- Le Livret A est le placement le plus répandu de France : 83 % des Français en détiennent un, pour un encours de 440 milliards d'euros fin 2025 (Banque de France).
- Son plafond de dépôt est de 22 950 euros pour un particulier. Il n'a pas bougé depuis le 1er janvier 2013 : il est fixé par décret, pas par la loi.
- Son taux est de 1,7 % depuis le 1er août 2026. Les intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux.
- L'argent ne dort pas : une grande partie des dépôts est centralisée à la Caisse des dépôts, qui le prête aux organismes HLM pour construire et rénover des logements sociaux.
- Début septembre, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a évoqué dans Les Échos un plafond à 30 000 euros pour financer l'adaptation au changement climatique. Le gouvernement n'a pas tranché.
La commission des finances de l'Assemblée nationale a adopté le mercredi 7 octobre un amendement au projet de budget 2027 qui relève le plafond du Livret A de 22 950 à 30 000 euros, soit 7 050 euros de plus. Il est signé du président de la commission, Éric Coquerel (La France insoumise). Le vote ne vaut pas encore loi : pour un budget, la séance publique, qui s'ouvre le mardi 13 octobre, repart du texte du gouvernement. La mesure doit être revotée dans l'hémicycle, puis passer le Sénat.
Ce que contient l'amendement
L'amendement I-CF1875 fait trois choses. Il inscrit le plafond de 30 000 euros dans le code monétaire et financier, là où la loi renvoie aujourd'hui à un décret. Il fixe à 70 % au moins la part des dépôts du Livret A et du livret de développement durable que les banques doivent reverser au fonds d'épargne de la Caisse des dépôts. Enfin, il exonère de prélèvements sociaux, jusqu'au 31 décembre 2029, les intérêts produits par les sommes déposées au-delà de 22 950 euros : l'exposé de l'amendement explique que la limite de trois ans tient à la recevabilité, l'exonération durable relevant du budget de la Sécurité sociale.
L'objectif affiché n'est pas le pouvoir d'achat des épargnants mais le logement social. L'amendement est issu de la mission flash d'Éric Coquerel sur le coût des fortes chaleurs, de la sécheresse et des incendies de l'été 2026. Selon son exposé, relever le plafond dégagerait 10 milliards d'euros de dépôts supplémentaires, dont la moitié pourrait financer des prêts pour équiper les logements sociaux en volets et en ventilation. L'Union sociale pour l'habitat chiffre ces travaux à 8,6 milliards d'euros, dont la moitié d'ici 2034.
« Entre-temps, le taux du livret A est passé de 0,5 à 3 %, ce qui dégrade les finances propres des organismes HLM de 2 milliards par an. »
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Le Livret A est en effet la ressource des bailleurs sociaux, mais une ressource à double tranchant : quand son taux monte, le coût de leurs emprunts monte aussi. C'est ce que rappelait le communiste Stéphane Peu lors de l'examen du budget 2025, au moment où le taux atteignait 3 %. À 1,7 % aujourd'hui, la ressource est redevenue bon marché, et l'argument de la gauche est d'en collecter davantage.
Qui pousse, qui freine
Le vote de commission n'est pas nominatif : on ne sait pas quels groupes ont voté pour. La base de l'Assemblée donne en revanche les auteurs. Pour la séance, Éric Coquerel a redéposé la mesure sous quatre formes, dont deux (n° 3625 et n° 3626) cosignées par 70 députés du groupe insoumis. Dans l'open data au 12 octobre, aucun autre groupe n'a déposé d'amendement sur le plafond.
Le Rassemblement national attaque le Livret A par un autre bout, son taux. Jean-Philippe Tanguy a déposé pour la séance l'amendement n° 3693, qui interdirait de fixer le taux en dessous de l'inflation moyenne des six derniers mois. Son exposé rappelle qu'en 2022 et 2023, le taux est resté très inférieur à la hausse des prix. Le député de la Somme avait cosigné en mai 2025 avec François Jolivet (Horizons) un rapport sur la rémunération de l'épargne populaire.
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Côté gauche, l'insoumise Sophia Chikirou a déposé un amendement voisin (n° 3430) qui porte la part centralisée à la Caisse des dépôts à 62,5 % en 2027 puis 65 % en 2028, sans toucher au plafond.
L'opposition la plus nette vient des banques, qui gardent à leur bilan la partie non centralisée des dépôts. « C'est une très mauvaise idée », a réagi le président de la Fédération bancaire française, Olivier Gavalda, cité par Moneyvox : selon lui, « ce n'est pas de l'épargne populaire », puisque ce sont surtout les clients les plus aisés qui remplissent leur livret jusqu'au plafond. Le gouvernement, lui, n'a pas rendu public d'avis sur l'amendement à la veille de la séance.
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Ce que changerait l'amendement s'il était voté
Le calendrier
Pour savoir ce que votera votre député sur le Livret A et le reste du budget, retrouvez son activité sur la page du projet de budget 2027 et sa fiche dans l'annuaire des députés. Notre calendrier du vote du budget 2027 détaille les étapes jusqu'au 17 décembre.