Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • La loi montagne du 9 janvier 1985, complétée par un « acte II » en 2016, fixe le cadre juridique des territoires de montagne : près d'un quart du territoire national, 7 millions d'habitants, plus de 6 000 communes réparties sur 46 départements.
  • Le réchauffement climatique bouleverse l'économie de ces territoires : enneigement en recul, tensions sur la ressource en eau, stations de moyenne montagne menacées de fermeture.
  • La proposition de loi « pour une montagne vivante et souveraine » a été déposée le 27 mars 2026 par Jean-Pierre Vigier (Droite Républicaine, Haute-Loire), président de l'Association nationale des élus de la montagne (Anem), et cosignée par 122 députés de plusieurs groupes.
  • Le texte touche à l'école, à la santé, à l'eau, à l'urbanisme et à l'agriculture de montagne — avec un point de friction majeur : les retenues collinaires destinées notamment à la neige artificielle.
  • Après un accord entre députés et sénateurs en commission mixte paritaire le 16 juillet, l'Assemblée a voté le texte final le 20 juillet, le Sénat le 21 juillet : la loi est définitivement adoptée.

L'Assemblée nationale a adopté lundi 20 juillet, par 376 voix contre 92 et 4 abstentions, le texte de compromis sur la proposition de loi « pour une montagne vivante et souveraine ». Le Sénat l'a voté à son tour mardi 21 juillet (325 pour, 16 contre), mettant un point final à un parcours législatif bouclé en moins de quatre mois. Seuls deux groupes ont voté contre au Palais-Bourbon : La France insoumise et les Écologistes. Le reste de l'hémicycle — du RN aux communistes en passant par le socle gouvernemental et le PS — a voté pour.

376
Pour
92
Contre
4
Abstentions

Une coalition du RN aux communistes, une gauche coupée en deux

Le vote du 20 juillet dessine une carte politique inhabituelle. Le Rassemblement National fournit le plus gros contingent de voix pour (97), devant Ensemble pour la République (66) et la Droite Républicaine (48), groupe de l'auteur du texte. Mais la donnée la plus significative est ailleurs : la gauche s'est divisée. Les socialistes ont voté pour (42 voix, une abstention), tout comme les 14 députés communistes et ultramarins du groupe GDR — tandis que LFI (63 contre) et les Écologistes (29 contre, une abstention) votaient contre. La motion de rejet préalable déposée par Mathilde Panot avant le vote final n'avait recueilli que 42 voix, contre 198.

Cette division ne date pas du vote final. Dès la première lecture, en mai, le PS assumait de soutenir un texte porté par un député de droite, au nom du travail mené au sein de l'Anem, l'association qui fédère les élus de montagne de tous bords.

« Je salue tout d'abord le travail de coconstruction transpartisane conduit par l'Anem et des collègues engagés pour défendre la place de la montagne dans la République. »

Marie-Noëlle Battistel
Marie-Noëlle Battistel
SOC
Isère (4)
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Pourquoi LFI et les Écologistes ont voté contre

Pour les deux groupes opposants, le texte organise la fuite en avant d'un modèle condamné par le réchauffement : celui du tout-ski. Leur cible principale : l'article consacré à l'eau, qui facilite les retenues collinaires « multi-usages » — des bassins d'altitude servant à la fois à l'agriculture, à la défense incendie et à la production de neige artificielle. Les Écologistes y voient une « maladaptation » : de l'argent public investi pour prolonger artificiellement un enneigement qui disparaît, au détriment de la ressource en eau.

« La neige artificielle recouvre 35 % des pistes de ski françaises et requiert 20 à 25 millions de mètres cubes d'eau par an, soit la consommation d'une ville comme Grenoble »

Benjamin Lucas-Lundy
Benjamin Lucas-Lundy
ECOS
Yvelines (8)
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L'autre grief porte sur l'urbanisme : le texte assouplit le principe de continuité de l'urbanisation propre aux zones de montagne, en permettant qu'un projet ne soit plus considéré comme discontinu du seul fait d'un espace intercalaire. Pour Marie Pochon (Écologiste, Drôme), c'est une porte ouverte à l'artificialisation de territoires déjà fragiles ; pour les défenseurs du texte, c'est simplement la possibilité pour une commune de montagne « d'accueillir un nouveau foyer, une nouvelle famille, des jeunes », selon les mots du député Vincent Descoeur (DR, Cantal).

À droite, la défense de l'économie des stations

Côté partisans, le débat de mai avait donné le ton : la loi est présentée comme un texte de survie économique pour des vallées entières, où le tourisme de neige reste le premier employeur. Le RN, dont les 97 voix constituent le premier bloc de soutien, en a fait une tribune contre la gauche.

« Quand vous fermez une station, Messieurs-dames les bien-pensants de la gauche, vous ne sauvez pas la planète, vous tuez la montagne. »

Alexis Jolly
Alexis Jolly
RN
Isère (6)
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Ce que change la loi

🏫
École
Les seuils d'ouverture et de fermeture de classes sont adaptés aux spécificités des communes de montagne, pour freiner la disparition des petites écoles.
🏥
Santé
Un élu de montagne siège au conseil d'administration des agences régionales de santé, et des temps d'accès maximaux aux soins doivent être définis.
💧
Eau
Les retenues collinaires « multi-usages » sont facilitées — mais le texte exclut explicitement le pompage dans les nappes phréatiques et les mégabassines.
🏘️
Urbanisme
Le principe de continuité de l'urbanisation est assoupli : un espace intercalaire ne suffit plus à rendre un projet discontinu. Les chalets d'alpage peuvent être reconstruits à usage pastoral ou de randonnée.
🐄
Agriculture et pastoralisme
Soutien à l'élevage de montagne via les ateliers de transformation, promotion des produits de montagne, élargissement des bâtiments agricoles autorisés en zone pastorale.
🔌
Mobilité et loisirs
Déploiement accéléré des bornes de recharge électrique en altitude et extension des servitudes pour sécuriser les itinéraires de sports de nature.
À noter : le loup, omniprésent dans les débats sur la montagne, est le grand absent du texte final. L'Anem elle-même rappelle que la prédation relève surtout du pouvoir réglementaire — et le sujet a été renvoyé vers la loi d'urgence agricole, adoptée le même soir du 20 juillet à l'Assemblée.

Quatre mois chrono du dépôt à l'adoption

9 janvier 1985
Promulgation de la loi montagne, complétée par un « acte II » en décembre 2016. Les élus de montagne réclament depuis des années un « acte III ».
27 mars 2026
Jean-Pierre Vigier (DR), président de l'Anem, dépose la proposition de loi, cosignée par 122 députés.
13 mai 2026
Adoption en première lecture à l'Assemblée nationale, après le rejet d'une motion de La France insoumise.
6 juillet 2026
Le Sénat adopte le texte en première lecture, en l'enrichissant (partage de l'eau, chalets d'alpage, bâtiments agricoles).
16 juillet 2026
Accord en commission mixte paritaire : les apports du Sénat sont conservés.
20–21 juillet 2026
L'Assemblée (376 pour, 92 contre) puis le Sénat (325 pour, 16 contre) adoptent le texte définitif. La loi attend sa promulgation.

Pour savoir comment votre député a voté sur ce texte, consultez le détail du scrutin dans le module ci-dessus, ou retrouvez sa fiche complète — votes, amendements, questions — sur NosParlementaires. Le parcours complet du texte est disponible sur la page de la loi pour une montagne vivante et souveraine.