % des salariés et se concentre sur les plus grosses indemnités ». Les insoumis y voient au contraire une ponction sur des salariés qui viennent de perdre leur emploi : leurs amendements de repli, qui maintenaient deux plafonds ou épargnaient la CSG, ont tous été rejetés.

« Je trouve un peu cynique de vouloir alimenter les caisses de la sécurité sociale grâce aux licenciements à venir. »

Commission des affaires sociales, 14 octobre 2026 (compte rendu dans le rapport de la commission).

Hadrien Clouet
Hadrien Clouet
LFI-NFP
Haute-Garonne (1)
Voir la fiche →

Le rapporteur général, Thibault Bazin (Droite républicaine), défend une mesure ciblée : 95 % des salariés concernés, soit 772 000 personnes, touchent aujourd’hui une indemnité inférieure au nouveau plafond. Il a fait adopter (84 voix contre 44, socialistes contre) un amendement n° 1991 qui épargne les salariés d’un plan de sauvegarde de l’emploi validé avant le 31 décembre 2026, même si leur départ intervient en 2027. En commission, le communiste Yannick Monnet avait plaidé pour une cotisation « dès le premier euro », qui ouvre des droits, plutôt qu’un plafond.

« L’abaissement du plafond d’exonération à un plafond annuel de la sécurité sociale (Pass) affectera moins de 5 % des salariés, qui totalisent 54 % des indemnités perçues. »

Commission des affaires sociales, 14 octobre 2026 (compte rendu dans le rapport de la commission).

Thibault Bazin
Thibault Bazin
DR
Meurthe-et-Moselle (4)
Voir la fiche →

Ce que change l’article 6

📉
Un plafond au lieu de deux
L’indemnité de rupture est exonérée de cotisations jusqu’à un plafond annuel de la Sécurité sociale (48 060 euros en 2026), contre deux aujourd’hui. Au-delà, elle est soumise aux cotisations.
🧾
Même règle pour la CSG
Le plafond devient commun aux cotisations, à la CSG et à la CRDS, qui suivaient jusqu’ici des règles distinctes.
⚖️
Transactions et prud’hommes inclus
Les sommes versées par transaction ou sur décision du juge pour réparer un préjudice entrent dans le régime, alors qu’une jurisprudence récente les exemptait entièrement de cotisations.
📅
Ruptures à partir de 2027
La règle vise les ruptures prenant effet à compter du 1er janvier 2027. Les plans de sauvegarde de l’emploi validés avant le 31 décembre 2026 restent sous l’ancien régime.
Deux textes, deux votes : l’impôt sur le revenu dû sur ces indemnités relève du budget de l’État. Le 14 octobre, les députés y ont adopté (55 voix contre 45) un amendement de Corentin Le Fur qui, selon son exposé, exclut les licenciements subis du durcissement fiscal ; le RN l’a voté à 43 voix. Côté cotisations, rien de tel : licenciement, rupture conventionnelle et mise à la retraite passent sous le même plafond.
Comment ça marche : ce vote d’article n’est pas définitif. Avant le vote solennel sur l’ensemble du texte, le 27 octobre, le gouvernement ou la commission peuvent demander une seconde délibération ; le Sénat examinera ensuite le texte, puis une commission mixte paritaire cherchera une version commune. Suivre le texte →
1er octobre 2026
Dépôt du budget de la Sécurité sociale pour 2027 : l’article 6 ramène l’exonération des indemnités de rupture à un plafond.
14 octobre 2026
La commission des affaires sociales rejette la suppression de l’article 6 et l’adopte. Le même jour, en séance sur le budget de l’État, l’amendement Le Fur exclut les licenciements subis du volet fiscal.
21 octobre 2026
En séance, la suppression échoue (51-54, 64 abstentions), puis l’article 6 est adopté par 100 voix contre 27.
27 octobre 2026
Vote solennel sur l’ensemble du budget de la Sécurité sociale en première lecture, avant le Sénat.

Comment a voté votre député ? Cherchez son nom dans le widget ci-dessus, consultez la page du texte ou notre dossier budget 2027.